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Après un tour de chauffe du 10 septembre au 15 octobre 1915 (tentative avortée par manque de moyens), le « Canard enchaîné » a vraiment vu le jour le 5 juillet 1916 et n'a ensuite connu aucune interruption (si l'on excepte, évidemment, le début de années 40 !). L'objectif des deux fondateurs, Maurice et Jeanne Maréchal, assistés du dessinateur Henri-Paul Deyvaux Gassier, était  de dénoncer les mensonges de la presse d'alors, tout acquise à « L'Union sacrée ». Jusqu'à l'armistice de 1918, on se doute bien que les ciseaux d'Anastasie, à savoir la censure, n'ont pas épargné le volatile qui, malgré tout,  a tenu bon jusqu'en ce début de 21° siècle où il jouit d'une belle santé financière (et sans la moindre pub !). Du coup, les journalistes sont plutôt bien payés ; en contrepartie il leur est interdit de jouer en Bourse, de faire des piges dans d'autres publications (Cabu, ceci dit, dessinait pour « Le Canard » et « Charlie », nous en reparlerons) et même de recevoir la moindre décoration officielle. En 1933, Pierre Scize, qui venait d'obtenir la Légion d'Honneur et tentait de se justifier auprès de Maurice Maréchal en arguant du fait qu'il n'avait en aucune façon sollicité cette récompense, s'est entendu répondre, en même temps que l'annonce de son licenciement : « Il ne fallait pas la mériter ! ».

 

« Le Canard » est demeuré fidèle à son intention première : rétablir la vérité. Plutôt de gauche, il n'a pas hésité pour autant à démolir Tonton dans les années 80 – 90 et, plus récemment, Pépère qui, du reste, se démolit très bien tout seul.

 

Dans les années 1960, la rédaction s'est remise en cause : au fil du temps, elle avait tendance à privilégier l'humour aux dépens de l'information. On ne compte pas les lièvres qu'elle a levés. Pour n'en citer que deux : Giscard et les diamants offerts par Bokassa qui lui ont sans doute coûté sa réélection en 1981 (sans minimiser pour autant  le rôle de Chirac dans cette défaite, Chirac qui, en privé, a appelé à voter Tonton au deuxième tour), les feuilles d'impôts de Chaban-Delmas (autre victime du même Chirac en 74) qui n' a rien versé au fisc entre 1966 et 1969.

                     

Notons que lors du passage à l'euro, au lieu d'en profiter pour augmenter son prix de vente, « Le Canard » l'a baissé de deux centimes d'euros : 1,20 euros, alors que l'équivalent des 8 francs qu'il coûtait auparavant, aurait été de 1,22 euros.

                           

Personnellement, je le lis chaque mercredi d'un bout à l'autre depuis bientôt 50 ans, avec une interruption forcée entre octobre 1968 et février 1969, période où j'étais à Berlin-Est et, ça va de soi, « Le Canard » y était gazetta non grata. On ne trouvait que deux publications françaises : « L'Huma » et « France Nouvelle », un hebdomadaire du même PC.

                       

Une du numéro spécial du Canard enchaîné pour ses 100 ansSe pose, bien entendu, la question des sources. Certains accusent « le Canard » d'être à la solde d'on ne sait quels pouvoirs. En 73, l'affaire des faux plombiers qui installaient nuitamment des micros dans les nouveaux locaux du journal et furent surpris par l'un des collaborateurs passant par là relèverait donc de la théorie du complot ? Difficile à croire.

                          

Les infos, « Le Canard » les reçoit de collègues rédacteurs dans d'autres journaux et qui ne peuvent pas les publier dans leur propre feuille de chou, de leur carnet d'adresses, du courrier des lecteurs et également d'institutions. On sait que le monde politique est un véritable panier de crabes (en témoignent, s'il en était besoin, les incessantes attaques ad hominem à l'occasion des primaires, de droite comme de gauche) et celui qui veut emmerder un supérieur ou un subordonné transmet au journal satirique tel ou tel secret qui n'aurait pas dû sortir de l'enceinte ministérielle ou du conseil d'administration. Ils ont des informateurs attitrés et, très certainement, d'autres plus ou moins occasionnels.

                            

Les manchettes sont toujours à base de jeux de mots. Il n'y en a qu'une qui ne m'a pas amusé mais m'a profondément ému : après l'attentat de « Charlie Hebdo » : « ALLEZ, LES GARS, NE VOUS LAISSEZ PAS ABATTRE ! ». Signé Cabu (les journalistes du « Canard » ayant reçu, eux aussi, des menaces de mort).

                      

« Le Canard » n'a-t-il aucun défaut ? Non, à part peut-être la susceptibilité de ses rédacteurs. Chaque semaine, ils relèvent des coquilles dans les autres publications et parfois dans la leur (ça s'intitule alors : « Pan sur le bec »). Or, par deux fois, je me suis laissé aller à leur écrire pour mentionner une de leurs erreurs. Et là, pas de « Pan sur le bec ! », seulement un mail où ils me remerciaient « de ma collaboration ». Mais ce n'est pas grave. Et dans 200 ans, le mercredi sera toujours pour moi le  jour du « Canard ».

 

     À signaler : la parution récente d'un livre (un pavé de plus de 600 pages) intitulé : LE CANARD enchaîné : 100 ans. Un siècle d'articles et de dessins », avec, de Patrick Rambaud, « Le roman du du Canard ».

Chaque trimestre paraissent également des « Dossiers du Canard », le dernier en date étant sur la police.

                      

Tag(s) : #Coups de gueule de P.Thévenin

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