Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par elsapopin

Plie. Pliée de rire. Sourire, soulagée. Escamotée, la fin. Oubliée.

Je regarde la dame aux yeux ronds. Elle me susurre une douce comptine. Elle la suscite. Elle me fait des ronds dans l'eau. Murmures de bruit morts. Fruit défendu et ronds dans l'eau. Frissons. Glaçon. Soupir. Fruit.

Je pousse la porte du jardin et j'escamote la fin. Je rue dans les brancards. Je rudoie ma mère. Je lui dis "Tu". Tu vois? Tue-moi. J'ai pas les ailes pour voler assez haut pour toucher le Bon Dieu. Pour glisser sur son dos.

J'ai dit à ma mère que je ne me sentais pas aimée d'elle. Ma mère. Ma maman. Ma dame de coeur qui pique. Pique et coeur, et trèfle sur le carreau.

Pique et coeur et trèfle à carreau.

Ma maman de cœur rougit. Je ne le lui avais pas dit, et mon cœur, et tout ça, et ma rue aux abois.

Je pousse la porte du jardin et j'escamote la fin.

Soulagement. Sans fin. J'ai faim.

J'ai faim de dormir, de m'allonger, de soupirer, de m'enorgueillir, de m'oublier.

Je pousse la porte et qu'est-ce que j'y vois? Ma mère aux abats. Elle tire sur la machette. Elle couple. Elle sarcle. Elle déchiquette. Elle rumine avec soin. Ma mère ne me sait pas. Elle ne m'aime pas. Elle ne me sait pas. Et je ne sais pas pourquoi.

Je regarde son regard. C'est un regard oublieux. C'est un regard rieur. C'est un regard charmeur et charmant. C'est ma maman.

Ma maman ne sait pas les mots qui enveloppent, ou si peu. Ma maman ne sait pas me voir.

Elle ne me voit pas. Alors je fais semblant de la croire. De croire que je suis un ruisseau qui ruisselle dans les mots. De croire que je suis un fluide qui dégouline et qui passe, sans frontières, sans arrière, sans arrière-pensée.

Et je trouve ma loi dans ces quelques signes-là. Partagés. Je me trouve en pointillés dans les rimes de mes poésies inventées. Je me découvre.

Je me quitte pour aller faire le marché. Léa rentre dans le magasin. L'épicier est en train de ranger les rayonnages à l'intérieur du magasin. Elle quitte le domicile. Elle choisit un légume. Les rayonnages à l'intérieur. Il faut lever le nez pour choisir. Il faut choisir. Elle prend trois aubergines. Elle va préparer une bonne ratatouille pour Yann. Elle va pas se gêner, tiens.

Elle épluche la première aubergine. Sans sentiments. Au scalpel. Puis elle la taille au couteau en mini morceaux, en mini cubes. Elle fourre le tout dans la grande poêle. Le temps chante autour. Elle prépare. Elle fait mijoter. La cuillère en bois pour remuer la sauce. Qui dégouline. Les morceaux sont devenus plus liquides. Plus mous. Plus tendres.

Yann rentre. Léa enlève son tablier.

-Ça sent bon, qu'il dit.

Léa sourit.

-Je sais, qu'elle dit.

-Qu'est-ce que tu m'as préparé? avance-t-il. Ca sent la ratatouille.

Il sort sa langue et se lèche les babines.

Le doux bruit des aliments qui mijotent. Un doux chant de jazzman en fond sonore. Le verre de martini à la main. Nos deux amoureux jubilent. La maison est remplie de bonheur.

Léa se découvre un appétit de moineau. Léa ne sait plus son mot. Le mot qui la dit, la révèle, qui peut interpeller. Elle s'assoit dans le canapé.

Parfois, la nuit, elle passe la porte. La porte du jardin, porte de ses secrets. Elle y découvre un toit et une cheminée. Roule sur le plancher. S'abîme, se pose, se cale et se calfeutre. Elle s'aime bien. Dans ces oublis-là. Dans ces nids de la vie. Elle monte une tente. Un toit. Un abri. Et là, elle peut tout imaginer. Que le ciel est bleu, la cabane enfantée. Elle parcourt les murs de toile de la tente fermée.

Elle s'endort.

Il est rare qu'elle sorte du jardin embaumé. Il est rare qu'elle se laisse entraîner. Loin de chez elle. De son rêve enfanté. Il est rare qu'elle ouvre la porte de l'autre côté.

Dehors, c'est noir comme le goudron. Ça palpite et ça s'agite. Ça crie dans tous les sens. Ça va à toute allure. Ça dépasse, ça bouscule. Ça crie dans le téléphone. Ca engueule un enfant qui joue au milieu de la route. Ça gesticule pour pas grand- chose. C'est un brouhaha. Ça s'appelle la vie.

Ça pique et ça rotule. Dame de cœur qui pique, tiens-toi à carreau, tu pues le trèfle.

Alors Léa écrit tous, tous ces mots-là. Elle les crie de son jardin embaumé:

Léa sourit. Elle escamote. Elle rote. Rot du cri de l'enfant. Rototo. Léa est une enfant enfin.. Qui se roule dans son jardin.

Plie. Pliée de rire. Sourire, soulagée. Escamotée, la fin. Oubliée.

Je regarde la dame aux yeux ronds. Elle me susurre une douce comptine. Elle la suscite. Elle fait des ronds dans l'eau. Murmures de bruits morts. Fruits défendus et ronds dans l'eau. Frissons. Glaçon. Soupir. Fruit.

Photo Julie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article