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Publié par S Granjon

" Comme un vol de gerfauts..." aurait dit le poète. Ce n'était en fait qu'un essaim de corbeaux, mais leurs ailes rasaient la plaine du Marais, marquant l'emplacement de quelque lourd présage. L'air, que déchiraient leurs cris à plein gosier propageait aux maisons du Bas-Treuil une sourde appréhension. Le calme, alors, n'était plus qu'apparent. Et ce dimanche troublé par des nuées d'oiseaux rappelait la tourmente qui avait eu lieu voilà bientôt un an.

c'était aussi un dimanche, ce 6 avril 1871. Une formidable mêlée avait fait s'affronter 800 enfants des quartiers environnants. Les vastes terrains compris entre le Soleil et la ligne de chemin de fer offraient un endroit rêvé au déploiement des troupes pour une lutte à coups de fronde, et même au pistolet que certains portaient à leur ceinture. Le commissariat central avait estimé que l'engagement avait pris " des proportions gigantesques ".

Celui du 3 mars 1872 ne serait pas beaucoup plus bénin, puisque la plupart des journaux de Paris rapportèrent le récit fourni par la presse locale. Le maire, après le 6 avril précédent, avait pourtant réagi : son arrêté interdisait tout lancer de projectiles dans l'étendue de la commune, notamment sur les lieux découverts. Les parents étaient tenus responsables des condamnations à l'égard de leurs enfants. Mais les menaces affichées restèrent sans effet.

GAMINS CONTRE MOUTARDS

Le Mémorial de la Loire resservit ce dernier mot du répertoire de Gavroche pour désigner des adversaires du genre bonnet blanc et blanc bonnet qui, début mars 1872,  se rencontrèrent sur leurs terrains favoris. Vers les 3 heures de l'après midi, une longue colonne montante se profila à l'horizon, du côté de la Verrerie. Bientôt les habitants du Bas-Treuil, prudemment retranchés, virent approcher une troupe de plus de trois cents combattants.  C'était les glorieux combattants du Bois d'Avaize. Trois mois auparavant ils avaient mis en pleine déroute, dans la vallée du Janon, ceux de " Montrenaud ", qui voulaient s'approprier  une colline confinant le sud-est de leurs États.  l'exploit avait valu aux guerriers du " Bois d'Avaize " force égards des peuplades voisines. Restés les seuls rebelles, ceux de Montaud n'admettaient pas la supériorité des vainqueurs.

Aussi longeaient-ils les murailles de la Manufacture d'armes en colonnes serrées, et dans un silence farouche, par respect instinctif qu'un guerrier doit à Mars. Quoiqu'imberbe, leur visage aux traits décidés était empreint d'une mâle assurance.

Les Bois d'Avaisiens arboraient la même superbe, en prenant position dans le Marais. quand, à leur tour, les Montaudiens eurent déployé des trésors de stratégies, les deux armées s'observèrent. Le silence précédait l'ouragan.  Soudain le grondement des galoches au galop s'accompagna du sifflement des frondes. Un cumulus de pierres obscurcit le ciel. Et la mêlée, féroce, ne cessa qu'à la nuit, où la paix fut signée...sauf avec la police qui captura plusieurs belligérants, quand les autres déjà détalaient. Et ces vers d'Hugo trouvèrent un second souffle :

" On n'en connaissait plus les chefs ni le drapeau.

Hier la grande armée, et maintenant le troupeau ".

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