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La voix argentée des cigales

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Une cigale à la voix d’or… ? Mais ça n’existe pas ! Chacun sait qu’une cigale, c’est gris. Tout gris pour qu’on ne la voie pas sur l’écorce des arbres. La cigale est grise comme une broche en argent. Et quand elle frotte ses élytres, c’est à dire ses ailes, l’un contre l’autre pour chanter, le chant de la cigale a forcément la couleur des élytres ! La cigale n’a donc pas une voix d’or, mais une voix grise comme ses élytres, une voix d’argent.

Il existe un pays lointain, où les Cigales enfants ont une voix légère, à peine argentée, un peu transparente comme leurs élytres. Chez les jeunes filles, le chant devient brillant, lisse et satiné. Plus tard, la voix se patine, elle brille plus doucement, avec sagesse. Puis en vieillissant, toutes les Cigales ont une voix plus forte, peut-être à force d’avoir grondé leurs rejetons, ou peut-être à cause des soucis. Et quand elles sont arrière-grand’mères, elles prennent une voix rauque et dure, leur chant a parfois des ratés, mais elles chantent quand même pour bien montrer qu’elles sont encore actives.

 

Une Cigale paresseuse

Or il était une fois une petite Cigale pas tout à fait comme les autres. Elle avait pourtant deux élytres en bonne place. Tout de suite après sa naissance, ses parents, comme il est d’usage, avaient frotté doucement les deux élytres l’un contre l’autre pour s’assurer qu’ils fonctionnaient bien. La petite Cigale avait tout ce qu’il fallait pour prendre bientôt sa place dans le chœur de chant familial.

Seulement voilà, petite Cigale était un peu paresseuse.

Quand elle eut l’âge de suivre des cours de chant – les cours de chant,joli lib des Cigales sont très importants, c’est ce qui leur permet d’harmoniser leurs voix pour que l’ensemble soit beau et régulier… Donc, quand elle commença à suivre les cours avec les enfants de son âge, la petite Cigale trouva que ses élytres encore fins se fatiguaient. Et au lieu de s’appliquer sans penser à autre chose, elle commença à rêver. Si bien qu’elle ne fit guère de progrès.

- Tu chantes faux ! lui dit un jour la maîtresse Cigale. Va donc te mettre tout au bout du rang, pour ne pas déranger les bonnes élèves !

Si elle fut un peu vexée, la petite Cigale ne le montra pas. Elle alla se poser tout au bout de la branche et décida de paresser au soleil, sans rien faire d’autre. Et quand le soleil s’éloignait, elle se déplaçait avec lui, sans se soucier du chœur de chant.

 

Cigale à l'école buissonnière

A quelque temps de là, les parents voulurent vérifier les progrès de la petite Cigale. Mais elle fut incapable de chanter ! En regardant bien, les parents virent que ses élytres ne s’étaient pas fortifiés comme ils auraient dû le faire sous l’effet du chant. Ils étaient restés tout fins et fragiles, encore transparents comme de l’eau. Et, avec le soleil, ils avaient pris des reflets dorés inconnus dans la famille Cigale.

- Ce n’est pas là notre fille ! dirent les parents. On nous l’aura changée en nourrice !

- Pourtant, dit la grand’mère, je reconnais là une petite griffure qui est bien de la famille…

Si on ne l’avait pas changée en nourrice, on ne voyait pas comment expliquer cette incapacité à chanter chez une petite Cigale. Et on ne savait pas non plus ce qu’il fallait faire. Comme le temps pressait, la famille se remit à chanter et laissa la petite Cigale à son école buissonnière… La petite Cigale paresseuse se promena beaucoup avec le soleil. Ses élytres devinrent de plus en plus dorés et elle prenait plaisir à les lisser tout doucement pour les faire briller.

Une voix inconnue

Un jour qu’elle était ainsi occupée à se faire belle, elle entendit un petit crissement. Sûrement c’étaient les élytres qui commençaient à chanter tout seuls. La petite Cigale, recommença, insista, écouta sa voix… « Pourquoi la maîtresse Cigale disait-elle que je chante faux ? » se demanda-t-elle. Moi je trouve que ma voix est jolie… Bien sûr, ce n’est pas du gris argent comme celui de mes sœurs ! C’est plus clair, peut-être un peu jaune… » Et elle continua à chanter rien que pour elle-même, tous les jours.

Quelque temps après, il se mit à faire très chaud. Toute la famille Cigale redoubla d’ardeur pour chanter. Si bien qu’on ne s’entendait plus.

Afficher l'image d'originePour s’entendre chanter, la petite Cigale devait maintenant attendre la nuit. Une fois toute la famille endormie, dans le silence, elle pouvait entendre la délicate chanson de ses élytres qui devenait de plus en plus jolie.

Or une nuit qu’elle était appliquée à frotter ses élytres, le chant qu’elle entendait prit une couleur nouvelle. Il était fin comme du cristal, agile comme un ruisseau, léger comme un oiseau... Bientôt vinrent des vocalises inconnues. C’était si beau qu’elle n’en croyait pas ses oreilles !A force de chanter, elle s’endormit de fatigue.

La voix d'or

Le lendemain, elle crut avoir rêvé. Pourtant, la nuit venue, elle s’installa confortablement sur une branche et se remit à frotter patiemment ses élytres. Le temps lui parut long. Puis elle entendit une petite voix timide, un peu dorée. Elle reprit courage et redoubla d’activité.

Mais ses élytres commençaient à lui faire bien mal. Elle allait s’endormir d’épuisement, quand elle reconnut le chant de la nuit précédente. Enfin ! Ses élytres s’activaient de plus belle… C’était uneAfficher l'image d'origine voix d’or comme aucune cigale n’en avait jamais eu ! Chaque nuit, la petite Cigale s’appliqua à frotter ses élytres d’or. Le chant était toujours plus beau. Mais elle ne sut jamais… que la chanson qu’elle entendait avec bonheur n’était pas celle de ses élytres… C’était le chant d’un rossignol amoureux, tout en haut de l’arbre, qui chantait pour sa bien-aimée…

Tag(s) : #contes et légendes

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