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Résultat d’images pour fabienne marsaudon

« Et ton divorce ? Ça va, je gère ! » …

« Et ton chômage ? Ça va, je gère ! » …

« Cigale dans la fourmilière

Je me sens ailleurs, décalée

On me demande « Alors tu gères ? »

Moi qui ne sais faire que chanter »

(« Je gère ! »).

Incomparable bonheur, dans une technocratie où l'on « se positionne » et où l'on « solutionne » à l'envi, où tout est « acté » ou « impacté », que de rencontrer Fabienne Marsaudon, une artiste qui veut bien être « dans le vent », à condition que ce soit le vent du large.

Disons-le tout de suite : pour ce coup de cœur, je vais avoir deux écueils (c'est le cas de le dire) à éviter : les superlatifs qui, pour justifiés qu'ils soient, décrédibiliseraient mon propos, et un survol trop rapide d'une œuvre, tellement riche et envoûtante d'un bout à l'autre. Je laisserai de côté les chansons pour enfants : elles feront l'objet d'un article ultérieur.

Parlons d'abord de sa voix : claire, roulant comme la vague, agrémentée de brume matinale et d'embruns, avec un vibrato qui vous emporte vers on ne sait quels lointains.  Comme le disait Yves Duteil qui lui a mis le pied à l'étrier en 1987, un « timbre de collection » et l'hommage Résultat d’images pour fabienne marsaudonn'avait rien d'exagéré. C'est le même Duteil qui lui a fait connaître, je présume, le pianiste Michel Précastelli  qui a longtemps accompagné, en effet, l'auteur des « Batignolles » et que j'ai eu la chance de voir et d' entendre portant les mots de Francesca Solleville. Compositeur, arrangeur, musicien hors classe, dont la complicité avec Fabienne saute aux oreilles.

Les albums qu'elle a (qu'ils ont) enregistrés  sont autant de pépites, souvent dans des écrins de luxe (disques collector), ce qui, bien sûr, influe (très légèrement) sur le prix d'achat  mais un cadeau mal fagoté a toujours moins de valeur. Des livrets où l'on  trouve de magnifiques photos, des textes préliminaires ou les paroles des chansons, quelquefois juste amorcées comme dans le double CD intitulé « Océanes», le dernier en date, dans lequel Michel Précastelli nous gratifie, en prime, de quelques très beaux instrumentaux de son cru.

Mis à part quelques reprises sur lesquelles je reviendrai, Fabienne est auteure de la plupart de ses chansons. Les musiques, toutes plus mélodieuses les unes que les autres, sont de Michel Précastelli seul ou ont été composées à quatre mains.

Résultat d’images pour fabienne marsaudonLa mer tient une place prépondérante dans son œuvre. Il y a deux mois, je vous parlais de Louis Capart et de l'île de Sein. Pour Fabienne, c'est Belle-île en mer, où elle n'a pas vu le jour mais  qu'elle a découverte petite fille et où elle aime à se retirer  pour écrire et aussi pour enregistrer (dans la maison de son enfance), ainsi qu'elle le raconte dans l'introduction de l'album « Ballades à Belle-île en mer ». Pour l'occasion, Michel Précastelli a lui-même troqué le clavier contre le stylo : «Une île grande comme une innocence retrouvée … Ici tout est simple et paisible. Un artiste inconnu dessine à l'infini les contours somptueux d'un décor où tout change sans que rien ne change «. De la belle écriture ou je ne m'y connais pas. En parfaite harmonie avec la poésie de Fabienne :

                                 « Bleu de la mer, bleu du ciel …

Gris des falaises, gris du sel …

Vert de la lande, des prairies …

Je vis sur une île

Entre le bleu, le gris, le vert,

Là où le ciel ne fait plus qu'un avec la terre

Là où parfois le temps se perd

Moi je vis à Belle-île en mer »

(« L'île aux trois couleurs »).

« Goutte d'eau salée,

Goutte de rosée

Poussière de terre

Et fleur de la mer.

Goutte de rosée,

Goutte d'eau salée

Perle de mystère

Posée sur la mer »

(« L'île-fleur »).
 

 À part ces « Ballades à Belle-île en mer », elle a consacré  un autre CD entier à son île de cœur : La dame des Poulains », lesdits Poulains  étant une pointe de l'île : 14 chansons pour Sarah Bernhardt qu'elle fait parler à la première personne et qui, ayant en partie grandi en Bretagne, à Quimperlé, posait ses malles sur l'île aussi souvent que possible. Nous la suivons de son premier séjour (« J'en ai fait des voyages, moi la femme aux bagages/J'en ai vu des pays, des horizons lointains/Mais lorsque du bateau, j'aperçois le rivage/Belle-île ma bien nommée/Mon errance prend fin (« De quelque part »). jusqu'au dernier : « Crépuscule sur les Poulains... Adieu ma maison, mon jardin/Le vent qui me pousse à partir/Dispersera mes souvenirs … Ils fleuriront le Père Lachaise/Pendant que moi sur mes falaises/Je sourirai en les voyant/Parader à mon enterrement » (Dernières volontés »).

