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Je vivais sur ma petite planète, "à peine plus grande qu'une maison", et j'avais souvent limité le champ de ma vision à la ligne d'horizon de cette petite planète, de mon petit monde.
J'ai grandi comme j'ai pu, bousculé de droite à gauche contre les parois de la vie, des parois parfois douces, où l'on voudrait rester et se blottir pour l'éternité, et des parois souvent dures, piquantes, blessantes, de celles qui laissent des cicatrices qui ne se referment jamais.
Puis un jour, j'ai vu s'échouer sur ma petite planète une sorte de vaisseau, un drôle d'objet volant, que je n'avais jamais vu auparavant.
Bizarrement il ne me parut pas dangereux, non, mais surprenant, que dis-je fascinant.
Et j'ai vu de l'amour et de la vie dedans.
Je me souviens très bien du jour ou je me suis approché du premier humain qui le peuplait, et surtout de son regard étonné et empli d'interrogations quand je lui demandé "s'il vous plaît, dessine moi un ami ".
Longtemps il a essayé de me faire plaisir, mais ses amis ne me plaisaient pas. Puis il m'a confié le secret qu'il avait mis dans son dernier dessin, et que je vous livre à mon tour : "je te dessine un cœur. Ce cœur, c'est le tien. Et si tu regardes bien, tes amis, tous ceux que tu espères, sont dedans. Dans ton cœur. C'est à toi désormais de t'en occuper".
Alors que je n'avais pour vision que la ligne d'horizon de ma petite planète, vous ai-je dit, je me suis soudain mis à vous voir, à vous regarder vivre, puis à vous parler, pour au final ne plus pouvoir concevoir une vie sans être à vos côtés, fussent-ils épistolaires ou lointains.
"On ne voit bien qu'avec le cœur", m'avait dit le petit garçon qui me tenait la main. Visiblement, il y tenait à ce mot, ce mot que, enfant des poubelles, je n’avais guère eu loisir d’employer. Et il avait raison. Je voyais désormais autrement.
Certes, je me suis piqué parfois à des roses merveilleuses, car il en est de très belles et parfumées qui poussent dans mon cœur, et d’autres encore plus belles, mais qui font mal et n’ont aucun parfum. Mais devais-je condamner toutes les roses parce qu'une m'avait piqué, ou, peut-être, tout simplement parce que je n'avais pas su la cueillir ?
J'ai croisé tant de merveilles, de jolis renards, des fleurs magnifiques, des étoiles brillantes et des étoiles filantes, qui, à leur tour, m'ont apprivoisé. Et je leur dis sans relâche que nous sommes désormais responsables les uns des autres, car nous étant apprivoisés, nous sommes maintenant différents de tous les autres qui ne peuplent pas mon âme, mon monde.
Et vos absences sont maintenant douleurs, ce sentiment que je ne connaissais pas avant.
À l’heure où je suis daté plus que vintage, je me pose de plus en plus la question, comme le chantait Brassens, de savoir "s'il est encore debout le bois qui fera mon cercueil". Et s'il est déjà coupé, pourvu qu'il mette autant de temps à sécher que Pénélope en mit pour terminer son ouvrage. Et que celui qui en fera ouvrage ne soit pas encore né. Mais ce sont là des choses sur lesquelles nous n’avons que peu de prise.
Il n'est nulle tristesse à disparaître, du moins je crois le sentir, moi qui en ai une peur bleue, que dis-je, violette, le plus tard possible, quand on se sent aimé, quand on est (presque) persuadé d'avoir fait les bons choix, quand on est finalement en paix avec soi-même. Car lorsque, à la question de ce qu'il faut pour réussir sa vie, l'on répond « je veux être heureux », on est vite exclu de cette société. Enfant, à l’école, cette réponse m’avait valu non seulement des réprimandes, mais une sorte de bienveillance malheureuse, cette tendresse triste qu’on accorde aux enfants dits différents. Et c'est pourtant ce à quoi j'aspire désormais.
Et quand viendra l'heure, la dernière, celle ou le serpent me libérera, je fermerai mes bras du mieux que je le pourrai, pour protéger ce que j’ai de plus cher en moi, et emporter avec moi des visages, les souvenirs des sourires et le rire des enfants.
Du fond de ce cœur dessiné par celui "qui me ressemblait comme un frère", je peux remercier tous ceux qui m’entourent d'exister, et de me témoigner souvent autant d'importance que j’en suis parfois gêné.
Autant d'importance que la couleur du blé.
Oui, la couleur du blé.

 

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