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Certain Mulot – un tantinet bouffi d’orgueil –
Ambitionnait de prendre femme, mais l’œil
Qu’il portait sur les choses
Était si sévère
Que les plus belles roses
N’avaient l’heur de lui plaire.
Or, sa devise étant :
« Le mieux, seul, est digne de moi !»
Ratamore – c’est son nom – certain soir s’en va
Voir le Soleil qui musait au bord de l’étang :
« Toi excepté, lui dit-il, je ne vois
Dans l’univers personne à qui me comparer.
Aussi faut-il nous allier :
Ta fille me revient de droit !
– Erreur ! Lui répond le Soleil, erreur…
Il est un Seigneur qui m’est bien supérieur :
Le Nuage est mon maître, qui sait comme il veut,
Adoucir mon éclat ou dérober mes feux. »
Là-dessus il se glisse en son drap de vermeil
Pour un divin sommeil.
« Garde ta fille, Soleil, crie notre Mulot,
La fille d’icelui est celle qu’il me faut !»
Il court pour annoncer à l’Arpenteur des cieux
Ce qu’il lui veut :
Son enfant chérie pour compagne.
« On t’aura bien mal informé,
Lui dit cet ambulant léger.
Le Vent, qui m’entraîne à son gré
De Lorraine en Champagne,
Ou de Picardie en Bretagne,
Me tirant à hue et à dia par la queue,
Fait de moi ce qu’il veut :
Un Chêne agonisant m’en avait informé,
Il n’est rien ici-bas qui peut lui résister.
– Adieu alors,
Dit Ratamore,
Je vois ce qu’il me faut. »
Il court après le Vent, qui souffle ce propos :
« Ma force ? Ô hélas ! Illusion !
Vois cette haute Tour au bord de l’horizon,
Je me brise sur ce rempart,
Et malgré tout mon art
Pas une fois je n’ai su ouvrir une brèche.
Va la trouver, et tu auras ce que tu cherches. »
Aussitôt le Rongeur s’empresse et prie la Tour,
Qui allègue à son tour
Qu’elle sait quelqu’un d’encor plus fort
Et qui lui cause bien des torts,
Démantelant ses murs,
Couchant une à une ses pierres
Dans la séculaire poussière.
« Oh, oh ! s’écrie notre Mulot : En es-tu sûre ?
Toi ? Toi que la Bourrasque n’égratigne pas,
Toi tu m’assures
Qu’il y a plus puissant que toi ?
Mais qui ? Dis-le-moi, je te prie !
– Qui ? Qui ? Mais… la dame Souris,
Qui vit et loge dans mes murs,
Rongeant jour après jour mon mortier le plus dur !
Qui me creuse et me traverse de part en part
Et savourant déjà sa prochaine victoire,
Tantôt à mes pieds, tantôt à ma tête,
Se rit de moi et fait la fête !
– Comment ! Balbutia notre Rat
Que me chantes-tu là ?
Cette Souris est de chez moi
Et de ma parenté ! Ah ça,
Tous mes efforts étaient donc illusoires ?
Je serais revenu à mon point de départ ?
J’aurais, pour toucher au plus haut,

Bravé tous les périls et risqué tous les maux,
Quand ce qui me convient
Est à portée de main ?
– Tel est ton destin, dit la Tour,
Rentre chez toi, et désormais ne sois plus sourd :
En nous est couramment la réponse à nos vœux ;
Et disons-le,
Pour qui cherche le droit chemin,
Scruter en soi est le souverain bien. »

Le plus simple est ordinairement le plus sûr,
Et il ne faut jamais mépriser sa Nature !

Extrait de fables et estampes, Éditions Thierry Sajat. Paris

 

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Aralf 09/10/2019 10:48

Une belle histoire!