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Ô rage ! ô désespoir ! ô viellesse ennemie ! 
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? 
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers 
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? 
Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire, 
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, 
Tant de fois affermi le trône de son roi, 
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ? 
Ô cruel souvenir de ma gloire passée ! 
Oeuvre de tant de jours en un jour effacée ! 
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur ! 
Précipice élevé d'où tombe mon honneur ! 
Faut-il de votre éclat voir triompher Le Comte, 
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? 
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ; 
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ; 
Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne 
Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne. 
Et toi, de mes exploits glorieux instrument, 
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, 
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, 
M'as servi de parade, et non pas de défense, 
Va, quitte désormais le derniers des humains, 
Passe, pour me venger, en de meilleurs mains. 

 

L'Ardeur - Printemps des poètes 2018 - Le Cid de Pierre Corneille Acte 1 , Scène 4 - Don Diège "ô rage "
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