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Publié par elsapopin


On vit souvent caché dans l'ombre de ses pas.
Comme des retours essentiels, d'autres appellent ça se ressourcer, moi j'appelle ça une gorgée d'air vitale. Pour les uns, c'est un chemin oublié, pour d'autres, c'est le souvenir d'une main qui en tenait une autre sur les berges de ce que tu voudras, d'où t'emportent tes souvenirs.
Pour d'autres encore ce sont des sons, des images, un éclat de rire ou simplement le premier rayon du soleil qui habille le jour de sa première étoffe.
Ça paraît nostalgie. Ce n'est que la vie, celle qui cogne aux fenêtres avec la pluie, celle qui donne peur au petit chaperon rouge quand le vent se lève, celle qui sourd aux persiennes en rais diffus qui s'éternisent sur le corps des amoureux encore nimbés de sommeil, de rêves et de mots d'amour pour les moments à venir.
On vit souvent caché dans l'ombre de ses pas.
Des siens, à soi, mais de ses pas à elle, à lui, à ces peaux ports d'attaches qui reposent autant qu'ils font des nuits aux yeux mi-clos pour se dire je t'aime physiquement, entremêlant baisers et peaux mouillées de sueurs, nuques indolentes ornées des gouttes de perles du désir.
Parfois c'est retrouver une vieille photo, parfois c'est une conversation qui reprend après un temps d'oubli volontaire, souvent ce n'est que le vent qui souffle, en fosse, quand on oublie parfois son texte, et qu'on risque de passer à côté de sa vie.

On vit souvent caché dans l'ombre de ses pas.
Puis un jour, sans qu'on n'y puisse rien, l'ombre devient plus fraîche. Puis froide. Alors on sort un peu de sa route, alors on sort un peu de ses pompes, on les regarde même un instant poursuivre leur chemin, elles connaissent la route comme un vieux cheval ramenait jadis les anciens au retour du bal du quatorze juillet, quand l'air trop chaud et le vin trop frais leur montaient à la tête. Bijou, ou Pompon, lui, connaissait la route, chaque pavé, chaque ornière, chaque trou d'eau pour se désaltérer.
Pas tes grolles.
Même si elles aspiraient à devenir autre chose que tes grolles, autre chose qu'un outil, qu'un moyen, elles ne sortiront plus de leur statut de pompes qui puent tes pieds fatigués et tes chaussettes crades et trouées.
Mais pas vu, pas pris, ton déguisement du samedi, c'est pour elle, pas l'uniforme de la semaine qui sent un peu tout, le graillon comme la mauvaise sueur de tes nuits monochromes.
Alors on sort un peu de sa route.
On aperçoit le soleil. On tend le bras, il chauffe. On se dit qu'on l'aime, on se dit qu'il est là pour faire oublier le noir de la vie, pour sécher les blessures à défaut de les guérir, pour se maquiller d'espoir et de couleurs vives.
Mais à chauffer trop fort, il finit par brûler la peau, par donner des cloques, des frissons, les mêmes que tu rêvais tant de retrouver, mais sans souffrir. Juste te réchauffer pour te rappeler.
Alors on se dit qu'on aurait dû suivre ses pompes, même si elles sont vieilles et fatiguées, même si elles ouvrent leur gueule silencieuse et béante à chaque pas d'avoir trop vécu.
On remet ses vieilles nippes trouées qui sentent le quotidien.
Le quotidien, sans qu'on y prenne garde, c'est souvent ça, des fringues emplies d'odeurs de soi qui rassurent. Même si elles ne rendent pas plus beau, ni plus grand.
Puis, machinalement, avec regret, mais par peur de la lumière qui éclaire les vérités, on se remet lentement à marcher caché dans l'ombre de ses pas.

 

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