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Publié par Carmen Montet


 

Le père Noël  était l’aîné de trois garçons. Il se prénommait  Noël Noël. Le deuxième de la famille répondait au nom de Cadet Noël et le plus jeune  Benjamin  Noël.

Noël Noël était très travailleur, et très populaire : tous l'aimaient pour les cadeaux  qu'il distribuait, bien sûr, mais aussi pour son sourire, son caractère jovial  et sa bonne humeur. Cependant il ne partageait pas sa popularité avec ses deux jeunes frères et ne leur  laissait pas de place dans le cœur des enfants qui ignoraient, d'ailleurs, l'existence des frères du père Noël ! 

Pourtant Cadet et Benjamin travaillaient autant que Noël. D'ailleurs comment aurait-il fait, seul, pour honorer toutes les commandes venues du monde entier ? Certes les lutins aussi  étaient de précieux aides, mais ses frères créaient les jouets, en bois, en plastique...

Cadet s'y connaissait beaucoup en électronique, en robotique et en mécanique. De ce manque de reconnaissance, Cadet en ressentait un profond sentiment de frustration qu'il cultiva longtemps en silence. De la jalousie ? Non pas de la jalousie ! De la peine. Il se confia à Benjamin qui lui aussi partageait la même douleur. Personne ne parlait d'eux, ne les remerciait. Ils étaient condamnés à vivre dans l'ombre du grand frère Noël.

Un jour, de rage, Cadet s'était  peint la barbe en rouge pour se moquer de Noël et l'avait provoqué dans un combat de lutte. Mais son grand frère Noël avait triché et gagné le combat grâce à du houx apporté par les lutins : du houx invisible de Noël ! Et tout le monde s'était moqué de lui, Cadet ! Le plus fort ! Ses amis  l'avaient surnommé Barbe rouge pour se moquer de lui. 

Un jour, une année où les deux frères de Noël avaient si bien travaillé pour la gloire de leur grand frère,  Cadet proposa  :

- Noël, nous allons nous partager la tournée de Noël. Toi, tu iras en Amérique et en Afrique, moi j'irai en Europe et Benjamin ira en Océanie  et en Asie. Ainsi nous finirons plus tôt. Tu seras moins fatigué et nous pourrons tous les trois avec nos familles célébrer  Noël ensemble pour une fois ! Après tout nous sommes tous des  Pères Noël !

- Trois pères Noël ! Tu n'y penses pas, Cadet ! Que vont dire les familles ? : s'il y a trois pères Noël, alors le Père Noël n'existe pas et est une escroquerie ! C'est ce que penseront les enfants et les adultes

- Tu dis cela car tu ne veux pas partager ta notoriété ! Ta popularité, l'amour des enfants ! Mais nous aussi nous avons droit à l'amour des enfants ! Tu n'es pas le seul à prendre les commandes : ma femme, et celle de Benjamin les enregistrent et répondent à ta place aux  lettres. Ton  épouse, Marie-Noëlle, s'occupe de tes rennes, les nourrit, les brosse, et le traîneau, qui l'entretient ? C'est elle encore ! Quant aux cadeaux , c'est ta colonie de quatre vingt dix lutins qui les fabriquent et auxquels nous apportons notre aide avec Benjamin ! Les cadeaux de Noël, c'est un travail collectif et non personnel ! Tu dois partager avec nous les mercis ! C'est pour cela que nous voulons t'accompagner, continua le jeune Cadet en colère.

- Il n'en est pas question ! Rugit le père Noël ! Jamais! Il n'y a qu'un père Noël et bien que je vous sois reconnaissant de votre travail, il ne doit y avoir qu'un seul livreur de cadeaux ! Moi !

- C'est  ton dernier mot ? S'écria Cadet hors de lui.

 - Oui et laisse moi à présent ! Va finir les paquets. Nous sommes  en retard.

- Je ne suis pas ton domestique, ni ton esclave ! Hurla alors Cadet.

Et il sortit en claquant la porte. On l'avait entendu dans toute la Laponie, pays du père Noël. Benjamin alla consoler Cadet :

- Je te l'avais bien dit ! C'est un égoïste !

- Eh bien c'est ce qu'on va voir ! J'ai mon idée ! Ah il n'a pas besoin de nous cette nuit de Noël !! hi hi !! C'est ce qu'on va voir !!

- Que vas- tu faire Cadet ? Pas de bêtise au moins ! s'inquiéta Benjamin.

- Ne t’inquiète pas, frérot ! Je vais immobiliser le traîneau de  Noël pour que nous puissions, NOUS , faire la tournée à sa place !

- Et comment ?

-En cachant ses rennes dans une ferme abandonnée que  moi seul connais.

- Et après ?

- Noël ne pourra pas se déplacer !

- Et après ?

- Je prendrai mon traîneau volant !

- Et après ?

