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La soif des oiseaux

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Cette année-là, il avait fait chaud, très chaud. Si chaud que même les oiseaux se taisaient. Tous les oiseaux, même les moineaux qui sont toujours bavards.

Pas le moindre chant qui aurait pu être une prière pour la pluie.

Pourtant on aurait eu bien besoin d’entendre le merle. Avec sa voix mouillée, il aurait pu nous rafraîchir. Mais les oiseaux avaient le gosier tout sec. Alors le silence s’était installé partout.

Il faut dire que les arbres aussi avaient soif. Ils n’avaient plus le courage de relever leurs feuilles. Ils les laissaient pendre tristement le long des branches. Et toutes les feuilles avaient pris un air froissé qu’on ne leur connaissait pas. Le soleil en profitait pour passer à travers et chauffer encore un peu plus.

Pas étonnant que les oiseaux aient disparu, ils ne trouvaient plus d’ombre dans le feuillage ! Et personne ne savait ce qu’ils étaient devenus.

On raconta que les oiseaux étaient allés tous ensemble jusqu’au ruisseau. Ça faisait un peu loin, mais au moins, là-bas, ils pourraient boire !

Hélas ! Le ruisseau aussi avait soif. Et un ruisseau qui a soif, personne ne peut rien pour lui. Alors il s’était gardé un peu d’eau, juste pour ne pas mourir. Et cette eau, il l’avait si bien cachée sous les pierres, que les oiseaux ne l’avaient pas trouvée. Ils étaient revenus chez eux avec leur soif…

Un été comme celui-là, on n’en avait jamais vu par ici. Est-ce qu’il allait durer encore longtemps… ?

Un dimanche, un insecte inconnu se mit à chanter, à chanter très fort. « C’est une cigale ! » dirent les gens. Pour venir chanter jusque chez nous, il faut qu’elle se soit perdue !

La cigale chanta tout le jour, accrochée à son arbre. Sa voix forte était chaude et même stridente, si bien que rien que d’entendre cette cigale, on avait encore plus chaud. On n’en sortirait donc jamais ?

« Il faudrait qu’il pleuve ! » disaient les gens. Mais la pluie avait dû se perdre en chemin, car on ne l’avait pas vue depuis des lustres.

 

Le merle a une idée

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Or, un matin de bonne heure, un merle avec un gros bec jaune, qui avait réfléchi toute la nuit à la situation, réussit à rincer son gosier avec une goutte de rosée. Il se racla un peu la gorge, et finit par retrouver l’usage de la parole. Enfin une parole de merle. C’est-à-dire qu’il se mit à chanter pour réunir tous ses amis autour de lui.

En quelques mots bien choisis, le merle expliqua son plan :

- Voici ce que nous allons faire, dit-il à l’assemblée des oiseaux. La nuit prochaine, nous veillerons à tour de rôle, pour surveiller l’arrivée de la rosée. Dès que le veilleur apercevra les petites gouttes d’eau dans l’herbe, il donnera le signal. Chacun ira vite se désaltérer, avant que le soleil ait séché toutes les petites gouttes.

En entendant le merle parler de la rosée, il sembla aux oiseaux qu’ils avaient déjà un peu moins soif. Ils voulurent répondre pour donner leur accord, mais aucun son ne sortit de leurs gosiers secs. Alors ils firent un signe de tête et écoutèrent la suite de toutes leurs oreilles.

- Dès que nous aurons bu, reprit le merle, commencera le voyage…

- Quel voyage ? essayèrent de demander les moineaux – mais toujours aucun son ne sortait de leur bec.

- Je donnerai le détail des opérations demain, conclut le merle qui sentait que sa voix s’en allait de nouveau.

Le lendemain, quand chacun se fut bien désaltéré dans la rosée, le merle donna les consignes à l’assemblée des oiseaux.

- Les hirondelles qui aiment les grands voyages, dit-il, partiront les premières. Elles connaissent le chemin. Elles iront jusqu’à la mer.

- La mer ! elles ont bien de la chance… Au moins elles pourront boire tout leur saoul, affirma un pinson.

- Tu parles sans réfléchir, répondit le merle. Tu ne sais pas que la mer est salée ?

- Alors, pour quoi faire aller si loin ? demanda une jolie fauvette grise.

- Parce que c’est au-dessus de la mer que se forment les nuages, voyons ! dit le merle avec impatience.

- Et comment sais-tu cela ? interrogea un gros pic-vert qui était jaloux du merle.

- Si vous écoutiez ce que dit la cigale, au lieu de vous plaindre de son chant, vous auriez tout compris !

 

En route !

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Après les hirondelles, partirent les gros oiseaux : les ramiers, les tourterelles, les pics-verts, les geais … Puis les merles, les rouges-gorges, les alouettes, les chardonnerets, les bouvreuils, les moineaux et les pinsons…

Le rossignol déclara qu’il ne voyagerait que de nuit, pour préserver la fraîcheur de sa voix. Quant au merle savant, il surveilla de près les opérations pour que personne ne se perde en chemin.

La cigale avait dit que, pour aller jusqu’à la mer, il fallait voler toujours tout droit à partir du grand châtaignier. Elle aurait bien aimé rester encore un peu dans ce nouveau pays, mais le merle avait su trouver les mots pour la convaincre de partir avec eux :

- Jolie Cigale, tu seras notre guide, avait-il dit. Tu voleras d’arbre en arbre et nous te suivrons grâce à ton chant !

