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Le premier soir, vers neuf heures, elle partit… Je fus terriblement inquiète toute la nuit. Le matin, debout avant le soleil. Terrifiée devant la corbeille vide sur la fenêtre. J’interrogeai longuement le ciel dans la douceur du crépuscule matutinal. À 6 h 34, des hirondelles rayaient le ciel. À sept heures, je m’absentai un instant, avec un début de torticolis, lorsque je revins, Japette affamée, réclamait...
Japette faisait des balades de plus en plus longues. À preuve qu’elle commençait à ouvrir son bec en vol et à gober des insectes. À la nuit tombante, elle disparaissait. Je supposais, comme je l’avais lu, qu’elle rejoignait ses congénères dans les roselières… Du fond de la plaine, en bordure des prairies nommées « L’Etang », où les colchiques, chaque automne, soulignaient de mauve l’équinoxe. Près des saules qui pleuraient !
L’avant dernier jour, Japette revint toute dépoitraillée. Sortait-elle d’un accrochage avec les chats voisins ? Elle avait le ventre tout mouillé, la tête aussi. Et ce pauvre petit torse, enfin bréchet, tout nu, sans plume. On ne vit pas de sang. J’étais dans un de ces états… Puis en séchant, Japette reprit un aspect humain si l’on peut dire. Les plumes se rangèrent et le bréchet disparut de notre vue.
Hubert me rassura :
- Ce doit être absolument normal !
Dans mon manuel, « J’élève mon hirondelle », je crus comprendre que les femelles hirondelles possédaient des plaques incubatrices dépourvues de plumes, mais pas le mâle… Du même coup, Nous apprenions deux choses : Japette n’était pas blessée et c’était une fille…
Le dimanche, l’orage gronda. Nous attendions la pluie depuis des jours et des jours. Japette s’assoupit sur une pile de vieux « Canard Enchaîné ». À 14 h 20, pendant « Starsky et Hutch » je lui proposai de la pâtée universelle. Elle n’apprécia pas. Mais alors pas du tout. Elle se vexa et partit. L’ingratitude des enfants…
Le reste de mon dimanche, je le passai, dans notre petite cour sur l’arrière, enserrée dans de grands murs, à scruter notre lambeau de ciel. Le cœur battant dès que j’apercevais une hirondelle de l’année. Le film familial du dimanche soir devint un film noir…
Le panier d’osier resta déserté. Mon fils, affable, affirma :
- C’est certain, elle y est passée, elle s’est mouillée.
Hubert me consola. Il me raconta ce que je pouvais entendre, l’Histoire Merveilleuse de Japette. Japette volait, planait, survolait, faisait des piqués, gobait, convolait, trillait, gazouillait, et se préparait pour franchir la Méditerranée. Il aurait tant voulu savoir voler comme elle !
Jusqu’au rassemblement des hirondelles sur les fils, avant leur grand périple, j’espérai dans la plaine, la tête en l’air, en criant désespérément, Japette ! Japette ! Japette !
Une hirondelle environ vit trois ans…Le souvenir de Japette m’émeut depuis 33   ans ! 
Parfois, dans ma plaine, près des roselières, quand une hirondelle fait un vol plané,tellement proche de ma tête, je me dis que…
Que je suis folle…
(C’était en 1986. Aujourd’hui c’est interdit de détenir une hirondelle qui est un oiseau protégé, il faut la remettre à la LPO).

 

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