Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 1958 : Luigia, une jeune mère italienne a dû fuir Oran avec ses enfants. Elle rentre chez elle à Venise, où son oncle, un antiquaire célèbre, l'accueille avec  Alessandra et Massimo ses enfants.

 Don Alessandro

Résultat d’images pour Comte Massimo de CastelloDon Alessandro était le nom que tous lui donnait à Venise  en souvenir de ses origines  espagnoles. Sa famille, des artistes venus de Grenade au siècle dernier, s'étaient fait un nom dans la cité « Sérénissime ».Très  instruit et respecté  il avait fait fortune et  côtoyait toute la haute société des notables d' avant la guerre. Pendant la période fasciste, il avait protégé  des  juifs du ghetto  de Venise en plein cœur du Cannaregio. Ce ghetto construit depuis 1516  existe toujours. Les juifs  de Venise pendant la seconde guerre mondiale furent  déportés, peu en revinrent. Alessandro cacha plusieurs dizaines de familles avec l'aide de certaines personnalités  comme le  Comte Massimo de Castello dont nous parlerons plus loin et de jeunes résistants  comme Pietro, l'époux de sa nièce.

Elena expliqua la situation à son mari .Il l 'écouta, puis se rendit dans le grand salon. Là  se tenaient Luigia tremblante, et les deux enfants très intimidés -Bonjour mon oncle ! Balbutia Luigia. Luigia s'approcha pour l'embrasser. L'homme la repoussa :

- Sans nouvelle de toi depuis des années ? Et Pietro resté en Algérie ! Elena enchaîna:

- Alessandro ils ont fait un long voyage, les enfants sont fatigués ! L'oncle observa le garçonnet et la petite fille immobiles.

- Mon oncle je vous  présente Maxime, et ma petite fille Alessandra - Alessandra ?

-Oui mon oncle je tenais à ce qu'elle s'appelle comme vous ? -Approchez, dit l'homme que je vous regarde !

Les enfants firent quelques pas. L'oncle les observa.

- Ma foi c'est le portrait craché de Pietro : tous les deux, les mêmes yeux bleus, les mêmes cheveux  blonds !

- Mon oncle ! s'écria la petite Alessandra je ressemble aussi à maman ! Le visage de l'oncle  se détendit .

- Et je sais faire toutes les choses que maman sait faire : la musique, danser, peindre

- Oh oui, je vois bien que tu ressembles à ta maman ! Tu as la langue bien pendue ! Rétorqua Alessandro.
- Je vous ressemble aussi mon oncle ! dit  encore la petite ! Vous aimez les belles choses et j'aime les belles choses. On dit que vous avez mauvais caractère mais moi aussi je peux avoir mauvais caractère et je crie souvent !

A ces paroles l'oncle s 'esclaffa : 

- Ma foi c'est vrai ! Tu fais  bien partie de la famille !

Il  s'était radouci devant ce petit furibond. Elena profitant du moment dit :

- Allez, embrassez votre grand oncle !

Alessandro ne put refuser puis ajouta :

- Nous allons souper !  si tu le veux tu peux rester ici cette nuit et même la semaine ! Par la suite, tu décideras : t'installer ici ou dans  l'appartement d'Elena. Nous verrons demain pour la scolarité de tes enfants, et pour  tout le reste.

Le dîner fut servi dans la grande salle à manger. Puis Luigia et ses enfants allèrent se coucher , épuisés par le voyage et les émotions. Le lendemain après le petit déjeuner Don Alessandro convoqua sa nièce et les enfants dans la bibliothèque :

- Parlons de choses importantes! Dit il . Ici  tout  le monde travaille : à la galerie, à l'atelier au magasin ou à l’école. Pas de fainéant chez moi ! Que comptes -tu faire   Luigia ?

- Ma foi je compte chercher du travail  et exercer ma profession  comme  restauratrice d'objets d'art comme quand j'étais jeune fille. Je voudrais reprendre le travail sur la porcelaine, le cristal et la dentelle à Burino et à Murano dans des ateliers et  galeries.

