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Dame tortue, un peu trop orgueilleuse
De sa victoire d’autrefois,
Disait d’une façon railleuse
Au lièvre qui sortait alors du fond des bois :
« Pourquoi baisser ainsi la tête
Quand je me trouve sur tes pas ?
Moi, je voudrais te faire fête
Et t’ouvrir tendrement mes bras
Comme une sœur, car vers toi mon cœur penche.
Ami, ce n’est pas moi, sois-en bien convaincu,
Qui dirai : Malheur au vaincu !
Mais si pourtant tu voulais ta revanche,
Au risque d’être encor battu…..»
— « Assez, ma mie, assez ; tu t’en fais trop accroire,
Et je ris sur ma foi de ton enivrement
Pour cette fameuse victoire
Dont un bonhomme a raconté l’histoire,
Que tu gagnas voici comment :
Je gambadais à perdre haleine
Et dans le val et dans la plaine,
Alors que tu marchais lentement, lentement.
Je m’attardais à cet amusement ;
Tu sais le reste. » — « Eh bien ! lui répond la tortue.
Reprenons aujourd’hui notre course au clocher,
Et quoique chaudement vêtue,
Tu me verras certainement toucher
La première le but. Commençons la séance. »
Voici donc nos deux ennemis
Une fois de plus en présence.
Un, deux, trois, les voilà partis.
Quoique plus longue, la distance
A parcourir en cette circonstance,
On n’aurait pas dit un Avé
Que le lièvre était arrivé.
Et la tortue ? Ah ! la tortue
Se garda bien de s’avouer battue.
« Apprends, mon excellent ami.
Dit-elle, et je veux être avec toi véridique,
Apprends que j’ai très-mal dormi
A cause d’une sciatique
Que la fraîcheur du temps a réveillée en moi.
En deux mots voilà le pourquoi
J’arrive la dernière ; — excuse ma franchise. »

Le lièvre, dans sa barbe grise,
Se mit à rire et rit encor.

— Quoi que l’on fasse ou que l’on dise.
Jamais un vaniteux n’a pu dire ; J’ai tort !

 

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