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Publié par hacene

Après son voyage aérien buissonnier, Hacène se retrouve sur une île enchanteresse où un lévrier dotée de parole le conduit à une grotte où vivent cachées sept fées....

L'instrument fragile, entonna les airs wagnériens les plus fous et faillit se briser sous la force des notes. A cet instant le rideau de feuilles, en son juste milieu, s'ouvrit rasant parfaitement l'obscurité de la grotte. Surpris je baissais instinctivement d'un ton la musique qui s'échappait de la flûte enchantée. Une jouvencelle gracile, d'une blancheur laiteuse, parée de soies écrues, s'avança solennellement et me dit :
- Sois plus mesuré dans ta façon de jouer, garde le ton juste de l'offrande et sois sans détour à mon égard, je pèserai ton cœur d'une équité sage et savante.
A ces mots sentencieux, je ne puis que répondre :
- Je suis Hacène, tiède le matin, chaud à midi, froid à la nuit désertique, j'expire mon vent d'infortune dans la sincérité de mes actes.

D'une main experte elle extirpa mon palpitant de son antre, le soupesa à deux mains et d'un geste réconfortant, satisfaite de ce qu'elle voyait, replaça le témoin de mes sentiments les plus intimes, en bonne place, en son logis naturel.
- Junon est comblée de sincérité et peut disposer à ses autres devoirs de vigilante juriste, elle scelle à jamais l'équilibre de tes humeurs prochaines.

Son jugement clément laissa place à une pluie de rosée blanche et noire entremêlée et Junon s’en alla, telle que ses précédentes sœurs...

Emplis de bonne grâce, j'entamais un psaume d'allégresse, qui permit à mon instrument de dévoiler toute l'étendue de sa virtuosité. La dernière note accompagna le bruissement de la fameuse tenture, laissant apparaître au raz de la cavité sacrée, une jeunette toute d'or immaculé. Son vêtement, telle une feuille de métal précieux, scintillait sur l'obscurité en arrière-plan. Le timbre de la voix de la précieuse dame se fit alors entendre :
- Approche, approche, n'aie crainte, je suis le trésor des anachorètes, compagne des saints Sadhus et de bien d'autres, sois en confiance ! Approche, on me prénomme, parfois, Marie-Madeleine.
Je prêtai foi aux propos de la singulière créature et m'avançai. Tout en elle respirait la richesse immatérielle : son teint doré, ses cheveux blond vénitien, sa présence surréelle... J'en tombai à genoux, transi, à ses pieds d'or pur, épris d'une foi de charbonnier. Elle esquissa un geste d'onction qui paracheva ma foi naissante. Eussé-je à peine le temps de l'en remercier que sa silhouette s'estompa d'elle-même dans le sillon d'une poudre d'or volatile. Revivifié par tant de bénédictions, je continuai en musique la longue litanie de mes serments de fidèle amour.

 


 

 

La parure feuillue de la caverne se mit à danser, au gré de mes notes improvisées. Une jeune fille sembla naître du feuillage ainsi agité. Elle arborait toute les nuances du vert fleuri, ses cheveux auburn laissaient entrevoir de fines tresses végétales, son teint respirait la forêt aux odeurs de parfum printaniers. Elle semblait chanter sur les aléas de mes notes. Des mots distincts s'en échappaient.
- Espérance, ainsi ma sœur Marie-Madeleine me prénomme-t-elle, notre divin époux est aux cieux, lui le rejeton des hors castes, il s'en viendra prochainement prendre équitablement possession de son royaume, sois- en sûr.
L'effet nostalgique de ses paroles me permit de revivre instantanément, toute l'espérance que l'on croit éternelle de la jeunesse...peut-être à tort. Elle sembla lire mes pensées mélancoliques et me réconforta aussitôt :
- Allons, noble chevalier de la toison d'or, tes espérances juvéniles t'honorent et elles te conviennent parfaitement, pour chasser l'ennui des illusions perdues de Maya.

