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Publié par Pierre Thevenin


 

Si vous êtes un lecteur habituel du Dix Vins Blog, le nom de Fabrice Devésa ne vous est pas inconnu. Elsapopin nous a effectivement régalés, il y a peu, de quelques articles signés de sa main.

Ce qui frappe d'abord dans lesdits articles comme dans ses poèmes et ses chansons, c'est sa profonde humanité. D'aucuns diront que l'on ne fait pas de bonne littérature ou de bonne poésie avec de bons sentiments. Fabrice nous prouve le contraire.

Pour son CD, le seul qu'il ait enregistré jusqu'ici (mais je crois savoir qu'un deuxième est en préparation), côté musiciens, il a mis le paquet (ils ne sont pas moins de 13 sans compter Fabrice lui-même, au chant et à la guitare, et le chœur des enfants du conservatoire de Saint-Étienne). Un album tous publics, même si certaines chansons ont nettement une intention pédagogique destinée aux têtes blondes, comme « Les jours de la semaine » :

" Lundi Mardi Mercredi …

Ce sont les jours de la semaine

Qui se promènent qui se promènent

Entre les maux et les poèmes "

(« Les jours de la semaine »).

Mais parfois une pédagogie qui ne serait sans doute pas du goût de certains enseignants quelque peu « coincés » :

" Il a dans son cartable, des crayons fabuleux

Qui habillent le monde de clartés boréales …

Loin du vieux tableau noir il s'évade souvent

Pour rejoindre l'azur, plonger dans l'infini

Oubliant son école et ses larmes d'enfant

Il efface en silence les murs gris de l'ennui "

 

(« L'écolier », la chanson-titre ; coucou, Prévert ! »).

 

Toutes les chansons « instructives » ne sont pas des comptines pour apprendre à nommer les choses de la vie : contrairement à ce que l'on pourrait croire, « L'alphabet » n'est pas un abécédaire mis en musique, c'est beaucoup plus que cela :

" Il y a bien longtemps déjà

Dans le cœur d'un vieil alphabet

Les lettres jamais ne cessaient

De se battre se lapider "

puis, après mille et une vicissitudes,

" les mots se remirent tous

À chanter

Fraternité

Égalité et Libertés

En mots mêlés "

Avis à tous les bambins de bonne volonté qui arriveront peut-être à faire mieux que leurs aînés ! Dans le même registre, il y a également « La laïcité », une profession de foi (si l'on peut dire) pour le respect, la tolérance envers les fidèles de toutes croyances :

« Elle défend pour ses enfants

Le droit d'exprimer leurs idées ».

Le fanatisme ne passera pas !

Quelquefois, il joue avec les sonorités, le principe même de beaucoup de comptines :

" Dans la forêt de Loulalie, oui, Loulalie

Vivait un loup qui s'appelait le loup Lully "

(« Le loup Lully »)

Avec un nom pareil, comment l'animal ne serait-il pas musicien ?

Deux textes sont dédiés à ses rejetons : « À Chloé »

"  Papillon, jeune pousse, quand tu es dans mes bras,

Je me sens un géant quand tu me dis : Papa ! "

« Petite princesse », à Mathilde » : 

" Quand tu t'abandonnes au vent de la nuit

Le marchand de sable est-il ton ami

Vers quels horizons t'entraînent les fées

Où est le royaume dont tu as la clef ? "

et un troisième à « Maxence », un garçon atteint d'une maladie dégénérative qu'il aide en payant de sa personne et de ses deniers (vente de disques et spectacles) :

« Petit lionceau blessé par le destin …

Le courage porte un prénom :

Maxence »,

Fabrice a plusieurs recueils de poèmes à son actif. Deux textes de l'album, «Le temps » et « La vieille dame de Noël» sont extraits du livre intitulé « Le temps des rêves ». L'un et l'autre peuvent être lus à différents niveaux : les merveilles d'Alice dans la première

" Il court, il court, le lapin blanc

Lorsque défilent les secondes "

sont aussi pleines d'enseignements pour les grands. Et la magie du 25 décembre avec, aux côtés de la mamie, la « Babouchka, Mère Noël de Russie » ( notre ami n'est pas conteur pour rien ), la vieille à bout de vie qui, aux douze coups de minuit,

« contemple une photo,

L'image d'un sourire et d'un mariage heureux.

Papy s'en est allé la regarder d'en haut,

Elle désire le rejoindre et elle ferme les yeux ».

Tous les poèmes sont datés. Celui-ci est, évidemment, de décembre (1998). L'âge qui avance a une signification différente pour les grands et les petits mais tout le monde s'émeut à l'évocation des souvenirs, les uns parce qu'ils se sentent projetés dans leur passé, les autres se transportant dans un ailleurs qui ne leur est pas encore familier mais qui les touche parce que toute vie est une histoire, plus belle encore lorsqu'elle est racontée par les rides d'un visage.

Le recueil « Le temps des rêves » a une couverture bleue et la teinte revient souvent au détour d'un vers ou dans un titre :

Au fond de son château à la porte fermée

Les musiques saignaient sur sa vie chardon bleu «

(« La petite voix », une princesse recluse qui s'extrait peu à peu de sa solitude).

Ou encore  « Dans le bleu de ses yeux », « Souvenirs bleus de mes vacances ». Rien n'est plus désespérant que « Les journées sans couleur » : 

Des coups de poing en l'air, des révoltes sans cri 

… « des nuits sans étoiles, arcs-en-ciel délavés

Passés à la machine dans cette société ».

Du reste, deux chansons traitent également le thème des couleurs : « Les lutins des couleurs »

« Ils savent la beauté

Des couchers de soleil

Les gammes nuancées

Et ses reflets vermeils »

et une autre, elle aussi, comme le titre l'indique, tout à fait à l'opposé, « Sans couleur »

« Où est passé l'artiste

Qui peignait le décor ?

Que tout me semble triste

Que tout me semble mort ! »

On ne trouve guère de coups de gueule, en tout cas pas de coups de gueule stériles, dans les vers de Fabrice, il voudrait changer les couleurs du temps et il le fait avec un optimisme presque jamais démenti. Ses poèmes sont classés par rubrique, avec, bien sûr, des passerelles de l'une à l'autre. L'amour ne peut guère se dissocier de l'univers merveilleux. L'amour justement, se divise en deux sous-parties : « Le grand amour » et « L'amour (la famille) ». Dans l'une de ses chansons, il rend un hommage émouvant à son père qui lui a donné le goût de la lutte. Car il est engagé et cela transparaît dans tous ses textes. Engagement politique ( avec l'ambition non pas de faire carrière mais de contribuer à la construction d'un univers multicolore ). Engagement humain.

Bon courage, Fabrice, il y a du boulot !

Si vous voulez en savoir plus sur l'œuvre de Fabrice et sur ses spectacles, allez voir son site : fabricedevesa@yahoo.fr

Le prochain coup de cœur sera pour une chanteuse bretonne, Fabienne Marsaudon.

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