-Je te propose de reprendre ton travail dans mon atelier et ma galerie ! J'ai besoin d'une artiste maschereri qui s'y connaisse en fabrication de masques  modernes et en restauration de masques anciens . C'est une demande récente : les collectionneurs  du monde entier se sont passionnés  sur ces objets. J'ai une très grosse commande : une collection de  100 masques du XVIII  que je dois livrer en fin d'année. Veux- tu travailler avec moi et pour moi ? Ton salaire sera convenable et les horaires rigoureux, comme tu sais. Pour tes enfants, ils seront demi-pensionnaires et rentreront après 16 heures. C'est plus simple pour tout le monde, eux et nous. Ainsi tu pourras profiter d'eux en fin de journée et suivre leur scolarité. Bien sûr, le dimanche nous sommes fermés. Le samedi après midi, tu auras  carte blanche. Avec la tante Elena vous pourrez découvrir  Venise. Pour les vacances scolaires ,nous aviserons ! Es -tu d'accord ?

- Oui mon oncle ! remercia  Luigia. Merci !

- Ah autre chose ! Je vais prendre rendez-vous pour Maxime avec le recteur du collège San Francesco di Paola. C'est un ami. Je compte l'inscrire dans cet institut très renommé . Je doute de son  niveau ! - Mon oncle ! dit Maxime. Je connais plein de choses à Ora, à l'école française j'étais le premier de la classe. Je parle aussi bien le français, l'italien et l'espagnol.

– Nous verrons demain ! Dit l'oncle – C'est vrai ! Dit Luigia .Il était toujours au-dessus des autres et c'est lui qui aidait ses camarades ! Don Alessandro qui connaissait très bien l'espagnol par ses parents qui le parlaient à la maison et le français pour l'avoir étudié et surtout pratiqué  avec des amis français  pendant la guerre, se mit à lui parler d'abord espagnol

– Cuantos anos tienes ? Come se llama tu hermana ? Donde esta tu padre ?

Maxime répondit à toutes les questions dans un espagnol parfait. L'oncle alors le questionna en italien

– Ti piace Venezia ?  Per te cuella e l'iglésia pui meravigliosa de la cita ?  Come si chiama tu sorella ???…

Maxime répondit aussi bien.

– Et  moi ? Dit Alessandra ! Je veux aussi aller à l'école !

– J'y ai pensé ! Expliqua l'oncle Alessandro .Tu iras au collège de Santa Maria dei Miracoli , qui se trouve à quelques pas  de chez nous  !
 

Résultat d’images pour le pont des soupirs venise histoire

Luigia avait démarré une nouvelle vie. : elle exercerait  le métier  qui  la passionnait. Cette  artiste peintre  retrouva ses pinceaux et ses peintures avec une grande émotion. Les jours passèrent, un mois, deux mois. C'était un samedi après-midi d'octobre, un de ces jours où le vent froid frappe aux vitres, déversant une pluie qui vous traverse jusqu'aux os. Les enfants étaient restés dans l'atelier,  bien au chaud au fond du magasin d'antiquités auprès de leur mère, occupée à la restauration de masque. Ils s'étaient installés  sur un établi et peignaient  pour se distraire des masques de porcelaine fendus ou ébréchés. C'est alors que pénétra dans la boutique un homme de très haute stature , très bien vêtu.

Don Massimo


- Oh bonjour, Comte Massimo ! Cela fait bien longtemps qu'on ne s'est vu ? Lança L'oncle

-Oui  Alessandro !  dit le comte en serrant chaleureusement la main de son ami.

- Que me vaut ta visite ?

- Ceci !

L'homme sortit d'un sac en cuir deux masques protégés par deux soies. Ils les déposa sur une  table   :

- Pourrais-tu  restaurer ces deux masques : celui qui a appartenu à  mon épouse, et  le mien ?

- Oui Massimo ! je peux te les restaurer ! dit l'oncle en les examinant avec soin.

- On m'a dit que Luigia était de retour ?

- Exact, elle est revenue d'Algérie

- Et Pietro ?

- Ma foi  il est resté à Oran. Alessandra s'était approchée

-Voici Alessandra, la fille de Luigia ! 

Le comte ne pouvait quitter du regard l’enfant. Il était très ému. Puis apparut Maxime

- Eh bien voilà l’aîné : Maxime !

A son prénom le comte tressaillit, Maxime comme avant lui  Massimo  en découvrant le prénom de sa petite nièce ! Il fixa le garçon. Ses yeux azur lui rappelaient d'autres yeux...

Alessandro appela alors Luigia qui arriva :

- Luigia, pourras-tu réparer ces deux masques pour le Comte ?

- Bien sûr ! Dit la jeune femme. Je sais comment m'y prendre !

- Alors ! affaire conclue, comte ! dit l'oncle en souriant et en entraînant son ami vers la porte de l'atelier, j'enverrai  ma domestique t'avertir  quand les deux masques seront prêts.

Mais Le Comte ne semblait pas pressé de repartir. Il  se tourna vers Luigia :

-As -tu des nouvelles de Pietro ? On dit que la situation en Algérie s' est aggravée ? Tu devrais lui dire de rentrer !

Luigia, surprise de l’intérêt soudain du Comte pour son époux, lui répondit :

- Il doit rentrer dans deux ou trois  mois, le temps de régler quelques affaires. Le Comte  regarda  à nouveau les enfants et  dit :

- Tu as là, Luigia  deux magnifiques enfants !  Puis, après avoir salué la jeune femme, il prit congé. 

Alessandra demanda :

- Il n'a pas d'enfants, de petits-enfants, le Comte ? 

- non ! Le malheur l'a frappé ! Dit l'oncle. Il y a bien longtemps...

-Raconte-nous, mon oncle ! 

-oui raconte-nous, répéta la petite Alessandra

-Quels curieux vous faites ! Maugréa Alessandro, prenant un enfant sur chaque genou :

- Le comte a eu deux enfants : un fils puis une fille. Son  fils est mort  il y a trois ans  dans un accident en montagne. Il était fou d'alpinisme et avec des jeunes gens  il s'était lancé à l'assaut du Mont blanc. Ils étaient pourtant tous expérimentés mais une avalanche tua toute la cordée. Son fils était avec sa femme lors de l'expédition. Il n'avait pas eu d'enfant. Quant à sa fille, elle  avait succombé  à  la  tuberculose  à l'âge de treize ans.

- Et la Comtesse ? Interrogea Alessandra

- Elle est morte  il y a deux ans de chagrin, elle n'a pas supporté la disparition de son fils.

– Oncle Alessandro  ! Demanda Maxime. Le Comte m'observait bien étrangement et j'ai eu le sentiment que je le connaissais mais je ne sais d'où ? Et puis pourquoi insister autant avec papa ? On aurait dit qu'il s'inquiétait pour lui. Il connaissait mon père ?

Luigia répondit

– Très peu, n'est ce pas ?

Alessandro ajouta :

– A vrai dire, il l'a connu pendant la guerre, tout comme moi.  Ton père  avait à peine dix-sept ans. Le comte, d'autres amis,  Pietro et  moi même, nous avons sauvé des juifs du ghetto de Venise. Puis nous nous sommes battus contre les fascistes et les nazis. Ce n'était pas facile car toute l'Italie était fasciste !

– Alors mon père, comme vous, est un héros ! S'écria Maxime !

– Oui, on peut le dire ! Un résistant  en tout cas ! dit Alessandro en souriant.

 Les enfants étaient si contents qu'ils désiraient en savoir davantage mais Alessandro coupa net la discussion.

– Allez, ça suffit comme ça. Il  est  temps d'aller dîner,  les enfants, tante Elena nous attend  !
Résultat d’images pour  panthéon des vénitiensLe Comte descendait  d'une  famille  illustre de Venise. Ses ancêtres étaient des Doges c'est à dire des ducs de la cité. Son nom Castello venait d'un quartier historique très connu au sud-est de la ville. Une église portait  son nom. Sa  famille avait  participé à l'édification du célèbre « panthéon des Vénitiens. » Les doges furent à l'origine de la célèbre basilique San Zanipolo dédiée à deux  saints : Saint Jean et Saint Paul. Zanipolo en était  la contraction. C’était  dans cette église que furent baptisés tous les Comtes de Castello. Le Comte n'avait plus de descendance. Même pas de nièce  ni  de neveu. Le Comte avait bien eu deux frères : l'un mourut petit et l'autre, célibataire, ayant pris cause pour les fascistes, fut liquidé à la fin de la guerre.  Quant à la comtesse ,elle était fille unique !

Tag(s) : #Le masque de Venise - >Nouvelle - Carmen Montet

Partager cet article

Repost 0