Sur cette affirmation, symboliquement étrange, Esperanza, s'en alla telle une plante en décroissance, au plus profond de la terre. Je me mis à pleurer, comme l'enfant qu'on abandonne, à chaudes larmes au pied de la grotte. Le sol en devint fertile et une superbe créature, telle une rose, sortit de terre. Elle exhalait le parfum de Ronsard. Sa robe, faite de pétales de rosée, coulait sur le noir profond de la grotte. Ses joues roses et son teint sain, laissaient présager de belles promesses. On pouvait l'entrevoir derrière la tulle ajourée de son voile.
- Tu penses bien, me dit-elle aussitôt, Tes pleurs sont généreux, ils nourrissent amplement la Terre nourricière de tant d'affamés. Par ta prière tu permettras la satiété d'un très grand nombre de tes semblables, sois-en remercié !
Je stoppai instantanément mes pleurs et me jurai d'en faire désormais bon usage, face à la laideur du monde de ma naissance. Elle rit de mes craintes et me certifia que tout talent se doit d'être charitablement fructifié. Et la septième jeune demoiselle se mélangea aux effluves fleuris de la divine clairière. Seul le son de sa voix semblait persister et se répéter par intermittence :
- Rose, aurais-je été rose, si j'avais été bleue...

Sachant ma tâche terminée, je me décidai à rejoindre la plage pour me baigner dans cette mer vert émeraude. Arrivé à destination, le lévrier bleuté m'attendait, sagement assis sur son séant.
- Alors...Satisfait, jeune homme ?
Je ne savais que répondre, une certaine mélancolie m'accompagnait après ce périple à jamais inscrit dans tout mon corps, mon cœur et mon âme. La bête à Bon Dieu, sentit mon désarroi et m'expliqua que l'aventure vécue sur cette île, soit dit en passant ma seule demeure de vérité sur terre, méritait un bon bain d'eau de mer. J'acquiesçai et sautai prestement dans l'eau. La fraîcheur vivifiante des vagues me redonna vigueur et joie. Après quelques brasses coulées, je revins m'étendre, nu, sur la plage auprès du chien, qui entama une nouvelle discussion :
- Tu vois, cette île semble mystérieuse, pourtant elle n'est que le fruit de toute la subtilité de ta propre description, par contre la grande mer, tout autour, voilà le début du véritable Mystère !
Elle est une seconde attention, intermédiaire et une description entièrement subtile. Au-delà de cela seule la mort t'en révélera la troisième attention. Mais avant cela, tu te dois de focaliser toutes tes attentions sur ce bouillon fécond de vérités et de bénédictions, ainsi ton moi sera complet et tu seras fin prêt pour le voyage définitif. Ceci n'est que tissage patient de ton histoire, comme elles s’écrivent dans les mythes et autres contes humains. A bon entendeur salut !


Le chien empli de sagesse disparut comme aspiré par quelques ascendances divines.
Je compris aisément son dernier propos et focalisai mon attention sur le va-et-vient des vagues, mes pensées vides. Sans aucune fatigue, j’attendis le crépuscule. Juste à l'instant du rayon vert, une créature entièrement nue sortit des eaux. C’était une ravissante jeune femme brune, une sorte d'avatar de mes souhaits les plus chers. Je la reconnus instantanément, elle était mon âme sœur, mon âme. Elle exprimait toute la candeur et félicité des sept sœurs en une. En mon cœur je la reconnus et la réciproque fut spontanée. Nous célébrâmes l'union de nos retrouvailles d’une fougueuse étreinte.
Chacun de nos périples personnels semblaient s'être donné rendez-vous ici même sur l'île de la révélation. Je tairai ton prénom, car il s'inscrit dans l'universalité des histoires de l'aimée, elle-même investie de sept grâces au masculin.
La suite de cette aventure, s'inscrit dans la continuité des Mille et une nuits et ceci au bon vouloir de Shéhérazade.

L'île - Hacéne Bouziane - Fin

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