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Publié par C.Montet

Après avoir quitté Oran, avec ses deux enfants, la jeune Luigia est de retour chez son oncle, un antiquaire réputé de Venise. Spécialiste dans la rénovation de masques anciens, elle exécute un précieux travail de restauration  pour le puissant conte Don Massimo. 

La nuit magique

Le travail minutieux de restauration des deux masques, prit du temps mais Luigia était fascinée par la splendeur de ces deux véritables objets d'art historiques . Le comte les tenaient de ses aïeux qui le portèrent durant  les jours fastueux de Carnaval à Venise. Elle s'appliqua à recoudre la fine dentelle rose du masque féminin, reproduisant les broderies fines entrecoupées de perles de cristal rose. L’autre masque eut aussi besoin de soins de nettoyage, de saupoudrage pour faire briller la fine soie violette et la peinture d'or entourant les yeux. Ce fut une véritable réussite. Épuisée, elle finit bien tard ce jour là. Tous avaient soupé et s'apprêtaient à se mettre au lit, lorsque .Luigia remonta de l'atelier aussi épuisée qu'heureuse.

-Ça y est, mon oncle, les deux masques sont finis ! Demain nous pourrons les rapporter au Comte !

L'oncle était heureux et fier !

-Ma fille, cela vaut bien un bon verre de vin ! Du champagne, dirais-je ! Et toute la maisonnée fêta la fin de la restauration. Les enfants mendièrent une goutte du délicieux breuvage, en vain !

-Trop jeunes ! Chaque chose en son temps ! Trancha l'oncle .

Il fit apporter de la limonade pour eux.

-Allez au lit à présent et bonne nuit !

Les enfant s'étaient mis en pyjama et en chemise de nuit. Mais  ils n'arrivaient pas à s'endormir. Alessandra, doucement, poussa la porte de la chambre de son frère :

-Tu ne dors pas, Max ?

-Non !

-Je n'arrive pas à penser à autre chose qu'aux masques du Comte ! Dit Alessandra. Allons voir comme ils sont beaux !

Les deux gamins descendirent sans bruit les escaliers ,accédèrent à l'atelier allumèrent une torche et découvrirent les deux objets décorés :

– Extraordinaires ! Soupira Maxime
– Essayons-les !

– Tu es folle !

– Juste pour voir ! Tu me diras si tu me trouves belle et moi je te dirai comment tu es !

– Juste une fois alors mais attention à ne pas les faire tomber !

– Je ne suis plus un bébé ! Et comme elle disait cela, elle prit le masque de la Comtesse. Son frère saisit celui du Comte.

– A trois, on se le met sur le visage ! Proposa Alessandra. Un deux trois !

Résultat d’images pour masque de Venise moyen ageIls n'eurent pas le temps de compter  trois qu'ils furent emportés dans un tourbillon, hors de la maison et propulsés dans un quartier inconnu. Ils étaient en tenue de nuit, et l'obscurité commençait à tomber mais les enfants reconnurent bien Venise. Ils marchèrent, le masque sur le visage, étonnés qu'on les regardât  avec méfiance. Tous les gens étaient  costumés, comme au moyen âge, certains avaient des masques blancs, d'autres pas .

Des moines en procession  portaient une immense croix où était inscrit en chiffres romains « l'an de grâce 1120 » . Maxime le déchiffra. Toutes les maisons étaient faites de bois et entourées de palissades. Les enfants ne reconnaissaient aucun édifice .Tout semblait si différent, si dépouillé, si ancien.

Ils suivirent la procession jusqu'à l'église romane de Santa Maria . Les gens s'y engouffrèrent. Maxime retint sa sœur par la manche. Il l’entraîna dans d'autres ruelles, de plus en plus sombres, où des ombres inquiétantes les guettaient :

– Eh, mes petits vous avez de beaux masques, là ! Il va falloir me les donner si vous ne voulez pas que je vous tue!

Trois voleurs menaçants et hideux entouraient les enfants  :

– Eh, la jolie demoiselle, je la garde pour moi, je la vendrai un bon prix  ! dit le chef de la bande, un horrible individu édenté, quant au garçon , tuez-le ! 

Résultat d’images pour le pont des soupir prisonComme ses sbires s'emparaient de Massimo, apparut un homme grand  le visage dissimulé sous un immense chapeau, accompagné de huit gardes. Ils attrapèrent sans tarder les bandits et les conduisirent à la prison de ce qui deviendra » Le Pont des Soupirs » .

L'homme au chapeau gronda alors  les enfants. Ces derniers crurent reconnaître sa voix 

– Que faites-vous là ? Avec les masques du Comte ! Si votre oncle savait et votre mère ! Retournez immédiatement chez vous !

– Comment faire, Monsieur ?sanglota Alessandra ! On ne sait même pas où nous sommes !

– Enlevez votre masque ! répondit l'homme.

