Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ce sont choses qui arrivent dans l'existence - ce vieil homme-là vivait avec sa seconde épouse. Lui avait sa fille, elle - la sienne. Vivre avec la marâtre, chacun sait ce que c'est : tu te mets en quatre pour lui faire plaisir mais rien ne trouve grâce à ses yeux. Tandis que sa fille à elle, la marâtre lui passe tout, et quoi qu'elle fasse on la cajole, on lui donne du "bien, ma mignonne"...
La pauvre petite fille du vieux, elle, n’arrêtait pas : donner à boire et à manger aux bêtes, apporter le bois et l'eau, chauffer le poêle, balayer l'isba - et tout cela bien avant le jour ! Rien à faire, jamais sa belle-mère n'était satisfaite : Rien n'allait, tout est toujours mal fait !  La vieille mégère était sans cesse après la jeune fille, elle la harcelait sans relâche. Tant et si bien qu’à la fin elle se met en tête de rayer sa belle-fille du nombre des vivants !

- Emmène-la, ordonna-t-elle à son vieux, conduis-la où ça te chante, je ne veux plus la voir ! Tiens, dans la forêt, puisqu'il y gèle à pierre fendre !
Le vieil homme en est tout marri, il verse d'amères larmes, mais que peut-il faire contre sa femme qui l'effraye tant ? Cette femme-là est un démon, alors la mort dans l'âme il attelle son cheval au traîneau et appelle sa fille :
- Monte dans le traîneau, ma fille chérie...Arrivé dans la forêt, il la dépose dans la neige, au pied d'un grand sapin, et l'abandonne à son triste sort. Assise sous le sapin, la jeune fille grelotte et frissonne. Et soudain elle entend comment le père Gel fait craquer les arbres alentour, comment il passe de sapin en sapin en sautillant, en crachotant, il est bientôt dans le sapin sous lequel la jeune fille est
assise, et de là-haut il lui demande :

- As-tu chaud, ma fille ?
- J'ai chaud, petit-père Gel, j'ai chaud, merci.
Le père Gel descend alors de quelques branches, en crépitant, en crachotant plus fort :
- As-tu chaud, ma fille ? As-tu chaud, ma belle ?

- J'ai chaud, petit-père Gel, j'ai très chaud, merci.

Il descend encore plus bas, toujours en crépitant et en crachotant de plus belle :
- As-tu chaud, ma fille ? As-tu chaud, ma belle ? As-tu chaud, ma

mignonne ?
Déjà la jeune fille sent son corps s'engourdir, et répond avec peine :
- Hou-là, comme j'ai chaud, gentil père Gel...

Le père Gel, voyant la pauvrette presque morte la prend en pitié, alors il l'emmitoufle de ses douces fourrures, et la réchauffe de ses duvets épais. A la maison, la marâtre prend déjà ses dispositions pour les funérailles. Et tout en cuisant les crêpes, elle dit en ricanant à son mari :
- Va, vieux hibou, ramène ta fille, nous l’allons conduire au cimetière maintenant !

Père le Gel et la petite fille des NeigesLe vieux reprend alors le chemin de la forêt, tout en pleurant sa fille qu'il a abandonnée dans le froid et morte maintenant. Mais en arrivant devant le grand sapin, que voit-il ? Sa fille est là, indemne et bien vivante, ses yeux pétillent de bonheur, ses joues sont rosées, elle porte une fourrure de zibeline, et de l'or, et de l'argent, et il y a devant elle un plein coffre de riches présents !
La joie du vieillard est immense, il embrasse sa fille et pleure mais de joie cette fois-ci. Ensemble ils chargent le coffre d'or et d'argent dans le traîneau et reprennent la route de l'isba.


La mégère est toujours à ses crêpes. Et, sous la table, il y a le chiot de la maison qui clabaude :
- Vouah, vouah! La fille du vieux revient toute d'or et d'argent parée, celle de la vieille ne trouve pas à se marier...

La vieille, de rage, lui jette une crêpe :
- Aboie-moi comme il faut ! Dis : "La fille de la vieille trouvera riche mari, celle du vieux, on en ramène les abattis...
Le cabot mange sa crêpe et recommence de plus belle :
- Vouah, vouah! La fille du vieux revient toute d'or et d'argent parée, celle de la vieille ne trouve pas à se marier...
La vieille a beau, une fois, lui jeter sa crêpe, le battre, la bestiole continue sa chanson.
soudain, le portail grince la porte s’ouvre et la belle-fille parée d'or et d'argent entre dans l'isba. Les ouvriers à sa suite apportent un coffre pesant, énorme et plein d'or, d'argent et de pierres précieuses ! Les bras lui en tombent, à la vieille, à ce spectacle. La mégère en reste bouche bée puis dans un hurlement ordonne à son vieux :

- Attelle vivement un autre cheval, vieux hibou ! Conduis ma fille, conduis-la dans la forêt et laisse-la au même endroit !


Le vieux obéit aussitôt et installe sa belle-fille dans le traîneau et la dépose dans la neige au même endroit, au pied du grand sapin, puis s'en retourne.
Assise dans la congère, au pied de l'arbre, la fille de la mégère claque des dents tout en maudissant sa mère.
Et déjà le père Gel crépite dans le sous-bois, déjà il va sautillant d'arbre en arbre, crachotant et surveillant du coin de l'œil la jeune fille, il s'enquiert :
- As-tu chaud, ma fille ? 
- Hou, je suis transie ! Vas-tu cesser de grincer et crépiter comme ça, père Gel, c'est énervant à la fin ! Le père Gel descend de quelques branches, il crépite, il crachote plus fort encore :
- As-tu chaud, ma fille ? As-tu chaud, ma belle ?
- Hou-là, mes mains, mes pieds sont des glaçons ! Veux-tu bien t en aller, père Gel, et me laisser tranquille j'attends quelqu'un ! dit la gamine courroucée et transie.
Mais le père Gel descend toujours plus bas, il sévit de plus belle, crépite et crache encore plus fort
- As-tu chaud, ma fille ? As-tu chaud, ma belle ?
- Hou-là-là, tu m'as complètement glacée ! Mais file donc loin d'ici, je te dis, disparais, maudit père Gel ! hurle la Jeune fille en rage.

Là, le Père Gel se fâche pour de bon et il souffle un tel froid que la fille de la vieille en passe de vie à trépas.
Le lendemain matin, la vieille bouscule son vieux et lui lance :
- Attelle donc vite ton cheval au traîneau, vieux hibou, et va chercher la fille, et ramène-la-moi toute parée d'or et d'argent !
Le vieux encore tout ensommeillé attelle la bête au traîneau et part récupérer l'enfant.

Afficher l'image d'origineOr sous la table, le cabot recommence son chant :
- Vouah, vouah ! A la fille de la vieille pléthore de maris, à celle de la vieille un sac pour ses abattis !
La vieille de colère lui jette tout un gâteau au chou à la gueule :
- Est-ce que tu vas aboyer comme il faut, sale cabot ?  Tu dois dire : La fille de la vieille revient toute d'or et d'argent parée..."
Mais le cabot ne veut rien savoir et reprend de plus belle :
- Vouah, vouah !  La fille de la vieille revient dans un sac avec ses abattis ...
Le portail grince, aussitôt la vieille y court, pour accueillir sa fille adorée. Tout sourire, en pensant à l'or et l'argent, elle soulève la bâche et découvre dans le traîneau...sa fille morte.
Elle a beau pleurer, hurler de chagrin, il est trop tard, la fille est morte à cause de sa méchanceté et de sa soif d'argent...

 

Tag(s) : #contes et légendes

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :