Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par elsapopin

Cette semaine le blog donne la parole à Sabra, une jeune palestinienne que connaît une amie de France-Palestine. Cette lettre qu'elle nous fait parvenir se passe de tout commentaire. Elle traduit mieux que n'importe quel documentaire le désarroi, la souffrance et l'humiliation quotidienne du peuple palestinien.

Ce matin du 1-12-2016, j’ai pris un bus palestinien pour me rendre de Naplouse à Ramallah où je travaille. Nous sommes une cinquantaine : des travailleurs, des malades, des enfants accompagnés de leur mère. Nous avons passé le check-point de Houwara, à la sortie de Naplouse, sans difficultés. Mais avant d’arriver à celui de Zaatara, à une dizaine de kms plus loin, deux véhicules israéliens qui nous suivaient, ont contraint le bus à sortir de la route et à s'arrêter dans un endroit isolé.

Un officier israélien est monté dans le bus, suivi par des soldats qui nous braquaient avec leurs armes. L'officier a ordonné aux jeunes hommes d'enlever leurs pulls et de descendre du bus. Dehors, il faisait froid. Une soldate a demandé aux jeunes femmes de descendre elles aussi. Elle a fouillé leur sac à main en criant. Je faisais partie du lot. La soldate a braqué son arme sur moi, m’a demandé à plusieurs reprises  mon sac à main. Dedans il y avait mes papiers personnels,  mon portable, une pomme et un peu d’argent. A la quatrième fois, la soldate  s’est emparé de mon sac à main,  m’a demandé si je n’avais pas d’arme. Elle voulait mon portable pour regarder mes photos. J’ai d'abord  refusé ” ce sont des photos personnelles, celles de mon mariage". Elle a exigé que je le lui remette " je veux voir ce qu'il y a dans votre  portable ".

Elle m’a demandé d'enlever mon long manteau d’hiver, le foulard avec lequel je couvre ma tête, de soulever  mes vêtements. Ceci devant tout le monde, ce qui était très humiliant pour moi. La soldate hurlait, en hébreu. Je ne comprenais pas. Je lui ai demandé de parler en anglais ou en français. Mais elle n’entendait pas et continuait de crier en hébreu. Pendant une heure et demie nous sommes restés debout dans le froid, pendant que les soldats fouillaient minutieusement le bus. Parmi nous il y avait un jeune homme épileptique. Ils l’ont jeté  à terre. La peur lui a déclenché une crise. Il tremblait de tout son corps. Son frère, qui l’accompagnait, le regardait de loin, impuissant. Finalement c’est lui qui a été menotté et embarqué par l’armée. Nous sommes remontés dans le bus et nous avons pu repartir.

Voilà ce qui fait notre quotidien. Où sont les journalistes pour le dénoncer? Quels sont les médias dans le monde qui en parlent ? Sabra de Naplouse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article