- Je retrouverai ma famille ! ajouta la cigale, finalement heureuse de rentrer chez elle.

Tous les oiseaux n’iraient pas jusqu’à la mer, bien sûr. Chacun s’arrêterait quand il serait fatigué.

- L’important, avait assuré le merle savant, c’est de créer un relais.

- Qu’est-ce que c’est qu’un relais ? avait demandé étourdiment un pinson.

- Voyons, gronda le merle, c’est ce que tu fais tous les jours, quand vous vous répondez les uns aux autres tout le long du bois ! Chaque fois que l’un d’entre vous chante, les autres savent exactement où il est, pour lui porter secours en cas de danger.

- Comme ça, avait dit une hirondelle avant de s’envoler pour ce long voyage, il y aura des oiseaux postés tout le long de la route pour transmettre les messages.

 

Le retour des nuages

ils reviennent

Loin, bien loin de ce pays, les nuages qui jouaient à cache-cache au-dessus de la mer furent bien étonnés de voir arriver les hirondelles en plein été. Elles avaient si soif d’avoir voyagé sous le soleil qu’elles pouvaient à peine parler.

Alors les nuages se mirent en boule pour leur faire un peu d’ombre. Ils serrèrent leur boule si fort, que la pluie qui se cachait dans les nuages, ne pouvait plus se retenir. Elle arrosa les hirondelles qui ouvrirent leur bec pour boire enfin tout leur saoul…

Quand les nuages eurent entendu le récit des hirondelles, ils décidèrent de se mettre en route sur-le-champ. On n’allait pas laisser mourir de soif des oiseaux aussi courageux !

Les hirondelles étaient bien fatiguées. Elles se laissèrent porter par les nuages et, sans s’en apercevoir, elles s’endormirent dans leurs boules de duvet.

Heureusement, les oiseaux s’étaient postés tout de long de la route. Avec leur chant, ils guidaient le voyage des nuages. Et la nuit, pendant que les autres oiseaux se reposaient, le rossignol prenait le relais…

Chaque fois que les nuages entendaient la prière des oiseaux, ils se pressaient et se cognaient entre eux pour obliger la pluie à verser quelques gouttes à chacun.

 

L'oiseau de pluie

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Après ce long voyage, quand les oiseaux revinrent au pays, tous leurs petits s’étaient rassemblés, le bec ouvert pour boire la pluie… Les nuages se dégonflèrent tout doucement, pour ne blesser personne et arroser aussi les plantes et les arbres qui n’avaient pas pu faire le voyage.

En se dégonflant comme des ballons, les nuages réveillèrent les hirondelles qui s’étaient nichées dans leurs plis. Tout étonnées, les hirondelles demandèrent à leurs petits :

- Mais comment saviez-vous que la pluie arrivait ? D’habitude, c’est nous qui descendons vous prévenir…

- Pui-pui-pui-pui-pui-pui… se mit à chanter un oiseau inconnu. Je suis l’oiseau de pluie…pui-pui-pui-pui-pui-pui-pui… C’est moi qui fais tomber la pluie ! pui-pui-pui-pui-pui-pui…Tu n’aurais pas pu le dire un peu plus tôt ! s’écrièrent les oiseaux tous ensemble. Cela nous aurait évité un bien grand voyage…

- C’est que… je ne savais pas, répondit l’oiseau de pluie. Je suis tout petit, c’est la première fois que je chante ! pui-pui-pui-pui-pui-pui…

Depuis que l’oiseau de pluie avait commencé à chanter, la pluie ne cessait pas de tomber. Personne n’avait plus soif. Et les oiseaux n’arrivaient plus à sécher leurs plumes.

- Comment allons-nous faire, maintenant, pour arrêter la pluie ? se demandait le merle savant.

- Il faudrait fermer le bec à ce maudit oiseau de pluie ! cria le pic-vert.

Le gros pic-vert était très en colère parce qu’il ne trouvait partout que du bois mouillé. Il avait beau taper fort, le bois ne résonnait plus et son bec se collait dedans !

Quand l’oiseau de pluie entendit les menaces du pic-vert, il eut très peur. Il ferma son bec en le tenant très serré pour l’empêcher de s’ouvrir tout seul. Comme ça, pensait-il, la pluie s’arrêtera enfin !

En effet, quand elle n’entendit plus les « pui-pui-pui » du petit oiseau, la pluie cessa. Le soleil offrit aux oiseaux un bel arc-en-ciel de toutes les couleurs et la vie reprit son cours.

 

Au revoir l'oiseau de pluie ! 

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Maintenant que le beau temps était revenu, l’oiseau de pluie s’ennuyait. « Bientôt je ne saurai plus chanter ! » se disait-il. Alors il répétait dans sa tête ses « pui-pui-pui-pui-pui » qui avaient fait tomber la pluie, pour ne pas les oublier. Mais il les répétait seulement dans sa tête, sans ouvrir son bec, tellement il avait peur du gros pic-vert.

Un jour qu’il regardait le ciel, un joli nuage frisé comme du coton lui fit un clin d’œil… L’oiseau de pluie comprit. Il n’hésita pas une seconde. Il prit son élan et, d’un coup d’aile, il s’élança dans le ciel. A califourchon sur le petit nuage, en riant de plaisir, avec ses « pui-pui-pui-pui-pui...

Tag(s) : #contes et légendes

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