Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

 

Rien ne s'avère meilleur, aux yeux, ou plus précisément aux papilles du cannibale gourmet, que la viande de sénateur. Cette affirmation peut paraître, à première vue, paradoxale : le sénateur n'est-il pas, généralement, d'un âge canonique ? A ceci nous répondrons : La succulente poule bouillie ne se recrute-elle pas uniquement chez les vieilles poules ?

Tout le secret de la réussite de cette recette réside dans l'art de la cuisson et de l'accommodement.

La première chose à faire, évidemment, c'est de capturer un sénateur. Tâche ridiculement aisée : le sénateur, chargé d'ans, et de surcroît ventru, s'essouffle vite à la course. Si on a la flemme de courir après un sénateur, on peut toujours l'amener chez soi pour le capturer en lui téléphonant. Prendre une voix femelle chargée de fortes intonations érotiques, et murmurer ( assez fort,  car les sénateurs sont sourds ) :

 " Viens chez moi, mon loup, nous nous livrerons à des activités décalées comme Monica et Billou ". Presque toujours le sénateur accourt.

Une fois le sénateur capturé, il faut le faire dégorger, comme les colimaçons, car la viande de sénateur contient trop de graisse et de cholestérol, et cette modeste recette se voudrait diététique. La viande de sénateur contient aussi beaucoup d'adrénaline, dont la présence s'explique par le stress qu'engendre la recherche frénétique du pouvoir.

Donc, mettre le sénateur à dégorger trois bonnes semaines, dans un lieu isolé, votre cave par exemple, et insonorisé, car le sénateur séquestré à tendance à hurler sans pudeur aucune son désespoir.

C'est alors que vient l'étape de la préparation culinaire elle-même. Et là, les avis divergent, entraînant maintes polémiques dans le cercle très fermé des cannibales gourmets.

Le sénateur doit être cuit bouilli, certes, comme toutes les vieilles poules, mais faut-il le saigner ou le faire cuire avec son sang ? En un mot, casher ou pas casher ?

Le sénateur doit-il être cuit tout nu, ou dans son costume de sénateur, avec rosette et légion d'honneur ?

Faut-il vider le sénateur, comme l'on vide la truite, ou faut-il lui laisser tout le  dedans, ainsi que l'on procède avec la friture ?

Peut-on cuire dans la même marmite un sénateur, un député, un pédégé, voire un chroniqueur financier et radiophonique, ces viandes étant cousines par le goût ?

Nous refusons d'entrer dans la polémique évoquée plus haut. Celle-ci a suscité trop de drames, conduisant des tribus de cannibales gourmets mais d'avis contraires à de douloureuses guerres fratricides.

Contentons-nous d'insister sur un point sur  lequel lout le monde s'accorde :

C'est cuit bouilli et servi accompagné de riz sauce suprême que c'est bien meilleur, la viande de sénateur.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article