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Je dégotai une petite corbeille en osier, je la tapissai d’une feuille d’une Humanité Dimanche qui traînait là ; je l’installai à l’abri de Sofi, ma Fox terrier, dans la cage artisanale de Tino, notre cobaye victime d’une chute accidentelle sur un sol cimenté, un mois déjà… Le tout posé sur le poêle à bois, en léthargie pour l’heure. On était en Juillet, il faisait 35 ° à l’ombre. {Tiens, les prémices du Réchauffement climatique ?}
Mangerait-elle ? Ne mangerait-elle pas, mon hirondelle ? Ma principale question existentielle du moment. Comme j’approchais mon index pour la caresser, elle ouvrit un bec jaune, immense en faisant Tuit-it, tuit-it, Tuit-it !
- Hubert, vite, vite, s’il vous plaît, attrapez une mouche ou deux !
Il prit bien le temps de faire remarquer mon changement de discours !
- T’es certaine ? Tu défends plus les pauvres petits insectes ?
- Vite, allez, soyez gentil, elle meurt de faim ma pauvre petite hirondelle…

Elle fit montre d’un appétit féroce. Elle prit tout le menu… Elle réclama même du rab ! Mon fils nous terrorisa en affirmant :
- Les hirondelles mangent quatre fois leur poids d’insectes lorsqu’elles volent, ou plutôt les oiseaux mouches, mais ce doit être du pareil au même…

Au fait, combien pesait-elle, cette merveille ? Pour avoir perdu des quantités de kilos et en avoir repris plus encore, je possédais le nécessaire et le superflu du régime amaigrissant : pèse-personne, sucrettes par 500, lait écrémé en paquet familial, Contrex, livres d’ex-gros, balance de ménage, tableau des calories… Je posai donc le bestiau sur la balance, avec la douceur d’une maman déposant pour la première fois, son nouveau-né sur le plateau incurvé du pèse-bébé.
L’aiguille bougea à peine : 18 à 20 grammes. Pas très précis. Aucun problème de poids, Elle ! Combien de calories le steak saignant de mouche ? Mon hirondelle pesait une misère ! Traverser la Mer Méditerranée quand on pèse 20 grammes, une folie ! Ou alors, l’hérédité ! Allez savoir !

C’était une petite hirondelle de cheminée ; Ne pas confondre avec l’hirondelle de fenêtre. Le dessous de son bec marron écureuil, une gorge noire juste au-dessous du bec. Quelques taches blanches, arrondies sur la queue, tout le reste noir bleu. Des paupières gris souris qu’elle remontait pour sommeiller.
Je la trouvais tout simplement magnifique. Je ne me privais pas de la contempler, dès qu’elle m’apercevait, elle s’écriait : tuit-it tuit-it tuit ! Elle ouvrait un bec comme un four. J’y enfournais, des mouches, des mouches, des mouches…

La production artisanale de la maisonnée ne pouvait suffire. Il fallait envisager une chasse plus adaptée à nos besoins. Une chasse industrielle… Nos voisins, paysans, aux heures des traites, nous accueillirent à bras ouverts dans leur étable. Ils aimaient beaucoup les hirondelles. Les mouches, pas du tout… A l’endroit où Jeannine suspendait la pieuvre trayeuse, pour aller vider le pot étincelant en inox, dans les bidons, tombaient quelques gouttes de lait mousseux ; les mouches se rassemblaient, gourmandes de lait tiédi. Un bon coup de journal plié, et hop ! Une douzaine les pattes en l'air ! Mon hirondelle, à partir de ce moment, fut abecquée exclusivement avec des mouches de lait...
Matin et soir, récolte de mouches. Lorsque nous revenions, nous fleurions bon la chaleur des ruminantes, parfum de lait, odeur de bouse fraîche. Une seule fois, une seule, Hubert s’était trouvé au bon endroit, au bon moment, et le dos de sa chemise dédiée à la chasse à la mouche, fut parsemé d’étoiles verdâtres. Mais, ce n’était rien à côté des maux de dos, de genoux que nous attrapions…
Hubert était de moins en moins irrité par les mouches. Il ne les insultait plus en les tuant. Il les voyait désormais comme des rosbeefs volants. Dans nos boîtes d’allumettes, les mouches formaient un charnier grouillant et dégoûtant. Quelle vitalité incroyable possédaient ces bestioles. Une aile en moins, les entrailles répandues, elles continuaient à remuer pendant des heures.
Pour la bonne conservation des mouches, je remisai la boîte d’allumettes au réfrigérateur. Heureusement, aucun étranger à la maison ne voulut se servir d’eau rafraîchie ou de limonade.
Consciente des souffrances infligées à ces pauvres insectes, je donnais cependant toujours la becquée à mon hirondelle ; je plongeais mon pouce et mon index dans le magma… et je ramenais une mouche par une aile, par une patte.
L’oisillon la gobait avec délices en frétillant des ailes avec des petits couinements de contentement. Parfois, elle avalait tellement vite, mon hirondelle, que le tuit-it devenait une sorte de mini miaulement étranglé que j’adorais. J’abreuvais l’oisillon au moyen d’une cuillère à moka. Plus les jours passaient, plus j’étais, plus nous étions entichés de notre hirondelle, baptisée Japette. Les voisins et les amis connaissaient Japette !
Le soir, je fermais et je couvrais la cage d’un torchon de cuisine fleuri ; dès que nous passions à proximité, Japette reconnaissait le grincement de la porte du buffet, ou le craquement de cette maudite lame de parquet, et s’écriait : tuit-it, tuit-it. J’en arrivais même à interdire, après le souper, à tout un chacun de se rendre au buffet pour ne pas réveiller Bébé...

 

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