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DANS LES ROUES D'ALEX

DANS LES ROUES D'ALEX

( Collectif d'élèves en situation de handicap, sous la direction de Didier Antoine)

 

    Si vous êtes un habitué du Dix Vins Blog, le nom de Didier Antoine vous dit certainement quelque chose. Je lui ai en effet consacré déjà deux coups de cœur, l'un sur son ouvrage consacré à  Brassens (« De la pudeur … Sacrebleu ! »), l'autre sur un livre racontant comment, dans son IME (Institut d'Éducation Motrice) de Villepatour, à Presles en Brie, il a mis en place avec une collègue musicienne, Renate Perrion Klee, une activité chorale qui a emmené toute la troupe bien au-delà de nos frontières.

 

 Cette nouvelle livraison, un véritable roman, a pour auteurs ses élèves eux-mêmes. Lui en a  été l'instigateur et le maître d'œuvre. C'est dire s'il se dépense sans compter pour motiver sa petite troupe, composée de 7 jeunes dont la photo de groupe et les prénoms figurent au début du livreet un peu plus bas sur cette page : Héléna, Marie-Valérie, Jason, Kevin, Janice, Gregory, Sivasangar. On retrouve tous ces noms dans le livre, même si le dernier nommé a été abrégé en Monsieur Sangar, le principal, et si Marie s'est trouvé amputée de Valérie.

 Alex est un garçon handicapé, les roues du titre étant celles du fauteuil sans lequel il ne saurait se déplacer. Sa situation est un peu particulière : il vient d'une IME et se confronte pour la deuxième fois (au moins) à une scolarité dite « normale ». On suit ses débuts dans son  environnement tout neuf, tardivement, deux mois après la rentrée.

 Se trouvant dans la situation d'Alex,  les auteurs auraient pu donnerDans les roues d'Alex dans le misérabilisme, faire sangloter Margot sur leur sort peu enviable. Eh bien, tout au contraire, c'est un récit optimiste, par moments franchement joyeux et qui, toujours, sonne juste.

 Le premier adulte qui intervient, par poster interposé, est Tony Parker, le fameux basketteur  qui donne à Alex le courage de se lever et de partir  vers son  nouvel établissement dont il a tout à redouter : « Écoute, mon grand, je sais que tu as peur d'aller au collège. J'ai ressenti la même trouille avant mon premier match de  NBA ».

 Puis, en chair et en os, la maman d'Alex, la seule qui aurait tendance à surprotéger le garçon (qu'apparemment elle élève sans l'appui d'un époux ni d'une fratrie). Elle aurait aimé l'accompagner pour cette rentrée tardive. Il a refusé.

             On comprend qu'il a déjà fait une tentative pour se mêler au  commun des collégiens et que ça n'a pas marché : « Tu sais bien pourquoi j'insiste, je ne veux pas de bagarre. Tu viens de perdre deux mois d'école et ce collège, c'est une chance. Alors accroche-toi ! »

 Institut d’éducation motrice de VillepatourEnsuite, après le principal, Monsieur Sangar, et son incontournable speech de « présentation du nouveau », Alex fait connaissance avec  Madame Fabre, une prof de français pleine de bienveillance et d'à propos : lors de son installation, se transportant de son fauteuil roulant  vers sa chaise, Alex fait couiner les roues malgré lui. Réaction de la prof : « Bel exemple de comique de situation , c'est un procédé cher à Monsieur Poquelin, plus connu sous le nom de... ». Surtout, ne jamais perdre une occasion de réviser ses classiques. Ceci dit, sur l'illustration (il y en a une toutes les deux ou trois pages ; elles sont dues au talent d'Olivia Agostini), on voit ladite dame se fâcher contre un de ses potaches mais il ne s'agit pas d'Alex, peut-être de Grégory, l'enfant terrible (voir un peu plus loin). Et si nos jeunes auteurs ont fait de ce personnage une dame, c'est peut-être pour qu'on ne l'identifie pas trop à leur prof de lettres à eux.

 Prise de contact bien différente avec Monsieur Pascal, le matheux, qui, sans être mauvais bougre, s'est forgé une stature d'enseignant distant, un peu pète-sec (on en a tous connu)  qui, en guise d'accueil, lance à Alex : « Monsieur le nouveau, parviendrez-vous à rehausser le niveau de votre classe en nous disant combien font dix puissance trois ? ». Réponse plutôt inattendue, quasi insolente, d'Alex : « Trente ! ». Effarement de l'enseignant. Avant que celui-ci ait eu le temps de l'incendier, l'impertinent poursuit : « Mais Monsieur, dys-calculique plus dyslexique plus dysorthographique, ça fait trente. » Pas informé du statut particulier d'Alex (oubli du principal ou indifférence de sa part à lui ?), il s'arrête au bord de l'explosion en apercevant « le fauteuil du cancre ».

De la plupart des autres profs, on ne saura rien. Seuls les plus typés sont mentionnés. En plus de Madame Fabre et de Monsieur Pascal, on trouve Monsieur Gire, le prof d'EPS. Je vais y revenir.

 Parmi les élèves, quatre se détachent nettement :

- Tout d'abord Grégory, le « mâle dominant » de la classe qui dit à son « second », Kevin, alors que tous se dirigent vers la salle de cours : « T'as vu le nouveau, ça roule pour lui. Il est gonflé ! ». Ce qui permet à Alex de montrer  qu'il a de la repartie : « C'est normal, gros malin, je suis sous pression ! »

 Jusque-là, ça fait donc un partout mais Alex va devoir batailler ferme pour s'imposer face à ce gros plein de fiel. Et c'est Monsieur Sire qui,  volontairement ou non, lui donne l'occasion d'une deuxième manche. (non sans réticence, il avait accepté de lever la dispense). Si l'activité qu'il proposait ce jour-là avait été athlétisme, football ou rugby, Alex aurait rongé son frein  en attendant la fin de la séance. Par bonheur, ce fut basket. Les joueurs se remplaçaient et Alex dut attendre presque la fin du match pour avoir le droit de participer. Et là, il montra que Toni Parker n'était pas seulement son prof « de vie » mais que la « balle au panier » n'avait guère de secret pour lui :« festival de passes, de dribbles et de lancers» . Son équipe est battue de justesse par celle de Grégory. Au vestiaire, réaction de ce dernier, blessé dans sa fierté  de coq : « C'est ton jour de chance, tu te prends pour une star ! ». Puis il ajoute : « Je te préviens, n'approche plus de Marie sinon ça va mal se passer pour toi. »

- Marie, c'est la voisine de classe d'Alex qui a fait preuve d'une très grande gentillesse à son égard (dès ce premier jour, entre deux cours, elle a poussé son fauteuil pour aller jouer avec lui au bowling). Mais c'est aussi la chasse gardée de Grégory. Alex ne se laisse pas impressionner : «Pourtant, quand ce caïd de bac à sable lui agrippa l'épaule, Alex saisit fermement le poignet de son agresseur. Il réalisa une rotation rapide qui l'envoya au sol ». C'est très important qu'il ait vaincu son rival physiquement et les deux heures de retenue dont ils écopèrent  l'un et l'autre contribuèrent à  les mettre  un peu plus sur le même pied. Toutefois, il n'y aura pas de complicité entre ces deux garçons, juste une indifférence respectueuse.

Après les vacances de Noël,  Grégory  revient avec des béquilles suite à un accident de ski, Le voilà handicapé, lui aussi (si ce n'est que son handicap sera de courte durée et qu'il en profite pour rouler les mécaniques. Un peu comme le « snob » de Boris Vian : « J'ai des accidents en jaguar/Je passe le mois d'août au plumard). Un peu plus tard dans l'année, il jettera son dévolu sur une autre fille prénommée Janice et laissera donc le champ libre à Alex.

Les élèves de l’IME de Villepatour en pleine séance de dédicace de leur livre "Dans les roues d'Alex"Il faut dire également un mot de Maya qui a un an d'avance mais n'en tire, quant à elle,  aucune fierté. Un jour que Marie et Alex « sèchent » lamentablement sur un exercice de math (dans la salle d'étude puisque, ce jour-là, Monsieur Pascal s'est fait porter pâle), elle s'approche et leur propose son aide. Elle avoue à Alex qu'il lui a été sympathique dès le début mais qu'elle n'avait pas encore osé l'aborder. Elle se risque à lui demander la raison de son handicap et la réponse vaut son pesant d'humour : « c'est simple, ma mère m'aimait un peu trop fort, alors elle ne voulait pas que je sorte de son ventre ». Et puis, ce fut surtout l'occasion pour Alex de découvrir que Marie souffrait elle-même d'une tare : une inaptitude totale aux mathématiques.  Il existait donc d'autres handicaps  ne nécessitant pas de fauteuil roulant mais pas moins gênants pour autant.

Lui, Alex, a des capacités intellectuelles normales, et, en outre, il bénéficie de l'aide d'un AVS, ce qui lui vaut une pique de la part de Kevin, le Grégory-boy. Tandis que Monsieur Pascal fait des compliments à Alex, ledit Kevin lance : « C'est normal, il triche avec son AVS ! ». Un peu plus tard, il s'excusera de cet accès de jalousie injustifié.

Alex se sent de mieux en mieux dans sa classe. Son intégration est réussie au-delà de toute espérance. L'histoire se termine, juste avant les grandes vacances par un baiser sur la bouche de la part de Marie qu'il invite à venir goûter chez lui.

Et l'on retrouve le mentor du début, Toni Parker, ravi, sur son poster : « Bravo ! Mon grand. Je crois que tu n'as plus besoin de moi, désormais ». Certes, mais Alex lui lance, lucide, « Ne t'éloigne pas trop, on ne sait jamais... ». Un fin ouverte, donc, car qui peut savoir à quels obstacles  un invalide, aussi courageux qu'il est, va être confronté au fil de son âge ?

 

Les auteurs du livre Dans les roues d’Alex. De g à d, Héléna, Marie-Valérie, Jason, Kévin, Janice, Grégory et Sivasangar (DR).

 

( Les auteurs du livre Dans les roues d’Alex. De g à d, Héléna, Marie-Valérie, Jason, Kévin, Janice, Grégory et Sivasangar (DR). )

En tout cas, ces personnages sont bigrement attachants. Les élèves transposent sur Alex, avec une crédibilité indéniable, leurs propres aspirations. Lorsqu'ils quitteront leur IME de Villepatour, eux aussi aimeraient réussir à se glisser dans la société à l'instar d'Alex. Authentique, ainsi que je l'écrivais au tout début, l'écriture est à hauteur d'adolescent, ni trop recherchée, ni trop relâchée. Didier Antoine y a veillé (sans s'imposer, je présume. Ce ne doit pas être pas son genre).

Nos jeunes gens sont prêts à vous dédicacer leur œuvre que vous pouvez commander au :

« Collège-Lycée Pro de Villepatour rue de Coubert 77220 PRESLE en BRIE."

Il est possible également de le demander chez votre libraire ou sur Internet : FNAC, Amazon, Decitre ou Cultura.

Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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