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Pour mon grand départ, ni rose ni camélia
Ni œillet, ni chrysanthème pourtant j’aime ça 
Je veux des brassées de luzerne… 
Et que leur suave exhalaison 
M’accompagne à ma dernière station… 
Il me faudra donc passer à la bonne saison…

Samedi, je me promène en fin de matinée !
Assise sur mon premier banc, ma deuxième station, au loin j’aperçois, une personne connue. Il faut que je me dépêche, si je veux avoir fini de me réajuster, bien sûr en retrait, après avoir sauvé de la sécheresse quelques herbes sèches… Elle est enchantée de me voir et moi aussi, nous décidons de terminer notre balade ensemble… à papoter…
Nous arrivons devant le champ de luzerne, du petit agriculteur bio. Euh ! quand je dis petit… Je me souviens, pour une fête, les hôtes avait mis au bord d’une table un petit tonnelet de rosé, il suffisait d’y glisser son gobelet dessous, et hop, on pouvait se désaltérer… Et lui, le petit malin, mettait sa sucette, sous le robinet, pour récupérer la goutte qui tombait lentement mais régulièrement, et illico dans la petite bouche gourmande. Qu’il ne m’en veuille pas de le raconter ici, où je n’ai que des amis… et lui encore plus, tellement gentil ! 
Donc, pendant qu’elle me barbe avec du foot, nous avions sympathisé pour la coupe du Monde, où la folie du foot m’avait contaminée pour s’éteindre tout de suite après. Elle est déçue d’apprendre ça, mais elle continue... Quand tout à coup, un parfum, une senteur, une fragrance m’atteint jusqu’au cœur. Des années, enfin trois ou quatre, que j’attends ça… Je stoppe aussitôt et lui explique. Elle commence par rigoler de moi, me dit de revenir l’après-midi, de m’asseoir jusqu’au soir sur le banc et de respirer… Sauf qu’elle ne s’arrête pas pour profiter de l’instant magique. Je traîne la patte tant que je peux, mais pourquoi je me suis engagée à finir le tour de la plaine avec cette supporter de foot ? Je tente de la convaincre que c’est très rare, qu’il faut un vent favorable, qu’il fasse très chaud, que la Reine des Plantes Fourragères soit très en fleurs, et surtout que l’agriculteur ne l’ait pas fanée avant... Ce qui serait rédhibitoire ! 
Comme on quitte l’être aimé, quand on sait qu’on ne le reverra certainement jamais, je m’éloigne à regret avec MBappé ! Les effluves nous suivent tout le long du champ et me donnent mille regrets. Le vent doit souffler de l’Ouest ou du Nord-Ouest. 
Dimanche, je repars en campagne, vers 10 heures. J’écoute ma petite radio, je l’éteins quand je rencontre jambes qui courent, qui pédalent, qui marchent ! Premier arrêt, l’ombre près de la batterie de boîtes à lettres… Deuxième arrêt pour prendre une photo. Troisième arrêt pour regarder la photo ; Enfin le banc… etc. Et piano pianissimo comme ça pendant les dix kilomètres de ma quotidienne balade (euh trois !). J’en arrive à la luzerne, je ne hume rien, mon grand tarin en alerte pourtant ; Le vent a changé, il vient du Sud. 
Sur mon second banc vert, Je m’assois comme chaque fois. Les mouches m’attaquent, elles piquent la peau nue de mes jarrets, tannés car, à l’air, été comme hiver, j’adore couper mes pantalons qui s’effilochent ensuite… Je plie mes genoux dans mon écharpe bleu roi… Je me dis qu’il va faire orage un de ces moments. Le vent faible faiblit encore et alors la luzerne se met à embaumer… le bonheur… Je reste là et je respire, je respire en écoutant Joan BAEZ… La chanson de Sacco et Vanzetti. Innocents exécutés ! Une de mes douleurs !
Dans le champ de luzerne, je pars me planter au milieu ; mais non, mais non, je n’ai rien abîmé, on peut mettre les pieds entre les touffes, et je demeure là un long moment. Un tracteur qui travaille le dimanche me fait signe… Son conducteur est beaucoup trop occupé, pour tirer des conclusions sur mes occupations. Et sur l’activité de mon araignée au plafond…
Les fleurs de luzerne frémissent en un camaïeu de parme, aubergine, glycine, lin, lavande, lie de vin, lilas, mauve, violine et pour le fun zinzolin… Mes yeux s’emplissent, mon odorat essaie de différencier, de qualifier, de caractériser, mais je n’y parviens pas… Je pars enfin, à regret…
On peut acquérir du parfum, cher ou pas, mais pour s’offrir cette senteur, ce pur bonheur, il faut savoir être patient, parfois plusieurs années… et peut-être la mériter ?

PS : pour ceux qui aiment l'humour noir comme moi :
Pour mon grand départ, ni rose ni camélia
Ni œillet, ni chrysanthème pourtant j’aime ça 
Je veux des brassées de luzerne… 
Et que leur suave exhalaison 
M’accompagne à mon ultime cuisson… 
Il me faudra donc passer à la bonne saison…

Photo Françoise Salat Dufal

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