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Dans les lueurs indécises du petit matin, les teintes vigoureuses des drapeaux tricolores se donnaient la réplique. Accrochés en grand nombre aux devantures des cafés, ils ne s'imposaient pas au point d'escamoter les plus audacieux d'entre eux, hissé sur le beffroi de l'Hôtel de ville, et qui donnait à l'édifice un air altier de citadelle républicaine.

POUR L'EXPO UNIVERSELLE

Si le cœur de Saint-Etienne se drapait d'oriflammes, à l'aube du 1erRésultat de recherche d'images mai 1878, c'était en l'honneur d'une cérémonie qui se déroulait le jour même à Paris : l'inauguration, par le président de la République Mac-Mahon, de l'exposition universelle. Et les journaux progressistes mettaient complaisamment l'accent sur e triomphe du nouveau régime.

Dans la journée, Mac-Mahon conduirait une pléiade de têtes couronnées de part et d'autre de la Seine, notamment sur la rive gauche au pied du gigantesque " Palais du Champ-de-Mars ", à celui du Trocadéro sur la colline de Chaillot.

Il s'efforçait de faire bonne figure devant cette architecture pâtissière, dont les lignes byzantines voulaient impressionner par leur hardiesse. Mais plus encore leur taille, démesurée, cherchait à incarner la grandeur de la République.

Paradoxalement son président ne pouvait en retirer aucune satisfaction.Monarchiste intransigeant, il se trouvait à la tête d'une République qu'il souhaitait provisoire, le temps de lui laisser préparer un retour à la royauté.

Or il venait de perdre la partie : le comte de Chambord refusait la couronne tant que le drapeau français ne redeviendrait blanc. Un peu plus tard la République, de simple état de fait, s'était transformée en un état de droit. Les élections avaient tranché, en envoyant à l'assemblée une majorité de députés républicains.

Les premières expositions universelles, en 1855 et 1867, avaient servi la gloire de l'Empire. Dans l'esprit de ceux qui l'avaient conçue, celle de 1878 ferait office de vitrine pour la jeune République, aux yeux du monde entier.

LA PREMIERE FETE NATIONALE

Résultat de recherche d'images pour "premier fete nationale francaise"Restait à inaugurer, vers l'entrée du Trocadéro, la statue de Marianne. On l'avait voulue sage, donc surtout pas confiée au ciseau débridé d'un sculpteur romantique.

Elle devrait donner de la France l'image d'un pays à la fois fort mais rassurant, prospère mais généreux, mûri par les épreuves mais pourtant bienveillant, qui scrute l'avenir d'un visage tranquille.

Cette République, la troisième du nom, n'évoquerait plus une égérie guerrière qui mène, échevelée, tout un peuple au combat. Elle aurait pour maintien celui d'une Muse calme, assise et immobile, arborant sur le front, peut-être dans la main, le symbole puissant d'un rameau d'olivier. On la voulait porteuse de l'emblème de paix, offerte à tous les peuples,  à commencer par le sien en dedans des frontières. L'air confiant et serein, elle fixait l'horizon, d'où jaillissait déjà les cornes de l'abondance.

Le 1er mai, pour l'inauguration de l'exposition, la statue n'était pas tout à fait achevée. A la réflexion, on s'en félicitait plutôt que de s'en plaindre. Car finalement  une occasion s'offrait de rendre l'événement plus solennel. Il fournirait prétexte à une cérémonie vraiment particulière. Et l'on parla très vite d'une fête nationale, qui montrerait une France réconciliée, moins de dix ans après les déchirements de la Commune.

Il suffisait dès lors d'en arrêter le jour. Une fois l'éphéméride fébrilement épluché, on le garda soulevé au dimanche 30 juin. Apparemment , la date était neutre, exempte de toute provocation. I le fallait pour rallier les hésitants et pourquoi pas aussi les insoumis, à la cause du nouveau pouvoir.

Les spécialistes d'anniversaires en tous genres furent jetés sur la brèche, invités à compulser leurs grimoires. Après de frénétiques enquêtes, ils rendirent leur sentence : le 30 juin rayonnait d'une pure impartialité, ne gardant pour empreinte que ces deux souvenirs, inoffensifs et sans doute oubliés : un miracle accompli par Marie Alacoque et la mort de Rouget de l'Isle ( 30 juin 1836 ). Sûrement pas la première, et guère plus le second, ne risquaient de déchaîner les orages. La date de surcroît paraissait bienvenue aux initiés qui prédisaient qu la Marseillaise deviendrait bientôt l'hymne national.

EN L' ABSENCE " DES ENFANTS DE LA LOIRE ".

Quantité de villes, dont Saint-Etienne, s'associèrent au projet. Et l'on s'inspira de Paris, qui invitait ses orphéons à organiser de grands concerts dans leurs propres quartiers.

A Saint-Etienne, le programme prévoyait les cinq fanfares de Notre-Dame, Saint-Roch, du Treuil, Des Verreries du Mont, de Valbenoîte, qui joueraient respectivement sur les places de Marengo, Palais des Arts, Manufacture, Bellevue et Villebœuf. Et, pour clore le spectacle, résonneraient dans la nuit les musiques militaires du 105e et du 121e de ligne.

Curieusement, aucune allusion n'était faite à la plus réputée des harmonies stéphanoises : " Les Enfants de la Loire ". ET pour cause...Le 27 juin, son directeur Claude Courally, écrivait au maire que la société regrettait de ne pouvoir participer aux cérémonies du 30 juin. Il prétendait que ses adhérents " se basaient sur leur règlement qui leur interdisait les fêtes nationales ou politiques ".

En vérité, ce qu'il avouait pas, c'était ses propres convictions, celle d'un homme farouchement Bonapartiste. Souvent il se souvint des trois années consécutives où il conduisit à Vichy sa phalange, pour offrir des airs lyriques à Napoléon III.

Le dimanche 2 août 1863, elle était venue, sous le chalet impérial, Résultat de recherche d'images pour "napoleon iii photo"interpréter quelques morceaux pendant qu'il déjeunait. Ce furent tout à tour " Le Signal d'orage ", puis des variations sur ' Le Trouvère ", qui plurent à l'empereur au point qu'il se montra sur la terrasse-véranda. Claudius Courally lui réservait pour la fin un chœur qui lui servit de morceau de bravoure : " l'Etoile de Napoléon III ".

L'après-midi une cantate donnée au parc en sa présence, au milieu d'un public nombreux, fut longuement applaudie. Et le soir s'acheva sur un repas qui réunissait les 96 musiciens à l'Hôtel de l'Univers.

Voilà plus qu'il n'en fallait pour que Claudius Courally vouât à l'empereur un culte impérissable.

Son attitude était aux antipodes de ce que souhaitait le gouvernement, et que, le 30 juin 1878, cette phrase d'un ministre suffisait à résumer : " le parti républicain est devenu nation ".

 

Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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