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Publié par elsapopin


Oui sorry angel, désolé mon cher ange, mais dis moi que tu m’aimes, dit le moi à travers tes bas, la pluie et tes seins, la pluie de ton coeur, ta pudeur qui hurle en silence « fais de moi une femme », dis le moi de tout ton corps cambré, lové contre le mien et cherchant sa chaleur et ses rigidités. Dis moi tout celà et tant d’autres choses, quand, accoudé au balcon de mon Crystal du jour, de mon Crystal du mois, je regarde passer les humains comme autant de bijoux, flot continu d’âmes qui ne savent pas que je t’aime, qui ne savent pas que tu m'aimes. N’Djamena, Sousse ou Bakamo, mon amour, c’est juste un prétexte pour te savoir disponible, pour oser penser que tu penses à moi, et avoir la fatuité de penser que tu puisses me désirer.
Un jour, tu m’as dit que la passion ce n’était pas une bonne chose, que c’était destructeur, que c’était dangereux. Tu sais, j’avais regardé dans le dictionnaire, cette bible qui m’accompagne, tel le moine soldat des mots des autres que je suis, et j’y avais trouvé la définition qui m’allait le mieux : « amour intense ». Tu vois, ça m’avait suffit à refaire le plein de toi pour te chercher encore …
Il soliloquait dans les rue de Djerba la blanche, Djerba la douce, celle qui s’offre aux touristes, comme Sousse se refuse à ceux qui ne savent pas la caresser avant, lui dire des mots d’amour ou simplement de tendresse, ce qui manque le plus aux hommes, tout comme se tenir la main sur des boulevards ou dans des ruelles fraîches. Sousse est une femme qu’il faut séduire, faire frémir, elle se mérite, elle s’apprivoise, quand Djerba n’est qu’une pute qui s’offre en masse. Mais est-elle moins respectable ?
Dans le Crystal Djerba où il avait élu domicile, après avoir passé un peu de temps à s’interroger sur le sens du vent pour remplir sa mission du moment, il l’avait encore vue, encore sentie, encore imaginée. Elle existait en elle depuis tant d’années qu’il savait qu’il la reconnaîtrait sans mot dire, sans maudire non plus le temps passé à la chercher, puisqu’il la trouverait, alors le chemin serait beau. D’un pas lent mais assuré, il s’approcherait d’elle, au milieu d’un jardin, elle lui sourirait, puis, en silence, comme on attend un moment qu’on a déjà vécu mille fois, il poserait ses lèvres sur ses joues, d’abord, puis sur ses propres lèvres, puis son front, embrassant un bijou imaginaire posé entre ses sourcils, comme ceux qu’on trouve au Taj Mahal. Ensuite il porterait son sac, cette éternelle besace amie, frangine tant elle l’avait accompagnée partout, dans sa propre chambre. Sac jeté à même le lit ou le premier fauteuil venu, un peu d’eau sur la figure et quelques gouttes de parfum, rien de plus. Parce qu’elle n’attendrait rien. Rien d’autre que lui. Mais qu’elle ne l’apprendrait qu’au moment même où, déjà débordé par la chaleur et la sueur de mâle qui s’échappait de son dos, il lui prendrait la main, la porterait à ses lèvres, les yeux mi-clos, pour mieux se charger de ses parfums et de ses premiers frissons, telle l’abeille se charge de pollen, parce qu’elle sait que c’est son destin, et qu’on ne lutte pas contre son destin quand il rime avec délices.
Du moins c’est ainsi qu’il avait rêvé mille et une fois leur première rencontre, mille et une nuits d’un conte qui n’en finirait pas quand le génie de la lampe les réunirait enfin, quand ils n’auraient plus qu’un seul vœu à faire pour deux, et que, serrés l’un contre l’autre, ils murmureraient au génie « non merci, Djinn, garde le pour qui en a besoin ».

 

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