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 Oh! viens ici, papa ! c’est comique ; vois, vois
Tous ces arbres s’enfuir! Quelle frayeur les gagne?
Mais vois donc ! ils sont fous, je crois ! »
Ainsi fait éclater sa voix
Un joli petit blond que son père accompagne,
Et qu’emporte par la campagne
Le vol d’un puissant remorqueur.
Inoccupé du monstre à la sifflante haleine.
Qui bientôt disparaît avec lui dans la plaine.
Et sourd au vain caquet du commis-voyageur
Dont les fades propos font monter la rougeur
Au front de la vierge confuse,
A la vitre, debout, l’enfant joyeux s’amuse
A regarder, pareils à de légers oiseaux,
Hommes, brutes, buissons, arbres, maisons, châteaux
Passer et s’envoler, et, dans sa gaîté folle,
Applaudit, sans songer que c’est lui qui s’envole.
Il regardait toujours, quand tout à coup — voilà
Qu’à son but la machine arrive…
« Mon Dieu ! Sommes-nous déjà là, Dis donc ? »
Crie aussitôt dans sa stupeur naïve
L’aimable enfant à son papa.
Hélas! tel est de Liège à Rome,
De Rome au Monomotopa,
Le grand enfant qui s’appelle homme.
Inattentif au temps qui l’emporte en son cours.
Gomme le vent fait d’une plume.
Il regarde passer et s’envoler les jours ;
Après le jour serein le jour chargé de brume ;
Après le bal magique et ses plaisirs trop courts,
La chambre monotone où l’ennui le consume ;
Les dégoûts après les amours;
Puis la fortune et tous ses tours ;
Un procès qu’on perd ou qu’on gagne;
Hausse des fonds français; baisse des fonds d’Espagne;
Puis un peu plus tard au rebours;
Puis… et l’enfant est là qui regarde toujours,
Quand survient la secousse au milieu du prestige !
De s’écrier alors: « C’est incroyable ! où suis-je?…
Déjà, mon Dieu! déjà! Quoi donc! ai-je rêvé?… »
Pauvre enfant ! la surprise a pâli son visage :
Au sépulcre muet, terme de son voyage,
Le remorqueur est arrivé !

 

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