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Publié par elsapopin

Jadis en Flandre, au temps du duc Philippe le Bon, il y avait dans le château de Hesdin, une galerie splendidement  décorée, qu’on appelait la galerie aux «  joyeusetés «, imaginée par le bon duc, d’humeur folâtre, pour se divertir aux dépens du prochain. Les murs, les parquets et les plafonds de cette galerie recélaient divers engins à surprises, dont la structure, aussi savante que compliquée, montre que les arts mécaniques étaient déjà parvenus, en ce temps, à un haut degré de perfection.

La galerie «  aux joyeusetés «  semblait n’être, au premier abord, qu’un magnifique cabinet de curiosité. Elle était toute peinte d’azur et d’or éclatant.  La voûte était parsemée de grandes étoiles dorées et des anges au sourire accueillant semblaient descendre de la voûte   pour convier les visiteurs à admirer les merveilles réunies en ce lieu ; statues, sculptures, peintures et tapisseries garnissant les murs. Mais malheur à qui venait s’aventurer à admirer toute ces belles choses !

Un bibliophile, par exemple, s’avisait-il de se pencher, dans une muette admiration, sur un livre artistiquement enluminé disposé sur un pupitre, aussitôt un nuage de noir de  fumée, s’échappant d’un tuyau traîtreusement dissimulé dans le pupitre venait l’aveugler.

L’imprudent n’était pas plutôt remis de sa surprise qu’il se voyait plonger dans un autre nuage – de poussière blanche, celui-là -. Si bien qu’après avoir été noirci comme un charbonnier, il se trouvait blanchi comme un meunier. Cherchant à se soustraire à cette avalanche, il se retrouvait en face d’un mannequin revêtu de la livrée du duc, qui lui laissait tomber un coup de bâton sur la tête, en lui intimant l’ordre de s’en aller au plus tôt.

Comment le mannequin parlait-il ? La  chronique ne le dit pas.  Evidemment une personne cachée derrière une draperie parlait pour lui.

On s’empressait d’obéir, un trou rempli d’eau s’ouvrait sous les pieds du visiteur ahuri, trop ahuri, pour s’empêcher de tomber dedans. Il en avait jusqu’au menton. Sorti de là au prix de grands efforts, le fuyard recevait une grêle de projectiles tombant de la voûte complétée par une pluie torrentielle.

L’ingénieux constructeur de ces appareils destinés à produire toutes ces «  joyeusetés «   avait nom Collard. On s’imagine volontiers que le visiteur imprudent qui s’était risqué une fois en ces lieux se retirait sans donner de pourboire au concierge  du château  et en se jurant qu’on ne l’y reprendrait plus.

Le duc Philippe le Bon aurait pu revendiquer le titre de Philippe le Fumiste. Il s’en abstint  et eut tort.

 

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