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Elle est pas belle, la vie, dans cette vie sans étoiles ? Elle est pas belle, la vie, dans cet océan de lumière ? Elle est pas belle, la vie ? Pas belle, la vie orageuse ? Fourmillante. Foisonnante. Et le vent qui pousse, pousse. Et les rires d’enfants qui éclaboussent.

Marinette fixe le ciel étoilé. Mille couleurs en une. Mille teintes. Mille soleils réunis en un seul. Elle caresse son petit ventre rebondi.

La campagne ouvre ses bras. Les ailes des montagnes découpent le ciel. Orageux. Nuageux. Scintillant. Comme l’avenir.

Georges revenait de la guerre le lendemain. Il lui avait écrit : « Ne t’inquiète pas, ma douce, ma belle, ma colombe. Ne t’inquiète pas. Les canons ont cessé de déchirer le ciel. La nuit est calme et tranquille. La vie est belle. Je reviens mon ange. Bientôt je serai de nouveau chez nous. Je t’aime. »

Marinette ne se lassait pas de lire et relire cette missive. Elle avait déposé les armes. Elle avait pleuré. Oh ! Pas beaucoup. Juste assez. Juste assez pour lui laisser de la place à nouveau dans sa vie, à son mari. À son cher et tendre.

Elle ne lui avait encore rien dit. Comment dire ça ? Et puis, cette lettre qui a donné à son ciel une pléthore d’étoiles.

Marinette huma l’air du soir. L’odeur de la lavande avait envahi l’espace. Il était onze heures du soir. Un ronronnement doux laissa une fine musique percer. Le train passa. Comme passait le train de ses souvenirs.

Hier. C’était hier déjà. Et la rose et la bague.

Hier. Une éternité. Trois ans.

Elle s’était perdue dans des rêves éperdus. Elle avait travaillé pour la première fois de sa vie et avec son premier salaire avait offert une blouse à sa mère. Pourquoi l’aurait-elle gardé pour elle seule ? Elle avait donné de la voix, à l’église. Tout ça. Tout ça. Et puis ce ciel étoilé. Cette nuit. Comme si le Bon Dieu avait voulu remplir d’espoir son sac déjà bien garni.

Tout ce temps perdu. Tout ce temps éperdu.

« Une étoile et ça veut dire qu’il m’aime… Deux étoiles pour une belle maison... Trois étoiles : je veux qu’il retrouve son travail. »

Marinette baissa la tête. Elle suivit le petit sentier qui serpentait jusqu’à leur baraque. À l’embranchement elle prit à droite.

Il était revenu il y a de cela six mois. Un court laps de temps pour se redire « je t’aime ».

Elle faillit trébucher à cause d’un ridicule caillou disposé au milieu du petit sentier sinueux. Elle échappa un léger cri. Perdu dans la nuit. Un tressautement.

Elle se raccrocha à la branche d’un pin majestueux.

Le pas hésitant, puis nonchalant. Bientôt le souffle court. Demain. Oui, demain, il saurait.

 

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