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Publié par P Thevenin

Deux auteurs, certes, mais il ne s'agit pas, à proprement parler, d'un livre écrit à quatre mains. Ce n'est, d'ailleurs, pas un roman mais six nouvelles. Trois de Michel De Roy et autant de Patrick Giovine. Le titre général est celui de la cinquième histoire, la plus longue, signée Michel De Roy.

Je recommande vivement la lecture de cet ouvrage aux claustrophobes qui auraient envie de se faire peur. En effet, on enferme (ou on s'enferme soi-même) à tours de plume. Qui, par jeu, dans une espèce de sinistre cul-de-basse-fosse («Erreur de jugement »), qui dans une chambre des coffres (« Fermeture définitive »), qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour la liberté (« Voyage en première classe », la nouvelle-titre). Ailleurs, on se perd dans la folie des hommes, à son corps défendant, c'est le cas de le dire («Le soldat Poulignac ») ou dans le ventre d'un navire (« L'homme qui rêvait d'Amérique »).

Les histoires de Michel sont aussi fictives que le job de Penelope alors que deux des nouvelles de Patrick ont pour cadre des événements historiques sur lesquels il est remarquablement documenté et la troisième, inventée de toutes pièces, du moins je l'espère, se déroule dans un environnement familier, les prénoms renvoyant également à des proches. La dédicace ne laisse aucun doute là-dessus : « Pour Éric, Rose et Max, en témoignage d'amitié ».

Michel, quant à lui, nous entraîne dans des lieux imaginaires : un coin de campagne (« Erreur de jugement »), une entreprise ordinaire (« Fermeture définitive »), un bagne sur une île (de Ré ? plus lointaine?) (Voyage en première classe ») où l'on voit qu' un enfermement peut en cacher un autre (et je ne parle pas du mitard, c'est bien pire que cela).

Les personnages sont des gens du commun : des adolescents (« Erreur de jugement »), un homme qui rêve de remporter le jackpot (mais pas au Loto), un autre pris dans une tourmente. La dernière nouvelle, « Crime majeur », de Michel De Roy, présente, dans la forme, une particularité : les protagonistes parlent d'une seule et même voix, celle du réceptionniste d'un hôtel pas comme les autres qui, avec un client tout aussi singulier, fait pour nous les questions et les réponses. 

Quant à savoir si ces histoires finissent bien ou, au moins, pas trop mal, vous jugerez vous-mêmes. Il n'y a pas vraiment de manichéisme, à part peut-être dans « Crime majeur », l'histoire d'une vengeance qui se mange froide. Les mésaventures de nos héros sont le fait du hasard, de circonstances imprévues. «Fermeture définitive « m'a rappelé un film de Claude Lelouch avec Lino Ventura que j'ai revu tout récemment, « La bonne année ». Les deux auraient pu s'intituler « Tel est pris qui croyait prendre ».

Il s'agit donc de thrillers mais aucun poulet à l'horizon (si ce n'est, de manière allusive, dans « Crime majeur ») alors que Michel De Roy travailla naguère à la brigade financière, Patrick Giovine étant retraité de la MSA (la Sécu des agriculteurs). Pas d'enquête, y compris dans « Fermeture définitive » où il y a cambriolage avec effraction (en douceur mais effraction quand même). Non, ce qui intéresse nos deux écrivains, c'est le hasard, la malchance, celle du « soldat Poulignac » étant une malchance collective ou plus exactement un crime d'État.

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Et si, pour finir, on donnait la parole aux auteurs avec quelques extraits choisis  :

 Michel de Roy , écrivain Erreur de jugement  (Michel De Roy) 

« Il se revoit en début d'après-midi, quand lui et Christian ont quitté la maison que leurs parents louent dans cette région de France où ils se retrouvent un mois par an. Et comme tous les jours, ils ont ri de la farce qu'ils faisaient en taisant l'endroit de leur escapade ».

« La sueur baigne le front de Christian, dégouline dans son cou. Il passe une main lasse devant ses paupières pour rejeter la vision de la mort qui chaque instant gagne un peu de terrain. «

L'homme qui rêvait d'Amérique  (Patrick Giovine)

« Pourquoi être venu s'enfermer dans ces quelques mètres carrés, au sommet d'un vieil immeuble parisien, mal éclairé, mal chauffé, à la façade lépreuse, lui qui aimait tant la lumière et les grands espaces, lui qui enfant partait courir la forêt des après-midis entières ? »

« Pendant un moment l'homme observa Martin sans prononcer une parole. Il semblait réfléchir. Puis il reprit la parole : -Écoutez, jeune homme, je ne vous connais que depuis quelques minutes mais vous m'êtes sympathique et votre enthousiasme me touche. J'ai envie de vous aider dans votre entreprise. »

 Fermeture définitive  (Michel de Roy) 

« Jean-Claude revient à la réalité. Il n'a pas le temps de se laisser distraire. Il doit rester concentré sur ce qu'il fait. Il n'a pas le droit à l'erreur. Son plan est infaillible, mais il ne doit pas laisser place au plus petit doute ni au plus petit flottement. »

« - Alors, balbutie le directeur, comme ça, il vous a téléphoné avant-hier soir ... ? »

 Le soldat Poulignac  (Patrick Giovine) :

« Ils marchèrent durant cinq jours sans presque faire de pauses. Le 20° régiment traversa une partie du plateau champenois sous un soleil de plomb. »

« Vers midi, l'un des ouvriers qui prenait sa pause déjeuner eut son regard attiré par un objet insolite qui semblait sortir de l'amas de terre extrait du sol le matin même. »

Voyage en première classe  (Michel De Roy) :

« -Personne ne tient à rester ici. Moi-même, chaque matin, quand j'arrive, je n'ai qu'une hâte, c'est d'en repartir.

-Tu m'as bien entendu. Il me faut mourir si je veux quitter ces lieux. »

« Je prie. Je ne peux joindre les mains pour donner plus d'élan à la ferveur que je voudrais insuffler à mon invocation, mais je prie ardemment un seigneur auquel je n'ai jamais cru de m'accorder sa miséricorde. Et le miracle s'accomplit. La pluie cesse complètement. »

Une histoire à vous glacer le sang  (Patrick Giovine) :Résultat de recherche d'images pour "Patrick Giovine"

« Nous pénétrons dans la chambre froide. Éric appuie sur un interrupteur et aussitôt la lumière se fait … Mais c'est ici que la mécanique se grippe. Figurez-vous que Rose, quelques minutes avant que nous ne pénétrions dans la chambre froide, décide de fumer une cigarette. "

 Crime majeur  (Michel De Roy)

« Mais je m'égare. Je m'égare et je m'enflamme. Les journaux ont donc relaté les faits, puis ils en ont de moins en moins parlé jusqu'à ne plus rien en dire du tout. Et depuis, l'assassin court toujours. »

« Mais vous êtes tout pâle, Monsieur. Vos mains tremblent. Ressaisissez-vous ! Ce n'est pas le moment de lâcher pied. Allons! Vous êtes sur le point de tenir votre sujet et voilà que vous montrez d'évidents signes de faiblesse ! »

 

L'ouvrage est paru aux Éditions de l'Enclave.

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