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Rappel des faits :A la nuit tombée du lundi 27 juillet 1891, deux commerçantes ayant pignon sur rue allaient être assassinées chez elles, tout près du centre-ville. Ce double crime souleva une énorme émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors, s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

EFFETS DE CRIME A RETARDEMENT

En cette fin de siècle, une formule en vogue, dans la rubrique nécrologique, consistait  à prier " amis et connaissances qui, par oubli, n'auraient pas reçu de faire-part, de vouloir considérer le présent avis comme une invitation à assister aux funérailles ". La précaution d'usage s'avéra superflue pour les dames Marcon. Bien avant le jour fixé, la foule s'y était elle-même conviée.

Ce n'était pourtant guère par pure sympathie pour les deux femmes. Leurs caractères excessivement méfiants et leurs allures bizarres que certains mettaient sur le compte de leur bigoterie, en faisaient la cible de nombreuses farces.

Mais si, pour le voisinage, elles n'appartenaient rien moins qu'à la mythologie du quartier, de son côté, la ville s'accordait à les classer parmi les figures stéphanoises hautes en couleurs. Le 28 juillet au matin, dès la première nouvelle de l'assassinat des deux femmes , une foule énorme s'agglutina rue Saint-Honoré et rue de Roanne, devant leur domicile. Des ordres rigoureux avaient été donnés aux agents de garde à la porte d'entrée de la cour, et seuls parents et journalistes trouvaient accès dans la maison.

L'affluence devint telle que l'on circula à grand-peine. Aux environs de midi, le chef de la Sûreté ordonna le transport des cadavres à l'hôpital. C'était précisément l'heure de sortie des ateliers et magasins.  Réduits à se frayer un passage jusqu'à la rue de l'Isle, pour contourner la grande artère, les porteurs ne purent échapper à la masse des curieux, qui formèrent une funèbre escorte.

Vendredi 31 juillet 1891...Largement avant l'heure fixée pour les obsèques une foule semblable se pressait aux abords de la maison du crime. Les deux cercueils, amenés dès huit heures,  étaient exposés au rez-de-chaussée de l'immeuble de la rue Saint-Honoré. Sur toute la hauteur de la porte, était tendu le drap mortuaire de la confrérie du Saint Sacrement, dont faisait partie l'aînée des victimes. Un nombreux clergé se chargea de la levée des corps, puis le convoi inhabituel, précédé des dames du Saint Sacrement, se dirigea vers l'église Saint-Charles. L'inhumation eut lieu au cimetière du crêt de Roch, dans le caveau familial.


RASSURER LA SURETÉ

" Pour les mener au tombeau " : une voix de basse dans toute son ampleur résumait, deux mois plus tard, la besogne des malfaiteurs. Modulée par un groupe de chanteurs sur la place Gambetta, la complainte s'achevait par, ce couplet :

" Tout bandit qui assassine

Deux femmes à coups d'marteau

Mérite que le bourreau

Le passe sous la guillotine

Pour servir de leçon

Aux autres ignobles fripons ".

Des trémolos s'imposaient dans la voix, gonflée d'une vertueuse indignation, à l'image de la rumeur publique, trop heureuse de s'en prendre à Pandore, mais sur un ton moins bonhomme que la chanson de Gustave Nadaud...Au point que la presse se sentit obligée de voler au secours de la sûreté.

" Le Mémorial de la Loire " reconnut qu'elle traversait  " une période de guigne invraisemblable " . Il s'appuya sur un exemple significatif : " L'autre jour on pinçait Ravachol, l'assassin de l'Ermite de Chambles et soudain le misérable glissait comme une anguille entre les mains des agents " .Et il reconnut que de fouilles en interrogations, comme en perquisitions, on "n'était guère plus avancé aujourd'hui qu'avant l'assassinat ". De là à regretter que les périodiques ne fussent pas associés à l'enquête, en tant qu'auxiliaires de justice, " Le Mémorial " franchit sans hésiter le pas.

Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés : les journaux allaient bientôt recevoir beaucoup de grain à moudre...

A suivre...

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