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Il tournait depuis bien plus d’une fois dans l’univers, très très loin de chez-nous, une planète sur laquelle n’avait jamais vécu aucun loup. Cette planète sans aucun loup dessus, on l’appelait la planète sans loup, bien entendu.

Et sur cette planète, on trouvait des chaperons à foison, des petits chaperons rouges, bien sûr, mais aussi de grands chaperons verts, de gros chaperons bleus, et puis toutes une foule de mémés, de grands-mères, de mamies, et même quelques mères-grands. Mais aucun loup vraiment n’habitait cet endroit. Jamais les yeux du loup n’étaient passés par là.

On y trouvait également des milliers, des millions de petits cochons, des Nif-Nif, des Naf-Naf, des Nouf-nouf, des Nuf-Nuf, des Neuf-Neuf, des Tif-Tif, des Taf-Taf et autres Teuf-Teuf, et tout ça faisait des milliers, des millions de queues en tire-bouchons.

Mais aucun loup vraiment n’habitait cet endroit. Jamais la queue du loup n’était passée par là.

En plus de la chèvre de monsieur Seguin, on entendait bêler la chèvre de monsieur Seguédille, la chèvre de monsieur Séguela, celle de monsieur Cèvenol, celle de monsieur Chipolota, et caetera, et caetera.

Mais aucun loup vraiment n’habitait cet endroit. Jamais le cri du loup n’était passé par là.

Pour s’endormir, en plus de compter les moutons et les agnelets, on comptait aussi les biquets, mais il aurait fallu la longue vie d’un chêne pour compter tous ces biquets-là, mais les chênes ne savent pas compter, ou alors le calcul ne les intéresse pas.

Mais aucun loup vraiment n’habitait cet endroit. Jamais patte de loup n’était passée par là.

Et tout le monde était très malheureux sur la planète sans loup, car sans loup, il ne peut pas y avoir d’histoires, et sans histoires, on s’ennuie dans la vie. Certes un proverbe affirme que les gens heureux n’ont pas d’histoires, mais la valeur scientifique des proverbes n’a jamais été vraiment démontrée, ou alors, par un savant encore plus inconnu que le soldat.

Il faut dire qu’après tout, le bonheur c’est un droit. Jamais la dent du loup n’était passée par là.

Alors, un mois de décembre, sur cette planète sans loup dessus, les chaperons, les mères-grands, les cochons, les chevrettes, les biquets et les agneaux décidèrent d’écrire au Père Noël. Voici la lettre qu’ils envoyèrent :

Cher Père Noël,

Peux-tu, s’il vous plaît, nous envoyer un loup d’urgence ? On s’ennuie trop, sur notre planète sans loup dessus. Veuillez recevoir, cher Père Noël, nos salutations respectueuses, et couvre-toi bien, ça caille drôlement cette année. Signé : les Sansloupiennes et les Sansloupiens.

Le Père Noël répondit par retour du courrier, car la lettre était très polie et ne contenait pas de fautes d’orthographe.

Chères Sansloupiennes, chers Sansloupiens.

D’accord, je vous l ‘envoie, votre loup.

Mais quel modèle de loup voulez-vous ?

Je joins à ma lettre un catalogue de la « Manufacture des loups et autres carnivores» afin que vous choisissiez le loup idéal. Mais ne vous trompez pas en indiquant la référence. Ne choisissez pas par exemple un loup végétarien, ça ne servirait à rien.

Veuillez agréer, chairs Sansloupiens…etc.

( La secrétaire du père Noël avait laissé échapper une faute d’orthographe, cherchez-là, moi je continue l’histoire.).

Et les Sansloupiennes et les Sansloupiens choisirent le loup référence numéro PGCM 6221109 avec robe noire luisante, grande capacité stomacale, œil jaune, sournois, fourbe, cruel et lâche, grandes dents pointues, grosses pattes poilues et longues oreilles velues. C’était le modèle grand luxe.

Et le loup modèle référence numéro PGCM 6221109 arriva le 24 décembre, aux commandes d’une superbe soucoupe volante, à l’entour de minuit, sur la planète des Sansloupiens, qui poussèrent un immense cri de joie quand cette soucoupe toucha le sol, car ils étaient devenus Loupiennes et Loupiens à partir de cet instant. Loupiennes et Loupiens brandissaient une immense pancarte qui proclamait :

BIENVENUE MONSIEUR LE LOUP

Et les chaperons rouges, et les chaperons verts, et les chaperons bleus, et les mères-grands, et les cochons, et les biquettes et les biquets, et les moutons et les agnelets, tous se bousculaient pour être dévoré le premier.

« Les enfants d’abord ! »hurlaient les chaperons.

« Priorité au troisième âge ! » s’égosillaient les grands-mères, les mamies et les mères-grands que piétinaient sauvagement les petits cochons et les ruminants.

Le loup mangea tellement de Loupiennes et Loupiens qu’il faillit trépasser d’indigestion. Heureusement, c’était le modèle le plus robuste.

Et depuis, sur la planète des Loupiennes et des Loupiens, chacun vit dans un monde à histoires dans le plus épouvantable des grands bonheurs. Le Père Noël a reçu une lettre de remerciement.

L’année prochaine, les Loupiennes et les Loupiens recevront sans doute en cadeau un ogre ou une sorcière pour seconder le loup et, s’ils sont très sages, peut-être un humain.

 

Piece d'Henri Merle

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