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Katiouchka vivait dans un petit village de paysans dans une isba, pauvre. Elle était l’aîné de six enfants. Son père travaillait dur pour le maître, ainsi que sa mère employée comme domestique. Le soir, la famille aimait tisser des beaux vêtements colorés, des couvertures épaisses et lumineuses avec le grand métier à tisser que le père avait construit pendant ses quelques heures de liberté. Ainsi, grâce à ce travail, la famille pouvait recueillir quelques pièces d’or bien méritées.

Un jour la mère de la fillette, Maria, tomba malade à cause du froid. Elle avait tellement de fièvre qu’elle tremblait tout habillée et recouverte d’une épaisse fourrure de marmotte que la maîtresse lui avait prêtée…Elle resta ainsi longtemps. Rien ne la guérissait.

-      «  C’est le climat, le temps la rend malade ! Il fait froid ici !, dit le docteur, pour la sauver vous devez partir dans un pays chaud.

Mais la mère de Katiouchka n’était pas riche et son mari n’était qu’un serf au service d’un maître. Alors elle resta dans la petite isba des jours durant, délirant et racontant ses rêves à haute voix. Une nuit, elle appela ses sept enfants autour d’elle et leur dit :

- J’ai vu le marchand de neige ! il est venu tout à l’heure quand vous étiez tous sortis !

    - Si fait, Sacha, il existe et il m’a dit que c’était la dernière année qu’il donnerait sa neige à la Sibérie, et jamais plus on ne le reverra et jamais plus je n’aurai froid.

 Et la maman s’endormit comme apaisée. Katiouchka la veilla toute la nuit, la recouvrant de l’épaisse couverture qu’elle avait tissée l’an dernier avec le métier du père. Elle finit par s’endormir, épuisée et dormit jusqu’à l’aurore.

L’hiver fut très bref, on n’avait jamais vu ça : d’habitude il durait six mois, cette année-là il ne dura pas un mois. Les arbres refleurirent, les fleurs apparurent et les oiseaux se mirent à chanter. Il faisait beau, alors Maria guérit et la vie reprit comme avant. Katiouchka ne fut jamais aussi  heureuse. L’été vint, très beau, et l’automne suivit, très doux. Tous attendaient l’hiver pour jouer sur la neige…Mais il n’y eut pas d’hiver, le printemps réapparut, tout content de lui.

Les enfants se plaignaient, ainsi que les maîtres, ne d’avoir pas eu d’hiver, mais pour les paysans et les serviteurs,  qui souffraient beaucoup de l’hiver, c’était formidable !

-  C’est une année exceptionnelle, dirent les savants, le prochain hiver sera rude !

-  Mais l’année suivante, comme pour la précédente, il n’y eut pas d’hiver…Alors le paysage changea et les hommes aussi…

Le Maître décida de faire une enquête pour savoir pourquoi il n’y avait plus d’hiver ?  Certains bavards mouchardèrent et dirent que la maman de Katiouchka  devait y être pour quelque chose car, lorsque deux hivers plus tôt, alors qu’elle était malade, dans son délire, elle avait prédit la chose.

Le Maître la fit mander, elle vint au château accompagnée de Katiouchka.

-  Dis-moi, Maria, demanda le maître, sais-tu pourquoi l’hiver est absent dans notre région ?

-  Maître, répondit Maria, c’est le marchand de neige qui m’a avertie voilà deux ans en arrière qu’il n’y aurait plus d’hiver.

-  Et pourquoi t’a-t-il prévenue toi, et pas moi ?

- Parce que j’étais malade à cause de l’hiver et qu’il se sentait coupable de cela.

- Mais tu es guérie et l’hiver est nécessaire à la nature !

- Le marchand de neige a dit qu’il devait donner la neige à d’autres pays qui longtemps en ont été privés alors que la Sibérie avait été plus que servie !

- Et où puis-je rencontrer cet imposteur qui se permet de prendre des décisions pareilles sans en parler d’abord à son seigneur et maître, c’est-à-dire moi ?, hurla le maître.

- Il vit dans les nuages, très haut, là où on ne peut pas l’attraper !

-  Maria, je vous estime, ton époux et toi, mais cette histoire est idiote ! je ne crois pas au marchand de neige !

