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Publié par P Thevenin

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Le vent

La princesse et le croque-notes

Je rejoindrai ma belle

Putain de toi

Le roi boiteux

La marine

Pauvre Martin

Les ricochets

A l'ombre du cœur de ma mie

Philistins

 

Si j'étais né avec quelques décennies de retard, je crois que j'aurais aimé découvrir Brassens à travers l'interprétation de Marie D'Épizon ou de « Malo », avant d'aller entendre les enregistrements de tonton Georges en personne.

Ils sont pléthore, ceux qui ont repris, ceux qui reprennent et ceux qui reprendront les œuvres du poète sétois mais il en est bien peu qui leur apportent autant de sensibilité et de vécu musical, bref qui donnent autant envie que les deux mentionnés ci-dessus.

Comme par hasard, l'un et l'autre albums ont été coproduits par l'association « Auprès de son arbre », gérée par Pierre Schuller, dont je vous invite à aller voir le site toutes affaires cessantes. Pour la modique somme de 8 euros, vous pourrez en plus recevoir toutes les deux semaines, par mail, un bulletin (voir en fin d'article). Ne manquez pas non plus, sur le livret du CD de « Malo » , la préface de Jean-Paul Sermonte, rédacteur en chef de la revue « Les Amis de Georges » : « Ecouter Jérôme Arnould et son groupe « Malo » , c'est s'offrir un instant précieux de poésie et de rythmes (qui semblent venir du fond des âges et qui résonnent au plus profond de nous) ». Vous pouvez également vous abonner aux « Amis de Georges », la revue paraît tous les deux mois et ça vaut la peine (voir également à la fin).

Marie D'Épizon a déjà eu droit à son coup de cœur, le 21 mars 2015. Place, donc, à « Malo ». Ils sont 5 : Pierre Chevalier (clarinette), François Simitchiev (contrebasse), Stan Steïner (violon), Margaux Liénard, également violoniste mais qui, sur l'album, accompagne de la voix (sans fioritures mais avec une telle finesse !) Jérôme Arnould, chanteur et guitariste tout aussi talentueux.

« Malo » a enregistré aussi un album de compos et, auparavant, Jérôme Arnould, à la tête d'un autre groupe, « La Gargote », a produit trois albums. Pour aujourd'hui, je vous propose de nous limiter au CD consacré à Brassens. Concernant les autres, un peu de patience, vous trouverez sur le présent blog un deuxième coup de cœur, dans quelque temps.

 

Le livret comporte non seulement l'introduction de Jean-Paul Sermonte, des photos et le texte des chansons mais une biographie du maître et une étude passionnante de son écriture. Jérôme connaît le sujet mieux que personne puisqu'il est l'auteur d'une thèse de doctorat soutenue en 2004, intitulée « La clef des chants ou les chansons de Georges Brassens, du projet créateur à l'œuvre patrimoine » (titre un peu long, typique des travaux universitaires). Auparavant, en 1999, il a publié, aux éditions Arthémus, « Brassens et la camarde », qui était au départ un mémoire de maîtrise, « La ballade des cimetières ». Ouvrage malheureusement épuisé.

Le choix des 10 chansons n'a pas dû être facile. Il couvre toute la carrière du moustachu. Sans aller jusqu'aux titres posthumes. Encore que : « Le roi boiteux » ne figure pas sur les vinyls, seulement dans l'intégrale en CD mais chanté par Brassens lui-même. L'auteur de ce texte savoureux s'appelait Gustave Nadaud. Dudit, Brassens a également mis en musique « Carcassonne » qu'il a ensuite pastiché avec « Le nombril des femmes d'agent ». Outre Nadaud, Paul Fort est présent sur l'album de "Malo" (« La marine »), de même que Jean Richepin, pas avec « Les oiseaux de passage », plus connu et plus repris, mais avec « Philistins ». Nous y reviendrons. Comme « Philistins », certaines chansons n'ont sans doute pas été chantées par grand monde. Je pense en particulier à « Je rejoindrai ma belle » et « Les ricochets ».

Les cinq membres de « Malo » sont des virtuoses mais en aucune façon des « m'as-tu entendu », de ceux qui utilisent Brassens pour faire de la musique. Eux, c'est exactement l'inverse. Ils usent de leur art pour habiller les mots et les notes du maître. Quand la chanson se prête à un swing effréné (« Putain de toi » ou « La marine »), ils y vont franco, nous offrant des ponts somptueux, tantôt à la clarinette, tantôt au violon, et prolongeant la chanson bien au-delà du dernier couplet. Pour celles qui, au contraire, appellent la sobriété, Jérôme chante presque a cappella, avec une « pompe » discrète. (« Le roi boiteux »). Les effets sont toujours bienvenus (dans « Le vent », les trilles, au début , donnent le frisson) et ils n'ont, surtout, rien de systématique. Si le rôle du contrebassiste est toujours quelque peu ingrat, il n'en est pas moins indispensable. Qu'eût été Brassens privé de Pierre Nicolas ? Dieu merci, François Simitchiev a l'occasion de se mettre en avant, avec son archet, dans « A l'ombre du cœur de ma mie », une autre chanson qui n'a pas tenté beaucoup de « repreneurs ».

Une chose capitale est à noter : les musiques de Brassens sont respectées, ce qui n'est pas toujours le cas chez les interprètes. Les chansons n'auraient sans doute pas connu le même succès sans elles. Brassens était, certes, un grand, un très grand poète, mais aussi un incomparable mélodiste, n'en déplaise à certains esprits chagrins. Vous essaierez de fredonner du Biolay!

Du fait qu'il y a deux chanteurs et que leurs timbres éminemment expressifs se complètent à merveille, on a souvent droit à une deuxième voix, ce qui enrichit musicalement les chansons. C'est surtout net dans « Putain de toi » où Margaux, par moments, chante seule la deuxième voix. D'autres fois, les deux chantent à l'unisson (« La princesse et le croque-notes »), en alternance ou ensemble.


 

Si l'album s'achève brutalement sur un mot de Richepin , « Poètes », ce n'est pas un hasard. Les 5 compères (ou 4 + 1 commère, n'y voyez aucune intention péjorative) ont voulu finir avec « Philistins » sans prolongement instrumental. Avec ce mot de la fin, tout est dit.

Merci, Malo !

 

Adresses promises, adresses dues :

« Auprès de son arbre » : mairie de FOULAYRONNES 47510 : vous pouvez commander l'album à cette adresse, aller sur le site www.malomusic.fr, contacter directement Jérôme ou encore l'acheter chez un disquaire (tant qu'il en reste).

« Les Amis de Georges » : 13 avenue Pierre Brossolette 94400 VITRY-SUR-SEINE. La revue paraît tous les deux mois. L'abonnement est de 38 euros.

Dans l'un comme dans l'autre, il n'est pas question seulement de Brassens, même s'il y tient évidemment une place de choix, mais de la bonne chanson en général.

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