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Publié par Dix vins blog

Cet homme qui ne sait plus au juste son âge

Par tous les temps paraît toujours être en voyage

Moins chargé de soucis que si il était richard

Sans impôts, sans budget, sans toit et sans ménage

Au gré de son destin, voyez le vieux clochard

Plus hirsute que Job mais rêveur et musard.

 

En cette fin de juin, le soir s'azure, approche

D'une nuit qui s'annonce exquise. Un son de cloche

Tinte au loin : l'Angélus. Est-ce-que de là naît

La prière comme un écho dans sa caboche ?

En tout cas il s'arrête écoute en lambinet,

Puis poursuit son chemin vers un lieu qu'il connaît.

 

A couvert des remparts, c'est dans un creux de pierres

( Comme dans une grotte abritée ) que, ce soir,

Ainsi que ce matin on le revoit s'asseoir.

Endroit délicieux pour les heures princières.

Sous ses yeux au-delà des voitures routières,

Le Rhône, un pont, une île...AH le pur reposoir !

 

Quel décor plus câlin pour une pure rêverie ?

De sa musette, son oreiller quand il dort

Le bon vieux a sorti gentiment sa chérie,

L'inséparable amie, où pour être plus fort

Pour s'égayer il sait trouver le réconfort

Qui donne, malgré tout, meilleur goût à la vie..

 

Sa chérie, ô flacon d'ineffable bonheur !

Si souvent caressée, ô fragile merveille

 

De sa bouche il approche en gourmand sa bouteille

Dont il savoure tant le pouvoir enchanteur !...

Et déjà le nectar, jus pourpré de la teille,

Comme au banquet des dieux, lui met la joie au cœur.

 

Le traitement lui plaît. Tout en cassant la croûte

Et pintant au goulot le vin qui fait glouglou

Il se souvient...il se revit...sait-il bien où ?

Enfant abandonné par des méchants sans doute,

Sur un coteau gardant un blanc troupeau qui broute :

Puis, plus tard, moissonneur dans un pays très flou...

 

Ce soir, tout lui paraît magique éternisé,

Est-ce donc un oubli de son âme naïve ?

Devant lui, sur les eaux, que la lune enjolive ?

L'ancien pont d'Avignon en ruine est bisé ;

Pourtant, ce pont, il croit, légèrement grisé

Qu'il le pourrait franchir pour gagner l'autre rive...

 

Il croit, oui, que ce pont lui prête entier support

Jusque dans l'île en Paradis...parmi les vignes

Du Seigneur le voici, loin de toutes les guignes ;

Et, mieux que s'il avait ses poches pleines d'or,

Les anges l'éventant de leurs ailes de cygnes,

Sous leur protection le vieux clochard s'endort.

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