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Les premiers mots qui viennent à l'esprit lorsque l'on écoute Frasiak, c'est « générosité » et « humilité ». Un peu comme pour Jofroy (voir coups de cœur des 10 août et 18 octobre 2014 http://www.dixvinsblog.com/2014/08/le-coup-de-coeur-de-pierre-thevenin-jofroi.html) et François Béranger qui fut son maître à écrire et à chanter et à qui il a consacré, outre une chanson hommage, un album entier intitulé : « Mon Béranger ... ».

 
Dans ses enregistrements, on trouve également Ferré (« Graine d'ananar », « Vingt ans », « La solitude ») et Bernard Dimey, un prince de la cuite, un seigneur, comme disait Gabin dans « Un singe en hiver » : « Ivrogne et pourquoi pas ? ».  À part ces quelques titres, tous les autres textes et musiques sont de son cru.
 
Multiinstrumentiste remarquable, il sait manier tous les rythmes, rock ( comme l'indique le titre  " On fait du rock " ),  tango ( celui de Béranger, bien sûr : « Le tango de l'ennui » et aussi « Le tango de la jet set »), douces balades (« Je t'écris »).          
Je ne l'ai pas encore vu sur scène mais il existe un DVD enregistré en 2016 à Bar-le-Duc où sa présence scénique crève les yeux. Justement parce qu'il  ne la ramène pas, qu'il livre ses chansons en toute complicité. D'autre part, à aucun instant la musique ne couvre sa voix. Heureusement parce que les textes valent d'être compris à la syllabe près.          
 
En digne fils spirituel de Béranger, il pousse des coups de gueule :
- contre le sort fait aux prétendus « envahisseurs » syriens et autres :
 
« Je n'ai plus d'argent
Ces maudits passeurs
M'ont pris tant et tant
Je n'ai plus que ma peur » 
( Migrants ) 
 
- contre le chômage organisé 
 
" M. Boulot, on te voit plus
Dans la région …
M. Boulot, qu'est-ce que tu d'viens
La vie sans toi c'est plus pareil
Depuis qu'on te voit plus dans le coin
On dort plus sur nos deux oreilles
Pour la communion du dernier
On aurait aimé que tu sois là
On doit même plutôt t'avouer
Que ce s'ra pas facile sans toi " :
( M. Boulot ) 
 
pas contre Noël en soi (« C'est beau Noël ») mais  contre l'étalage de fric et de cadeaux inutiles, à part pour la sacro-sainte croissance (une chanson qui m'en rappelle une autre, datant des années 70, signée Eusèbe, alias Michel Lucet, dont la fille, prénommée Élise, est beaucoup plus connue : « Le Père Noël et la Mère Cantile ») ; contre le trafic de drogue au Mexique (« Ciudad Juarez »).
 
Son anarchisme est sans ostentation
 
« J'traîne mes mélodies, mes accords
Pour dire aux cons qu'j'suis pas d'accord
Pour moi aussi dans cette histoire
Semer ma p'tite graine d'ananar »
(J'traîne )
 
il ne se veut pas donneur de leçons :
 
« Je suis pas un gourou
J'suis pas un porte-parole
Seulement un mec qui chante debout sur ses guiboles
Même si des fois mes mots sont un peu dans l'désordre
C'est juste des mots d'amour, surtout pas des mots d'ordre » 
(Merci d'être là )
 
En tout cas, il n'est pas né, celui qui lui coupera le sifflet  :
 
« J'ai jamais su tenir ma langue
C'est vrai maman t'avais raison
Dans cette société qui tangue
Entre le fric et l'ambition
Si tu veux être premier d'la classe
Avoir un jour le premier prix/Il faut en cirer des godasses
Et pas s'mettre à dos le jury »
(« Tais-toi »).
 

 
Faut-il vraiment désespérer de nos semblables ? Sommes-nous irrémédiablement une « Espèce de cons » ? Par moments, il est certain qu'on perd tout espoir. Témoin le texte susnommé, qu'il interprète en duo avec Jérémie Bossone et qui lui a été inspiré par l'écrivain écolo Yves Paccalet, un ancien de l'équipe Cousteau : « L'humanité disparaîtra, bon débarras ».
 
Le titre de cet ouvrage écrit par ledit Paccalet figure à la fin du texte. Et notre chanteur souscrit à cette prophétie puisque, pour lui aussi, l'homme 
 
« c'est une espèce un peu à part
Le fruit d'on n'sait quel hasard
Un vertébré un peu timbré, un peu troufion
Espèce de ... ».        
 
Ceci dit, l'optimisme n'est pas mort puisqu'il y a eu Obama pour, croyait-on, réaliser le « dream » de Martin Luther King. Hélas, Éric Frasiak ne savait pas encore, lorsqu'il a écrit « Le rêve de MLK », qu'un guignol primaire et raciste allait succéder au premier président de couleur des USA.
 
Les chansons de Frasiak sont souvent emplies de nostalgie, elles évoquent son enfance dans un milieu modeste : son père était chauffeur routier (
je ne crois pas qu'il ait un autre point commun avec Nadine Morano, Dieu merci !
) d'origine polonaise. Il lui rend un hommage émouvant dans « Le jardin de papa » :
 
« Si tu voyais l'jardin dans l'état
Ça t'f'rait comme du chagrin, du tracas
Tout c'qui pousse de travers,t'aim'rais pas
T'aurais pas laissé faire en tout cas »    
 
À propos de ses origines, qu'on se le dise, son nom s'écrit avec un « s », pas un « z », ainsi qu'on le croit parfois : il s'en amuse dans « Un Z à mom nom », avec force allitérations :
 
« Comm' dirait Zazie : « Soyons zen ! »
Mais y'a vraiment d'quoi être zinzin
J'ai les zygomatiques en berne
J'vais exploser comme un Zeppelin
J'aime pas vraiment les prises de bec
Mais un jour j'irai en zonzon
Pour avoir zigouillé le mec
Qu'aura mis un Z à mon nom »
     
Car s'il fustige les connards et s'attendrit sur ses années enfuies, il aime aussi faire de la poésie et de la musique festives. Sur scène, nombre de ses chansons se prolongent par des onomatopées (« La la la » ou autre chose) sur la mélodie et le tempo  précédents.
En espérant que ces quelques lignes vous inciteront à aller écouter de plus près, je vous laisse jusqu'au prochain coup de cœur, le 21 octobre.
 
Pour commander un et même plusieurs albums d'Éric Frasiak, rendez-vous sur son site « WWW. F R A S I A.C O M
Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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