- Pourtant, maître, dit timidement Katiouchka, il existe et j’ai su qu’il donnait la neige à des pays qui mouraient sous la sécheresse : la Galanxie, La Gallia et la Nériade, ajouta-elle.

-  Je me moque de ces trois pays, hurla le maître, hors de lui, je veux retrouver mon bien ! La neige m’appartient comme m’appartiennent toutes les terres et tous les hommes de la province !

- Cependant, maître, il y a une chose dont vous ne disposerez jamais : c’est le temps ! dit doucement Maria, Il ne vous appartient pas ! la nature est la plus forte !

-  Si fait, rugit le maître ! Le temps m’appartient comme toutes les choses ici-bas et pour te punir de ton arrogance je vais te faire enfermer au cachot !

Et il fit emmener Maria dans un cachot humide et renvoya Katiouchka  en pleurs auprès de son père…

La nuit le marchand de neige vint rendre visite à Maria dans le cachot:

- Que va-t-il se passer ? demanda la jeune mère au marchand de neige.

- Ne crains rien ! Maria tu vas bientôt sortir ! Regarde les barreaux, il y en un de cassé, passe à travers et pars te cacher dans la province voisine pur quelques jours!

- Ne t'occupe pas du reste . Ta famille va te rejoindre !

-Et pour le maître ?

- Il n'aura que ce qu'il mérite , ce qu'il demande ! 

Maria se sauva avec tous les siens

Le marchand de neige rendit alors visite au maître

-Seigneur si tu veux que la neige revienne, il faut que tu me suives :

- Crois-tu que je vais suivre un gueux comme toi, hurla le seigneur ? Tu n’es marchand de rien si ce n’est marchand de misère !

-Fort bien ! dit le marchand de neige. Regarde !


-Eh bien seigneur que dis-tu de ta nouvelle vie ?:Et de sa canne il fit un signe et un tourbillon de neige tomba sur le sol.Il recommença dix fois ! Le maître ne put que constater ses pouvoirs.
-Fort bien, dit-il, je te suis !
Le marchand de neige entraîna le maître en Gallanxie, où désormais la neige était épaisse et très froide, comme autrefois en Sibérie…Le maître ne put s’en retourner chez lui et il trouva refuge dans une petite ferme du pays. Lorsqu’il voulut se faire reconnaître de ses serfs, personne ne le crut : dans la bourrasque il avait perdu son gros manteau en peau de loup, ses gants fourrés, sa bourse, sa montre, tout quoi… Et c’est en chemise, trempé, qu’il était arrivé à la ferme où on le prit pour un pauvre. On lui donna à manger et on le réchauffa. Il put dormir sur une paillasse. Il resta longtemps dans la pauvre maisonnette et devait travailler dur pour manger et chaque fois qu’il parlait de son passé personne ne l’écoutait et le fermier ( un grand homme ) lui donnait des coups sur le dos. Tant et si bien qu’au bout de six mois, le maître de Maria avait oublié qu’il avait été seigneur et resta dans ce pays de neige.
De temps en temps, la nuit, le marchand  de neige venait rendre visite à l’ancien seigneur

- Je suis malheureux, soupirait  l'ancien seigneur.

-Tu rendais  plus malheureux encore ceux qui étaient à ton service. Sache que le temps ne t'appartient pas !

Malgré les excuses, les regrets et les suppliques, le marchand de neige ne valut pas rendre à son maître, son ancienne vie.
- Puisque tu aimes autant la neige, eh bien tu en auras jusqu’à ne plus en vouloir, jusqu’au restant de tes jours !
Et l’ancien maître et seigneur demeura ainsi et vécut longtemps comme domestique au pays du marchand de neige.

Le seigneur dépourvu demeura dans l'oubli et vécut longtemps comme serf au pays du marchand de neige .
 
Quant à Maria, Katiouchka et leur famille, elles vécurent heureuses et libres dans un pays nouveau où les gens n’étaient plus ni serfs ni esclaves. Maria, Katiouchka, le père et les enfants travaillèrent la laine et le tissage et s’enrichirent du fruit de leur travail.

Ils achetèrent une belle demeure…Plus tard, Katiouchka voulut  étudier et apprit le métier de professeur et d’écrivain. Elle écrivit de nombreuses histoires pour ses élèves et pour tous les enfants et commença par «  le Marchand de neige « …

 

 
 Contes de Noël : Le marchand de neige - Carmen Montet
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