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Une grande famille courageuse

Résultat d’images pour pierot dans la lune


C’était il y a longtemps, bien longtemps. Les hommes n’avaient pas encore inventé les avions, ni les fusées.
En ce temps-là, il y eut une grande famine dans le pays. Le soir, quand les enfants étaient endormis, les parents disaient : - Aujourd’hui, nous avions encore du pain. Et les enfants ont pu manger une  soupe bien chaude avant d’aller au lit. Mais demain, qui sait…? Chaque jour que Dieu fait, la mère allait piocher la terre. Elle rapportait de quoi faire un maigre repas. De bonne heure, le matin, le père partait avec sa hache pour couper du bois.
Dès qu’il faisait jour, les sept enfants, chaussés de sabots, allaient le rejoindre dans la forêt, pour chercher des châtaignes. Quand toutes les poches des tabliers étaient pleines, ils rapportaient les châtaignes à la maison pour les faire sécher.
Les plus grands allaient tirer de l’eau au puits, tandis que les petits étalaient les châtaignes près du feu.
Le soir, le grand-père disait :

- Continuez, mes petits ! Nous aurons bientôt de quoi manger cet hiver.


A la lumière du foyer, dans la cuisine sombre, la grand-mère se tirait les yeux pour filer la laine ou tricoter les chaussettes. La soupe aux herbes qu’elle avait préparée chantait dans le chaudron noir. Et la mère s’affairait autour des grands baquets en bois où trempait la lessive.
Le père montrait à ses garçons comment tailler un morceau de bois pour faire une cuillère ou un sifflet. Et la petite dernière, celle qui n’avait pas encore de tresses, sortait du fond de sa poche une belle pomme de pin qui devenait sa poupée.
Alors le grand-père qui n’avait plus de tabac pour rallumer sa pipe racontait aux enfants des histoires de l’ancien temps.
Un soir, le grand-père leur dit :

- J’ai connu un homme, il y a bien longtemps… Il avait une chèvre blanche, avec une barbichette, comme celle de Monsieur Seguin. Un jour, la chèvre avait volé un chou dans le  champ du voisin…

A ce moment-là, Pierrot, le plus petit des garçons, s’endormit près du feu. Quand le père le prit dans ses bras pour le déposer dans le grand lit derrière les rideaux à carreaux rouges, Pierrot entendit la voix du grand-père qui finissait l’histoire :

- Et depuis ce jour, l’homme, sa chèvre et le chou volé se tiennent debout sur la lune. Certains soirs, quand la lune est grosse, on peut les voir d’ici !


Les habitants de la lune
 

Résultat d’images pour lamonsieur seguin et sa chevre

Quand la neige commença à tomber, les enfants s’aperçurent que la lune devenait grosse. A force de la regarder chacun son tour par la petite fenêtre de la cuisine, ils finirent par voir l’homme qui se tenait debout et la chèvre avec sa barbichette. A côté d’eux, le chou tout rond avait l’air d’une grosse boule de neige.
La petite dernière, celle qui n’avait pas encore de tresses, demanda : -   On ira bientôt les voir ? L’aîné se moqua d’elle. Mais son cadet lui dit : -  Ce chou… il ferait une fameuse soupe ! Et la chèvre, elle doit avoir du bon lait !
Le lendemain, l’homme était toujours là-haut, avec sa chèvre et son chou. Pourtant il avait bougé. Il regardait les enfants avec l’air de leur dire :

- Si je pouvais vous donner ma chèvre… et aussi ce chou, je serais enfin délivré de cette histoire !
Alors les enfants tinrent un grand conciliabule. Puis ils décidèrent d'en parler au grand-père.

- Grand-père ! Qu’est-ce que tu en penses ? Si on essayait d’aller là-haut chercher la chèvre et le chou…?
Le grand-père rit un peu dans sa barbe. Mais pas trop tout de même. Il demanda :

- Vous croyez que l’homme vous laisserait prendre sa chèvre et le chou ?

- Bien sûr ! affirma la petite dernière. Puisqu’il était ton ami !
Pendant plusieurs jours, on ne vit plus la lune. On aurait dit qu’elle se cachait pour empêcher les enfants de lui prendre ses habitants.


Un plan très savant

Résultat d’images pour décrocher la lune

Enfin, la neige fondit. Heureusement, car la lune n’était plus dans la fenêtre de la cuisine. Il fallait contourner la maison pour la regarder.
On mit au point un plan très savant.
- C’est à moi de commencer ! dit l’aîné des enfants. Ce soir, je grimperai au sommet du grand peuplier. Regardez comme il est haut : ce sera facile de décrocher la lune !
Le soir venu, les enfants se glissèrent dehors sans faire de bruit. L’aîné monta tout en haut du grand peuplier. Si haut que ses frères ne pouvaient plus le voir. Ils avaient peur qu’il se soit perdu en voulant décrocher la lune.
Quand il redescendit, il avoua que la lune était bien plus haut qu’il n’avait cru.
- C’est mon tour ! dit le deuxième qui était le plus imaginatif. Et il courut chercher une grande échelle.
- Ça ne suffira pas ! dit l’aîné. Mon peuplier était bien plus haut que ton échelle !
Alors on prit deux échelles. Et quand le garçon arriva au sommet de la première, on lui passa la deuxième échelle. Il empila ainsi les deux échelles l’une au-dessus de l’autre plusieurs fois.
Au bout d’une heure, il était bien fatigué. Et la lune était toujours plus loin.
Le lendemain, en se réveillant, le troisième garçon qui était le plus habile, dit à ses frères :

- J’ai trouvé !
En grand secret, toute la journée, il fit ses préparatifs.
Quand la lune apparut, l’enfant prit un grand lance-pierres qu’il avait fabriqué lui-même. Il ajusta un énorme caillou bien pointu. Et il visa la lune…
Le caillou partit si loin, il monta si haut, si haut…qu’on ne le retrouva jamais. Mais la lune n’avait pas bougé. Et, là-haut, l’homme à la chèvre riait et se moquait des enfants.


