Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par elsapopin

Le cow-boy tire sur son clope, et basta. Un peu de whisky, en rasades. Mais, le cow-boy assume son grain de folie. Il assure sa place. Sa place au soleil.

Le cow-boy éteint son clope. Il va donner de la voix, à l’église.

De deux choses l’une : le cow-boy attend le printemps, pour être en éclosion. En éclosion d’amour. Et il attend la belle fille de la chorale, celle qui chante en chœur. Une fille toute en sobriété, et c’est ce qu’il aime bien, le cow-boy. Cette fille, il l’avait suivie dans la rue et hop, elle avait franchi la porte de l’église.

Des personnes s’échauffaient la voix, dans la nef. Elle les a rejoints. « Bonjour Lili », ils lui avaient dit.

Le cow-boy, il fallait pas la lui faire à l’envers. Il avait jamais aimé le catéchisme. Enfant, il avait emmerdé la catéchiste, qui était pourtant gentille, avec ses bonbons qu’elle amenait à chaque séance de caté. Mais ces bondieuseries, il en avait rien à foutre, déjà à l’époque, le cow-boy. Entendre des sornettes pareilles sur Adam et Eve, dire que c’était vrai, cette histoire à la con. Il le lui avait dit, à la catéchiste, qu’il n’était pas d’accord. Les autres l’avaient regardé béats d’admiration :

« T’as vu, ce qu’il lui a mis, à la catéchiste, le cow-boy ? »

Oui, car même enfant, avec ses jambes arquées, on l’appelait le cow-boy. Le cow-boy, il voulait fleurir. Il voulait rêver.

C’est pour ça qu’il a suivi cette fille à l’aspect presque transparent. Il avait saisi la douceur dans le sourire. Le cow-boy, il fallait pas la lui faire à l’envers. Il en avait connu des pas mûres, le cow-boy. Un jour, le cow-boy avait envoyé son ivrogne de paternel valdinguer par terre. C’est pas que ça lui avait réussi. Ce con-là l’avait foutu à la rue. Il avait dû se bagarrer le cow-boy pour s’en sortir de cette merde. Alors, il avait suivi la jolie fille alléchante jusqu’à l’église.

Il fallait pas la lui faire à l’envers, au cow-boy. Il était assis contre le mur attenant à l’église Saint-Louis et il se reposait. Tout le monde comprenait bien, il n’était pas mendiant. Il avait un costard d’une classe folle. Beige, jaune et mauve. Chic. Non, il faisait si chaud, ce printemps-là, que des bourgeons de fleurs se déployaient sur son corps d’homme sûr de lui, d’homme à qui on la faisait pas.

Et cette fillette, car c’était une fillette, une jeune damoiselle. Il rêva en pensant ce mot. Pour lui c’est comme ça qu’on devrait nommer toutes les belles jeunes filles. Et cette damoiselle-là, avec son air de rien du tout, elle lui avait offert un sourire.

« Vous voulez que j’aille vous acheter un sandwich ? » elle avait demandé.

Elle l’avait pris pour un mendiant. Remarquez que c’était un sacré mendiant d’amour, le cow-boy. Il avait une besace vide de tous ces sourires et ces attentions qui vous faisaient exister. On ne peut pas inventer ce qu’on n’a pas eu. Alors, une fois qu’il lui avait dit :

« Non, je n’ai pas faim, merci. Je suis désolé, vous m’avez pris pour un mendiant »,

il avait osé :

« Vous voulez boire un verre quelque part ? ».

Elle lui avait souri et avait rétorqué :

« Non merci. Je vais chanter à la chorale de l’église Saint-Louis. »

Une catho ! Fallait pas la lui faire à l’envers, au cow-boy.

Mais là, cette fille droite, et belle. Belle dans son sourire, elle avait fait s’ouvrir des fleurs en lui. En une fraction de seconde, en un sourire, elle avait remis à l’endroit tous ses préjugés sur les cathos. Elle avait été droite, elle le lui avait fait à l’endroit. Alors, il l’avait suivie. À l’église, qu’elle allait. Alors, le cow-boy chanta.

Chaque mercredi, il y était retourné, à cette chorale. Des tournées, il en avait fait par centaines. Sa voix était appréciée. Un voix rauque, qui apportait beaucoup à l’ensemble. Mais elle, elle n’était jamais revenue.

Le cow-boy tout triste, avait néanmoins trouvé un sens à sa vie. Chanter, et tant mieux si c’était pour le Bon Dieu, en fait. À bien y réfléchir, il ne le lui avait jamais fait à l’envers, celui-là.

Une nuit, dans un rêve, il la revit. Il fut si heureux. Cela faisait si longtemps qu’il l’attendait. C’était le printemps, un printemps frais et guilleret. Elle chantait, elle avait des ailes d’ange. Mais elle était bien réelle. Alors, il se mit à chanter de concert avec elle, dans son rêve. Et la voix d’ange de Lili et la voix de rocker du cow-boy se rejoignirent.

Dans son lit, au cow-boy, on retrouva le lendemain matin un magnifique rosier. Et la nuit, on l’entendait chanter, ce rosier, mais à l’intérieur, dans sa tête, et c’était beau, beau… Ça vous faisait pousser des rosiers dans le cœur. Quand je vous dis qu’il était vraiment spécial, le cow-boy.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article