- J'irai livrer les cadeaux aux petits

- Et  tu penses que Noël te laissera aller  ? Crois-tu qu 'il ait le vertige ? Voyons, il récupérera  ton traîneau , c'est tout !

- Sauf si je lui cache l'existence du traîneau et que je charge les cadeaux en cachette.Tu devras m'aider  à les charger, d'ailleurs !

Benjamin hésitait mais Cadet avait raison ! Pourquoi ne pas se partager le travail ? D'ailleurs Noël  était de plus en plus vieux et fatigué. Il fallait bien qu'un jour il passe la main. C’était pour Cadet et lui une manière de s’entraîner à leur future profession. Benjamin accepta. La nuit de Noël arriva :

- Allez,  Marie-Noëlle va  chercher  les rennes  et  prépare-les ! Je pars dans une heure, le temps de charger  les cadeaux. La mère Noël partit et...revint en courant :

- Noël Noël ! Les rennes ne sont plus dans l'étable. Dit-elle affolée.

- Ils ne  doivent pas être  bien loin ! Dit Le père Noël.

Et ils les cherchèrent les bêtes une heure durant. Le père Noël était en retard.

- Ce doit être Cadet qui a dû les cacher  ! Maugréa  Noël ! D'ailleurs je ne l'ai pas vu de toute la journée. Je suis sûr  qu 'il a  préparé  un coup.

Il se rendit chez Mathilde et Cadet :

- Où est Cadet ? demanda-t-il à sa femme

- Bonsoir  Noël ! répondit Mathilde en chœur avec ses trois petits.

- Bonsoir tonton Noël !

- Bonsoir bonsoir ! Où est votre père ? Leur cria le père Noël .

- Inutile de crier après mes enfants ! s’exclama Cadet en entrant dans la pièce.

- Où  as- tu emmené  mes rennes ?

- Tes rennes ! Ma foi je ne sais pas de quoi tu parles  ! Mais je les ai vus ce matin fuir vers la montagne blanche. Ils ne voulaient plus travailler avec toi !

- Depuis quand les rennes parlent ils ? Depuis quand les rennes se plaignent- ils ? hurla le Père Noël.

- Depuis que tu ne les écoutes pas. Depuis que tu n'écoutes personne d'autre que toi ! D'ailleurs voici les lutins ! Ecoute un peu ce qu'ils en pensent.

- Nous aussi , nous en avons assez d’être considérés comme des esclaves !

- C'est Cadet qui vous a monté la tête n'est- ce- pas ?

- Pas besoin de Cadet pour ouvrir  les yeux et voir la réalité ! Dit doucement la mère Noël qui venait d'arriver.

- Père Noël ! Tu veux en faire trop ! Je sais que tu es un homme bon, généreux, mais il faut écouter et surtout entendre les voix amies qui sont autour de toi, les voix de tous ceux qui travaillent pour toi. Je comprends Cadet et Benjamin. Noël, tu es vieux à présent, un jour tu ne pourras plus monter sur ton traîneau et alors que se passera-t -il ? Partage ton travail ! C'est tout ce que te demandent tes frères . Et moi je pourrai profiter de ta présence plus longtemps, chose à laquelle j'ai dû renoncer voilà des années. Plusieurs pères Noël ? Et alors ? Crois- tu que  les enfants soient  si bêtes et si peu malins ? Ils savent bien qu'un seul père Noël ne peut parcourir toute la terre en une seule nuit. Il y a toi, bien sûr, mais aussi aussi tes aides, tes frères, tes fils, tes neveux. Penses-y !

Le père Noël, réfléchit et comprit qu'en effet il avait eu tort. Il n'avait pensé qu'à la magie de Noël, repoussant les difficultés futures et présentes.

- Soit, dit- il ! Partageons-nous la tournée de Noël ! Et excusez-moi, mes frères, je suis parfois un peu idiot !

Alors Cadet alla récupérer les rennes tandis que Benjamin sortait le traîneau volant de Cadet. Marie-Noëlle et les lutins préparèrent  les cadeaux. On retrouva un ancien traîneau dans une remise, et on l'attela avec  six chiens bergers. Ce traîneau serait celui de  Benjamin.

Les trois équipages  s'envolèrent dans le ciel, et ne revinrent qu'au petit matin. Le père Noël et ses frères étaient ravis. Ayant fini plus tôt, les trois frères Noël, et leur famille purent, ensemble, réveillonner jusqu' aux aurores et profiter  de ce merveilleux jour.

Depuis on trouve dans les villes à l'approche du 25 décembre, dans les rues, les magasins, les grandes surfaces, les écoles, des pères Noël qui sont les envoyés du vrai Père Noël. Mais il faut bien les accueillir et leur sourire car  ils sont les aides indispensables au père Noël : ce sont eux qui lui permettent de vivre plus longtemps, de moins se fatiguer afin de conserver ses forces pour d'autres Noëls.

 

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