La lune comme un point sur un i

Résultat d’images pour petites filles sous la lune

Le quatrième garçon, celui qui savait si bien observer, dit aux autres : - Demain soir, la lune sera juste au-dessus du clocher de l’église. Je n’aurai qu’à grimper, la cueillir… et la rapporter !
Le lendemain, comme il l’avait prédit, la lune toute ronde faisait, au-dessus du long clocher, comme un gros point sur un i.
Il grimpa vite et ses frères le virent gros comme une araignée le long du clocher. Arrivé au sommet, il eut beau s’étirer, il n’était pas assez grand pour attraper la lune... !  Comme il était fatigué, il se laissa glisser jusqu’en bas.


C'est le tour des petites filles


Pierrot, le dernier des garçons, préféra sauter son tour.
Il ne restait que les filles. Les grands frères déclarèrent qu’elles n’arriveraient jamais à décrocher la lune.
Au petit jour, la première des filles sortit sur la pointe des pieds. C’était l’heure où les oiseaux se réveillent.

- Petits oiseaux ! dit-elle, dites-moi quand les hirondelles reviendront ? ! - Bientôt… Bientôt ! petite fille…
Tous les jours, la petite fille aux tresses surveilla le ciel. Enfin elle vit arriver une grande escadrille d’hirondelles, qui dessinait des arabesques dans le ciel.

- Jolies hirondelles… venez !  venez !  dit-elle. Je vous ai préparé des brindilles pour réparer vos nids.
Les hirondelles entendirent la voix de la petite fille. Elles vinrent nicher sous le toit de la maison, comme elles l’avaient fait l’année d’avant.
Quand tout ce petit monde fut installé…

- Comment te remercier, blondinette ? dit l’hirondelle qui conduisait l’escadrille.

- Je voudrais aller dans la lune…  Emmenez-moi avec vous !

- C’est que… c’est bien loin ! répondit l’hirondelle. - Mais vous êtes si rapides ! dit la petite fille.
La petite fille aux tresses rêva qu’elle était une hirondelle. Elle vola jusque sur la lune. Avec son bec, elle taquina la chèvre et revint avec elle sur la terre.
Aussi, quand elle se réveilla, elle fut bien déçue de ne pas voir la petite chèvre blanche auprès d’elle.
- Tu rêves…  Tu rêves ! dit la petite dernière qui n’avait pas encore de tresses. Viens avec moi, je vais te montrer comment il faut faire…
On lui fit la courte échelle pour la hisser sur la grande balançoire. Tous les frères poussèrent chacun leur tour… jusqu’à ce que la balançoire touche le ciel. Alors la petite fille sauta aussi haut qu’elle put…
Mais la lune était toujours plus haut dans le ciel. Et la petite imprudente aurait pu se rompre le cou, si son papa ne s’était pas trouvé là pour la recevoir dans ses bras. Les parents grondèrent les enfants. Les sept petits allèrent se coucher, bien tristes, derrière les rideaux à carreaux rouges.


Pierrot sur le croissant de lune

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Le grand-père avait vu que les enfants étaient tout tristes. Doucement, il ouvrit la fenêtre de la cuisine. Il fit un grand signe à l’homme là-haut qui était son ami. Et l’on vit un rayon de lune pénétrer dans la maison. Il traversa le rideau à carreaux rouges, réveilla le petit dernier… et lui chuchota :

- Pierrot… Veux-tu venir avec moi dans la lune… ?
Pierrot se laissa porter par le rayon doré. Ils allèrent vite, très vite. Quand ils arrivèrent sur la lune, elle se mit en croissant pour qu’il puisse s’asseoir confortablement et se reposer. Alors l’homme qui était dans la lune dit à Pierrot :

- Veux-tu que je te donne ma chèvre… ? Ici je n’ai plus besoin d’elle. Et puis elle s’ennuie ! Tu la soigneras bien, au moins…?

- Oh  oui !
La chèvre voulut bien repartir avec l’enfant. A condition d’emporter son chou.
Quand les enfants se réveillèrent, le lendemain matin, Pierrot, le petit dernier, tenait par le cou une jolie chèvre blanche qui disait :

- J’ai fait un grand voyage. Mais ici, au moins, il y a des feuilles aux arbres. Prenez mon chou, je n’en aurai pas besoin… Et  goûtez aussi mon lait. Je l’ai gardé depuis si longtemps qu’il est tout crémeux !
Depuis ce jour, les enfants du bûcheron peuvent boire une tasse de lait tous les matins. La mère n’a plus à piocher la terre. Le soir, la grand-mère fait cuire la soupe au chou dans le chaudron noir. Car le chou était si gros…,  si gros…qu’il en reste encore !
Quant à Pierrot, il ne quitte plus sa chèvre à la barbiche blanche. Et il dit fièrement :

- Quand je serai grand, j’aurai tout un troupeau de chèvres… Et on m’appellera Monsieur Seguin !

Résultat d’images pour la chèvre de monsieur seguin

Tag(s) : #contes et légendes

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