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Grand-mèreDans l’ancien temps, toutes les grand-mères portaient une robe noire et un chignon. La Jeanne des Bois aussi avait un chignon, et l’âge d’une grand-mère. Elle vivait toute seule au bord de la forêt, mais elle n’avait pas de petit chaperon rouge pour lui porter du beurre et une galette. Pour gagner quelques sous, elle venait au village tous les lundis, faire la lessive de l’école.        

   

                                    

La lessive de l'école


La Jeanne des Bois faisait bouillir le linge dans une grande lessiveuse, juste en face de la classe des petits. Aussi, le lundi, le couloir sentait bon la lessive. Et l’hiver, la classe était plus chaude, à cause de la lessive qui cuisait tout près, sur le feu de bois.
Quand un élève n’était pas sage, la maîtresse le mettait à la porte, dans le couloir.
Les jours de lessive, l’enfant qui était puni avait très peur. Depuis le couloir, il voyait, dans la buanderie, le chignon de la Jeanne des Bois qui s’activait comme une sorcière devant son fourneau… Et quand elle se retournait, ses yeux avaient l’air de gronder, encore plus que ceux de la maîtresse…
Quand la lessive était finie, la vieille femme, avec ses mains toutes roses à force d’avoir frotté le linge, courait jusqu’à l’épicerie. Puis elle rentrait chez elle, en traînant son sac à provisions, sans parler à personne…


Chez la Jeanne des Bois

Chez la Jeanne des Bois, ce n’était qu’une cabane, dans un coin perdu où personne ne s’aventurait jamais.
Or, tout près de cette cabane, il y avait une ancienne carrière qui ne servait plus. Les plus terribles des enfants habitaient un hameau au-dessus de la carrière. En s’approchant du bord, ils pouvaient voir la cabane tout en bas.
Le jeudi, comme il n’y avait pas classe, les garnements couraient jusqu’à la carrière. En se  penchant du côté de la cabane, ils criaient méchamment :  - Hé ! La Jeanne des Bois!

Résultat d’images pour dessincabane au fond des boisQuand elle les entendait, la pauvre vieille femme se cachait. Mais ceux des garçons qui n’avaient pas  peur de mentir s’écriaient tout à coup : - La voilà ! Elle grimpe dans la carrière ! Et ils se sauvaient à toutes jambes. En réalité, ils avaient peur…
A cause d’eux, la Jeanne des Bois devenait de plus en plus sauvage. Même à l’épicerie, le lundi, elle avait l’air encore plus pressé. Et elle courait presque, avec son gros sac, pour échapper aux cris des gamins qui la poursuivaient.
Dans le village, on commençait à croire que la Jeanne des Bois « n’avait plus bien sa tête…»


La visite des hirondelles

Résultat d’images pour gif nid d'hirondelleOr, un jour de printemps, un couple d’hirondelles vint faire son nid sous le toit de la cabane de la Jeanne des Bois. Tout heureuse de cette compagnie, la pauvre femme prit l’habitude de leur parler et de veiller sur les petits, pendant que les parents cherchaient la nourriture.
Un jeudi, les hirondelles entendirent les cris des vilains garçons. En s’approchant de la fenêtre, elles virent deux grosses larmes sur les joues de la vieille femme. Elles en eurent beaucoup de peine. - Il faudrait leur faire peur... dit un des petits oiseaux, qui avait entendu la conversation de ses parents. - Leur faire peur ? C'est plutôt eux qui nous lanceraient des pierres ! dit la grande sœur hirondelle.
Le temps passa. L’hiver arriva. Depuis longtemps, les hirondelles étaient parties. Et la Jeanne des  Bois venait moins souvent faire la lessive à l’école, à cause de la neige et de ses mauvais souliers. Les gamins l’oublièrent un peu.
Le conciliabule des hirondelles
Puis voici que le printemps revint. Les hirondelles aussi. Comme elles étaient plus nombreuses, les gamins les guettaient pour leur lancer des pierres, quand ils appelaient la Jeanne des Bois.
Alors les hirondelles se réunirent au sommet d’un grand peuplier, pour tenir conseil. Et pendant plusieurs jours, elles regardèrent le ciel, comme si elles attendaient quelque chose.
Un soir, avant de regagner son nid, l’hirondelle familière qui était amie avec la Jeanne des Bois vint frapper à son carreau. Personne n’entendit leur conversation. Mais le lendemain, au point du jour, toutes les hirondelles s’envolèrent ensemble, dans un grand bruit d’ailes.


          Les grands échassiers

Résultat d’images pour echassier en vol dessinQuelques jours plus tard, les hirondelles étaient de retour. Mais elles n’étaient pas seules. En grand secret, elles ramenaient avec elles deux grands oiseaux qui avaient des jambes immenses et un long cou. Des oiseaux comme les gens de ce pays n’en avaient jamais vu !        

Le jeudi suivant, les méchants garçons revinrent en haut de la carrière. Et ils crièrent :

- Hé ! La Jeanne des Bois ! Tu es toujours là ? Montre-toi si tu n'as pas peur de nous !
Juste à ce moment-là, deux immenses échassiers comme il n’en existe que dans les livres, les ailes déployées, le bec en avant…, foncèrent sur eux.

Leur ombre était si grande qu’elle fit comme un gros nuage noir qui cacha le soleil tout entier.
Dans la troupe de gamins, ce fut une vraie débandade. L’un glissa dans la carrière et se rattrapa de  justesse à un gros caillou planté là… Un autre se jeta dans un buisson d’épines, d’où il sortit tout déchiré et les genoux en sang… Un troisième eut si peur qu’il resta deux jours sans pouvoir parler…

Les jours suivants, la troupe fit grise mine. On chercha d’autres jeux… Le jeudi, on recommença à jouer aux billes et à tirer les cheveux des filles. Mais personne n’osa plus jamais se moquer de la Jeanne des Bois.
Depuis ce temps, la vieille femme a de nouveaux amis. On raconte que, le soir, les deux cigognes qui avaient fait si peur aux enfants viennent s’abriter près d’elle, dans la cabane. Comme la cheminée, sur le toit, n’est pas assez grande pour leur nid, la Jeanne des Bois leur a arrangé un petit coin bien chaud. En repliant leurs grandes ailes et leurs longues pattes, elles se tassent autant qu'elles peuvent pour ne pas la gêner. Et, dans leur langage, elles lui racontent des histoires d'un autre pays.
Les enfants sont devenus sages depuis qu’ils ont grandi. En suivant les hirondelles, un des garçons a vu, un jour, une scène étrange : la Jeanne des Bois, assise devant sa cabane, berçait dans ses bras un vrai bébé Cigogne… 
« Et le plus beau, a raconté le grand garçon, c'était le visage de la vieille femme : pour la première fois depuis longtemps, elle souriait… Elle avait l'air heureux... »

Et il ajouta tout doucement :« Je crois bien qu'elle nous a pardonné... »

Résultat d’images pour fin

Contes et légendes - Yolande Moyne Larpin -    La Jeanne des Bois et la cigogne
Tag(s) : #contes et légendes

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