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Publié par PH.Guillaume

J'avais dans ma famille un oncle qui, en plus petit et plus râblé, était le sosie de Jean Gabin. Jamais en reste pour se "mettre en boule", comme il disait, et piquer une de ces colères qui le hissait au niveau de sa célèbre doublure avec une verve à faire pâlir de jalousie Michel Audiard.

Je parle surtout du Gabin dernière période dont la carrière fut relancée en 1954 par " TOUCHEZ PAS AU GRISBI " .

Jacques Becker rêvait d'un film qui ne s'embarrasse pas de la nécessité d'intéresser par une intrigue et ce " grisbi ", beaucoup copié, à deux doigts du pastiche, en a le profil, assez puissant pour que nous n'ayons pas envie de rire, mais suffisamment souligné pour ménager des pauses au sein d'une histoire tendue.

L'équipée sauvage de trois vieux truands qui, sulfateuses à la main, mitraillent leurs concurrents sur une route départementale prépare le terrain pour George Lautner et n'est pas indigne de figurer dans le " Rubrique à brac " de Gotlib.

Un jour, comme Antoine Blondin, ces truands de Pigalle modèle années cinquante " mourront d'amitié " tant ils la placent plus haut que tout sans tenir rigueur aux copains des imprudences et des gaffes qui les foutent dans la panade. Mais le temps passe, on a le visage alourdi par les bajoues et les "valoches" sous les yeux et à deux heures du mat' on finit par préférer son lit à la compagnie des dames.

Tout converge ,ici, vers l'aspiration au confort et à la retraite.

Le restaurant de madame Bouche n'admet que les habitués et descend le rideau de fer quand les " caves " font mine d'entrer, le cabaret du gros Pierrot, derrière la scène, cache des bureaux capitonnés et des caveaux isolés où on fait parler les muets. Une réplique du château médiéval en somme.
 Bien à l'abri chez lui, Max/Gabin range soigneusement son rutilant complet sur le porte-costume pour éviter les faux plis et, si un pote, avec lequel on égrène des souvenirs autour d'une boîte de pâté, souhaite passer la nuit, on a toujours à sa disposition un pyjama cotonneux, une brosse à dents et une serviette.

                                                

 A l'occasion, dans un appartement voisin, une créature voluptueuse, bijoutée et scintillante comme un arbre de Noël, au demeurant anglaise (ce qui évite les bavardages assommants ) autorise le repos de l'ex -guerrier. Un repos dont se chargent aussi Josy et Lola, légères, frivoles, rigolotes et intéressées. Plus marrantes que Bobonne, ces têtes de linotte vous lâchent tout de même pour la première brute venue, tout à leur plan de carrière bien balisé : danse, théâtre, bague au doigt... et respectabilité...Elles sont épuisantes!!

Bobonne, qui a suivi le même chemin, a bien raison, vu son âge, de se faire du mouron et d'être sur ses gardes. Ces truands friands d'embourgeoisement douillet semblent bien proches des notables de la IVeme république désireux d'oublier les événements troubles et agités de la décennie précédente.

                                     

Oui.. mais ce n'est jamais " le dernier coup " il y a toujours des jaloux aux dents longues en pleine ascension qui vous obligent à ressortir l'artillerie des cartons, et le grisbi s'envole en fumée avec les copains qu'on ne pourra plus retenir autour d'un casse-croûte arrosé d'un bon pinard.
Le film de Becker fixa les traits du Gabin dernier cru, personnage dont il n'allait plus s'écarter, sinon pour le décliner en mode mineur, en jardinier d'Argenteuil, baron de l'écluse, clochard Archimède, gentleman d'Epsom, films ténus dont l'idée semblait avoir germé dans l'esprit de Gabin et de ses vieux complices Audiard et Grangier au moment du cognac et qui comblèrent les téléspectateurs fidèles des dimanches soirs que nous fûmes.                                                                   
Philippe Guillaume

Le Cinéma de Philippe Guilaume :  " touchez pas au grisbi " : un tatoué en hiver
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