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Publié par elsapopin

Je quitte la ville, comme Thésée
son Labyrinthe, laissant Minotaure
puer et Ariane roucouler
dans les bras de Bacchus.
Belle victoire !
Apothéose pour le champion. Dieu
toujours manigance le rendez-vous
quand le haut fait est accompli, et nous
traînons déjà la proie aux alentours,
nous retirant à jamais de tels lieux
où ne nous est plus donné le retour.

Un meurtre est un meurtre, il faut bien le dire.
Mortel, tu dois lutter contre les monstres
mais qui donc les prétendait immortels ?
et pour que nous ne nous figurions pas
avoir sur les vaincus la préséance
Dieu nous ravit chaque récompense,
nous tient à l’écart des foules en joie
et nous contraint au secret. Nous partons.

C’est pour de bon maintenant, pour jamais.
Car si l’homme peut encore retourner
au lieu de son crime, il ne saurait
revenir là où il fut humilié.
Vraiment sur ce point le dessein divin
et notre propre sentiment de honte
ont si absolument coïncidé
qu’il n’y a plus derrière nous que : nuit,
bête puante, foules excitées,
maisons et feux. Et dans l’espace sombre
Ariane et Bacchus se mignotant.
Un jour sans doute, il faudra revenir…
Chez soi. À la maison. Dans nos foyers.
Ma route alors croisera cette ville.
Fasse Dieu que je n’aie pas avec moi le glaive aux deux tranchants !

Car si la Ville pour ceux qui l’habitent, commence au centre,
au château – pour nous errants et maudits
elle commence au premier taudis.

(1967 – Traduit par Georges Nivat)

 

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