Résultat d’images pour fabienne marsaudon

Dans sa discographie, figurent deux autres « albums-concepts (bien que je n'aime guère ce terme, trop « branché ») : « La petite musique de Jade », inspirée d'un roman signé François  Garagnon : « Qu'as-tu fait de tes rêves/Qui t'a convaincu  de les laisser là ?/ Et qu'est-ce qu'on t'a promis/Pour que tu renonces à suivre leurs pas ? (« Qu'as-tu fait de tes rêves ? » ).

Et puis celui entièrement consacré à Rainer Maria Rilke (1875-1926), l'un des plus grands poètes allemands, avec un « emballage » somptueux qui comporte, non seulement les textes mis en musique par Fabienne ( à une exception près, « Lettre à un jeune poète «  composition de Michel Précastelli ) mais aussi d'autres vers  et une biographie du même.

Dans ses chansons, elle navigue assez peu, physiquement. Mais, comme elle l'écrit, la création est un voyage où l'on emporte ses rêves vers des cieux lointains. Et une île, c'est idéal pour cela. Ce n'est pas Louis Capart qui nous dira le contraire. Entre deux mondes on y est comme sur un « (Le) bateau immobile » :

« Sur notre rocher isolé,

Le continent semble nous narguer,

Il nous attire et nous déchire,

On le rejette, on le désire ».

Non qu'elle n'ait jamais quitté sa terre. Elle a même vécu quelque temps au Canada. Et elle a enregistré trois albums avec, en plus de son pianiste, excusez du peu, l'orchestre symphonique de Bohême du Sud : le double CD « Océanes » et un autre de reprises : des standards surtout (Brassens, Trenet, Ferrat …) mais également un trésor ignoré du grand public, « De la main gauche » signé Danielle Messia, une artiste qui, à l'instar d'un Matthieu Côte ou d'une Gribouille, n'a pas eu le temps de trouver, dans le monde de la chanson, la place qu'elle méritait :

« Je t'écris de la main gauche …

Je m'efforçais de la perdre

Pour trouver le droit chemin

Une vie sans grand mystère

Où l'on n'se donne pas la main …

Je t'écris de la main bête

Qui n'a pas le poing serré

Pour la guerre elle n'est pas prête ».

De Brel, on trouve deux titres : « La chanson des vieux amants » et « Quand on n'a que l'amour ». Et par ailleurs elle lui rend tout naturellement hommage dans « Cap sur les Marquises » (album « Océanes »). Ce double CD, « Océanes », avec, donc, les musiciens de Bohème, n'est pas fait que de créations, bien qu'elles aient une place prépondérante. On y trouve, entre autres, Nougaro (« L'île Hélène »), Maxime Le Forestier (« Bille de verre ») et, bien sûr, Yves Duteil avec une de ses plus belles chansons : « Quand les bateaux reviennent ».

Résultat d’images pour fabienne marsaudonLorsqu'elle ne vogue pas, elle chante l'amour, là aussi, quelquefois, par poète interposé : « Les mains d'Elsa » ( je ne vous ferai pas l'injure de vous « révéler » le nom de l'auteur ! », « Si c'est mourir que de t'attendre », de Sylvie Méheut (vous ne la connaissiez pas, je vous rassure : moi non plus).

Mis à part dans « Je gère ! », elle ne pousse pas de coups de gueule. Elle écarte d'un revers de plume « Les guerres imbéciles » dans « Une petite flamme » (« album « La petite musique de Jade »). Elle préfère s'attarder sur le geste simple et émouvant d'une certaine Jeannine Vromant, de Tourcoing, disparue à 86 ans, en 2008, et qui, sans famille, a légué 300 000 euros à 303 personnes croisées çà et là et ayant manifesté quelque gentillesse à son égard « La vieille dame du quartier » :

« Le soir dans son petit carnet

Là sur la table de chevet,

Avec beaucoup de soin elle note

Un prénom ou une anecdote ».

Me revient la phrase si juste de Brassens, que j'ai déjà eu l'occasion de  vous livrer : « La seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi- même en espérant que les autres en feront autant ». Vous constaterez que je n'ai à aucun moment usé d'adjectifs en « issime » mais,  vous l'aurez compris, le cœur y était.

OCEANES - Heures insulaires - Fabienne Marsaudon

Chanson "La Dame à la Rose" extraite de l'album "Les Chants de l'Aube" dédié au poète Rainer Maria Rilke

Photos: Philippe Ulliac - Galerie de Vagues en bleu- Le Palais Belle Ile en Mer http://www.belle-ile-photos.com/ Un album composé à partir de mes ballades à Belle Ile, et des poèmes d'enfants et d'adolescents bellilois recueillis au fil de mes séjours.

Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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