Les enfant s'exécutèrent aussitôt .. A peine le masque enlevé, ils se trouvèrent propulsés dans un bruit d'enfer dans l'atelier de l’oncle. Encore secoués par l'étrange aventure, ils déposèrent  les masques et remontèrent les escaliers pour se glisser dans leur lit. Mais avec tout ce raffut toute la maisonnée s'était réveillée en sursaut !
– Ce sont  des voleurs ! S'écria l'oncle. Mon fusil , vite !

On ne plaisantait pas avec Dom Alessandro. L’homme prit une grande carabine et se précipita dans l'atelier. Il  y croisa le chat, une souris dans la gueule : 

– Ah c'est toi ! , dit dit-il,  soulagé, en caressant le chat,  Oui, mon beau Méphisto, merci, tu as fait ton travail ! Mais ce n'est pas ta place dans l'atelier ! 

- Qui a pu bien laisser la porte ouverte ? Pensa-il  en retournant se coucher .

Le lendemain , on rapporta les masques au Comte. Ce dernier vint en personne féliciter Luigia

-Les enfants sont de retour de l'école ? Questionna t il ?

-Oui !

-Puis-je les voir ? J'aurai une surprise pour eux ?

- Avec plaisir, Comte Castello, je vais les chercher !

Massimo et Alessandra apparurent avec leur uniforme du collège, intimidés par la haute stature et l'air grave du comte.

- Je crois que vous avez perdu ceci ? dit-il en s'adressant à la fillette .

Il montrait à Alessandra un ruban rouge brodé, celui qui était cousu sur la chemise de nuit de la fillette .

– Et aussi ceci ! 

Cette fois le comte s'adressait à Massimo tout en lui tendant un bouton de  la veste de son pyjama  qu'un voleur avait arraché lors de leur aventure nocturne de la veille. Muets et tremblants, les enfants rencontrèrent le regard azur du comte, qui  s'amusait de leur désarroi. Ainsi donc, ils n'avaient pas rêvé, tout était bien arrivé, le bal, les ruelles, les voleurs et le conte qui les avait sauvés d'une mort certaine !

Luigia récupéra ruban et bouton, sans bien comprendre ce que le comte faisait avec et où il avait pu les trouver, puis, elle le remercia et ce dernier prit congé de tout ce petit monde .

-Alex, c'est le Comte qui nous a sauvés cette nuit ! Souffla Maxime à sa petite sœur.

- Je m'en doutais, il m'avait semblé reconnaître sa voix.


Deux mois  étaient passés depuis la terrible nuit quand  le Comte revint  chez Don Alessandro avec les masques, l'air contrarié :

- Allessandro, mon ami, c'est une catastrophe ! J'avais déposé  les deux masques sur mon bureau  qui se trouve près de la fenêtre. Ma bonne a fait le ménage, a ouvert la fenêtre et a oublié de la refermer. Par malheur, il a fait un gros orage, comme vous savez, et l'eau est entrée allègrement dans toute la pièce, a mouillé le bureau et tout ce qui se trouvait dessus et  bien évidement mes deux masques.   Perturbée par ce drame, ma domestique s'est brûlé le bras  et j'ai dû la conduire au dispensaire ! Quelle journée ! mais quelle journée ! Pouvez vous faire quelque chose, pour réparer les dégâts, mon ami ?

Alessandro appela sa nièce pour qu'elle examine les masques endommagés par la pluie. L'eau avait décoloré la peinture,  décollé la dentelle et brisé  les perles du masque de la comtesse. Quant à celui du masque  du comte, il fallait tout rattraper et surtout le repeindre.

- Ne vous inquiétez pas, Monsieur  le Comte, ce ne sera pas facile mais je devrais réussir à les réparer, vous verrez ils seront comme neufs, dit Luigia  dans un sourire.

- Je suis si désolé, si vous saviez , voilà que je vais  devoir encore vous Résultat d’images pour masque  de venise dentelle et perlefaire travailler !

- Ne le soyez pas ! C'est un accident, cela arrive parfois ! Et votre bonne, sa brûlure, ce n'est pas trop grave, j'espère ?
- Elle a vraiment souffert, mais ça va, elle s'en remettra !  Mais, mes masques, tu es sûre,  tu peux les sauver ?

- Oui ! Seulement voilà, cela va prendre au moins deux mois. Entre la peinture spéciale que je dois faire venir de Bohème, le séchage, la colle, sans compter qu'il me faudra retourner à Murano et Burano pour les perles de cristal et la dentelle. Mais rassurez-vous, en février ils seront prêts.

- Merci, Luigia. Et  les enfants vont -ils bien ? Et l'école ?

- Oui, ils vont très bien .Ils travaillent très bien ! Maxime est premier dans toutes les matières et au tableau d'honneur. Il a eu  les félicitations. Et  la petite marche dans ses pas !

- Formidable,  merci encore et à  bientôt, Luigia ! Massimo, mon ami, à Bientôt.

Janvier passa . Luigia  s'efforçait de remettre en état les deux masques du Comte. Ils étaient presque finis,  déposés à leur place sur l'étagère dans l'atelier.

Les enfants, piqués par la curiosité et leur expérience, ce  retour dans le passé, qu'ils avaient vécu quelques mois plutôt,  ne purent résister à la tentation. Ils décidèrent donc de renouveler l'expérience.

