Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Rappel des faits : Le lundi 27 juillet 1891, à la tombée de la nuit, les Dames Marcon, commerçantes bien connues, étaient assassinées chez elles, rue de Roanne. Ce double crime souleva une vive émotion, dans une époque pourtant blasée de meurtres. mais celui-ci, rapproché des plus sauvages du temps, et peut-être commis par une bande, faisait partie de ceux qui échappaient à l'usage. Alors s'enfla vite la sourde appréhension de le voir, comme tant d'autres, rester inexpliqué.

 

Au banc des accusés avec Ravachol 

Comment rester impassible, à la vue de Ravachol, introduit dans la salle d'audience au matin du 21 juin 1892. A moins d'être une de ces figures de marbre ou toile peinte qui veillaient, le long des murs, sur la sérénité de la cour d'assises à Montbrison... Mais aucune rumeur n'en parcourut les rangs, pas plus qu'à l'instant d'avant, quand furent pourtant apportées sur la table des pièces à conviction, les crânes fracassés des deux quincaillières.

Dans l'ombre de l'auteur supposé du double assassinat entrèrent d'autres protagonistes. C'est ainsi qu'apparut Joseph-Marius Jas-Béala, âgé de vingt-six ans, natif de Firminy et métallurgiste de son état. Estimé le complice principal, il pouvait bien lui aussi expier le crime auquel il avait participé.

Ce serait sur les bois de justice, autrement dit la guillotine, que le bourreau itinérant viendrait monter tout exprès. Comme s'il voulait s'en protéger le cou, Béléa arborait, sur un plastron de chemise d'irréprochable blancheur, un nœud de cravate artistement posé. Un complet gris cendré achevait de le tirer à quatre épingles, au point de le faire oublier parmi les inculpés, il en récoltait l'apparence d'un homme méritant, le type même de l'honnête prolétaire sorti du rang, à l'abri des idées subversives, et curieux du procès d'un des siens à la dérive.

Le front haut et la moustache aussi rigide que des crins de blaireau, mais curieusement frisé en crocs aux extrémités, lui accordaient une allure volontaire, que ne démentait pas le regard vif, même si la paupière restait assez lourde. Le cheveu court, cependant dru, se dressait comme un ergot, et l'oreille, au pavillon largement déployé, lui donnait l'air d'un lièvre toujours sur le qui-vive. Maintes fois pendant l'instruction, il s'était montré sujet à de brusques colères. Elles fusaient sur le mode criard, au hasard d'incessantes révoltes, devenues les fruits de l'absinthe lampée dans les tavernes.

Un couple bien " comme il faut ".

Aves sa maîtresse, elle aussi dans le banc des accusés et malgré tout aussi peu concernée, du moins en apparence, Béala composait un jeune ménage agréable à regarder. Assez jolie, Rosalie Soubère, dite Mariette, avait également tenu à se présenter tout à son avantage.

De noir vêtue de la tête aux pieds, cette agréable brunette âgée de vingt-deux ans cachait des cheveux châtains frisés sous son chapeau à larges bords. Par contre, dans son plutôt gracieux minois, les beaux yeux noirs qu'elle promenait à la ronde ne pouvaient échapper à personne. Sans donner l'impression de s'inquiéter outre mesure, elle suivait avec une sorte d'intérêt les préparatifs du procès. Tour à tour elle jetait ses regards sur la cour, la foule et les bancs des journalistes, pendant que se formait le jury. A l'évidence elle semblait loin de paraître résignée. De façon quasi certaine, c'est à son avocat, dont le mordant n'était plus à démontrer, qu'elle devait pareille assurance. Loin de garder les traits défaits et un regard rougi par les pleurs, ainsi qu'un mois plus tôt à son arrivée à la prison de Saint-Étienne, elle ne se lamentait plus du tout. Pas davantage, elle ne songeait à appeler sa mère, une brave revendeuse des places stéphanoises. Pour un peu au tribunal de Montbrison Ravachol l'aurait crue au spectacle, dont elle observait la mise en place depuis sa loge.

Béala et la fille Soubère se préoccupaient tout de même l'un et l'autre de préserver leur honneur, passe encore, mais avant tout leur liberté et leur vie. Surtout Béala : après avoir participé à l'attentat de Saint-Germain, il avait été acquitté en mars par la cour d'assises de la Seine, du chef de tentative d'assassinat. Il s'était fait arrêter peu après, sous la prévention de complicité de meurtre et de vols dans les crimes reprochés à Ravachol. Depuis il s'efforçait de minimiser son rôle, qu'il voulait ramener à celui d'un simple comparse. Cependant un dangereux témoin à charge s'évertuait...à prouver le contraire.

 A suivre 

Le roman de l'histoire de Saint-Etienne : L'assassinat des dames Marcon, l'ombre de Ravachol - ch 9
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article