La nuit venue, ils n'enfilèrent pas de pyjama ou de chemise de nuit , mais des vêtements sportifs et des sandales légères leur permettant de courir facilement. Sans bruit, ils descendirent dans l'atelier et mirent  les deux masques sur leur visage. En un éclair, ils furent transportés loin de la demeure d'Alessandro, sur une grande place.

C'était le grand Carnaval de Venise. La plus grande scène de théâtre du monde, la fête aux extravagances et à la transgression : ainsi  les pauvres se déguisaient en riches et les riches s'habillaient en haillons et pour une nuit jouaient aux pauvres ! L'Église n'aimait pas ces fêtes où tout était permis, où,  simple domestique, on devenait l'espace d'une nuit duchesse !

Sur de grandes banderoles était  écrit « 1780 le sérénissime Carnaval « . Les gens étaient vêtus, pour beaucoup, avec de belles toilettes de princesses, de marquises....

Les enfants regardaient émerveillés cette déferlante de costumes tous plus beaux les uns que les autres. La musique résonnait au son des violons sur la place du palais des Doges. Un feu d'artifice éclata, éclairant le ciel de couleurs extraordinaires.

C'était féerique, les enfants étaient aux anges, quand, soudain un groupe de jeunes malfrats vint les molester, puis les saisissant, ils  les entraînèrent dans une ruelle déserte sans qu'aucun témoin ne puisse leur venir en aide .

Deux contre six , Maximo savait que les mauvais garçons leur prendraient leur masque et les tueraient. Leur seule chance était la fuite, aussi, serrant très fort la main de sa sœur, il se mit à courir l'entraînant avec lui. Max faisait tomber des tonneaux  et tout ce qu'il trouvait sur son chemin pour ralentir leurs poursuivants.

Les enfants  montèrent  sur une passerelle, en bas la foule chantait et dansait. Massimo hurla alors : 

- Au voleur ! Au voleur! ils ont volé les reliques de Santo Angelo !  en désignant les six hommes à leurs trousses. Mais la foule n'entendait  rien, tout occupée à rire, à danser, à faire la fête.

 C'est alors qu'un homme de haute stature monta sur une barrique et hurla d'une voix puissante en montrant du doigt les poursuivants des enfants :

- Voyez ces chiens qui embêtent les enfants,  ils emportent avec eux les reliques de Santo Angelo, par Dieu, arrêtez-les !

- Qu'on les rattrape et qu'on les pende ! Hurlèrent les gens en colère, qui avaient entendu l'appel et  qui, déjà, se lançaient à la poursuite des malfrats. Les voyous, apeurés, par la foule en colère et craignant le lynchage, rebroussèrent aussitôt chemin, abandonnant Maxime et Alessandra .

- On l'a échappé belle ! Dit  Max en serrant sa  sœur contre son cœur.

-Oui, vous pouvez le dire,  vous l'avez échappé belle ! gronda l'homme à la haute stature, le visage toujours caché par ce grand chapeau et qui venait de les rejoindre.  Filez, vite, et retournez immédiatement dans votre monde ! Restez-y et ne prenez plus jamais des masques qui ne  vous appartiennent pas, suis-je bien clair !

Alex et Max s’exécutèrent sans broncher et,  soulevant  leur masque , ils se retrouvèrent  bientôt propulsés dans l'atelier de Don Alessandro. Ils remirent les masques à leur place et  eurent la chance de ne pas tomber nez-à-nez  avec l'oncle et son fusil, ce dernier,  souffrant, étant  alité . C'est sur  leur mère qu'ils tombèrent tandis qu'ils regagnaient sur la pointe des pieds leur chambre :

- Ah ça pouvez vous me dire ce que vous faites là et en tenue de sport,  à cette heure de la nuit ?

Résultat d’images pour venise palais des doges tableau- Maman ! répondit Max, mal à l'aise. A vrai dire nous n'avons pas eu le temps de nous mettre en pyjama car nous avons beaucoup lu . Alex voulait que je lui lise " Robinson Crusoé " et  je n'ai pas vu l'heure passer.  Puis les émotions nous ont ouvert l'appétit ...alors nous sommes descendus...

- Dans l'atelier ? Pour trouver à manger ?  coupa leur mère qui ne croyait pas un traître mot de cette explication pour le moins étrange.

- Non, pas pour manger, pour regarder sur la mappemonde  ancienne que l'oncle a mise en exposition où se situait l’île de Robinson ; c'est après que nous avons  eu l'idée d'aller dans la cuisine pour manger un morceau.

- Cela suffit, garnements, coupa Luigia en colère. Retournez vous coucher,  immédiatement ! Demain il y a école et vous avez veillé si tard que vous serez sans doute bien fatigués ! Je ne te félicite pas Massimo, tu es l’aîné, et tu te comportes comme un bébé ! Allez, au lit, je ne veux plus vous voir ! Nous reparlerons de tout cela demain !

A suivre jeudi prochain...