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Publié par Y. Moyne

Afficher l'image d'origineC’était une petite fille toujours gaie. Elle était si gaie qu’elle chantait tout le jour. Elle ne sortait jamais sans sa chanson. Quand elle chantait, ses longues tresses blondes se balançaient dans son dos, tellement elles étaient contentes.

Or un jour qu’elle était allée tout au fond du jardin caresser le muguet pour voir s’il avait sorti ses clochettes, une grosse bête toute velue frôla sa main. La petite fille eut si peur qu’elle laissa tomber sa chanson et s’enfuit en courant.

Elle ne revint jamais dans le jardin. La chanson perdue resta bien cachée sous les feuilles du muguet, à l’ombre du tilleul. Et toute la maisonnée devint triste.

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Un papillon complaisant

 

 

LES PAPILLONSA quelque temps de là, un papillon couleur de feu s’amusait près du tilleul. Il voletait de feuille en feuille, et chatouillait les clochettes du muguet qui soupiraient d’aise.

- Joli papillon ! dit une petite voix qu’il ne connaissait pas, aide-moi à retrouver la petite fille qui m’a perdue ! Ici il fait froid, le muguet est gentil, mais je m’ennuie… J’ai besoin de courir par les chemins au soleil !

- Qui es-tu donc ? demanda le papillon couleur de feu.

- Je suis une chanson… une chanson perdue… Je ne suis plus à personne et personne ne me connaît !

Le papillon n’avait jamais vu de chanson. Aussi était-il bien embarrassé.

Alors les clochettes du muguet lui dirent toutes à la fois :

- Toi qui sais voler, tu devrais prendre la chanson sur tes ailes… Ensemble, vous retrouverez la petite fille !

La chanson n’hésita pas. Elle sauta sur les ailes du papillon. Et tout de suite elle se sentit réchauffée par la belle couleur de feu.

Avec la chanson, le papillon se sentait encore plus heureux. Mais la voix de la chanson était si fine, si timide, qu’il était seul à l’entendre. Il demanda à la chanson :

- Tu ne pourrais pas chanter un peu plus fort, comme les oiseaux ?

- Hélas ! Je suis encore triste d’avoir été abandonnée… Je voudrais retrouver la petite fille que j’aimais tant. Elle saurait me redonner la joie que j’ai perdue !

- S’il le faut, dit alors le papillon, nous parcourrons le monde entier pour la retrouver…

- Oh ! le jardin suffira…, dit la chanson.

C’était bien ce que voulait dire le papillon. Et il ajouta :

- Accroche-toi bien sur mes ailes, car nous allons voler sérieusement.

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Le grand voyage

 

 

LES PAPILLONSEn fait de voler sérieusement, ils zigzaguèrent ensemble à travers les massifs de fleurs, car les papillons ne connaissent guère la ligne droite. Ils arrivèrent jusqu’aux iris, qui faisaient une grosse tache presque violette au milieu du jardin.

- Connaissez-vous une petite fille avec de longues tresses blondes ? demanda le papillon à un grand iris qui avait un air de gendarme au garde-à-vous.

- Les petites filles ne viennent pas dans le massif ! répondit le grand iris. Le jardinier l’a défendu. D’ailleurs, nous ne le permettrions pas !

Les buissons de roses ne furent pas plus aimables :

- Tu me gênes avec ta chanson ! dit une rose rouge sur laquelle se posa le papillon. Tu n’entends pas ces vibrations de tes ailes orange… elles empêchent mon rouge de s’épanouir !

- Tu froisses mes pétales, alors que je les ai si bien lissés ! dit une autre aux joues bien roses.

Une rose jaune, un peu moins fière, ajouta :

- Les petites filles ne viennent jamais près des rosiers : elles se piqueraient sur nos épines !

Le papillon était de plus en plus embarrassé. Quand il avait promis à la chanson de retrouver la petite fille aux tresses, il ne savait pas que ce serait si difficile. Découragé, il oublia de voler tout droit et se remit à zigzaguer dans le jardin.

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L'avis de Dame Marguerite

 

Afficher l'image d'origineIl aperçut un lys qui se faisait de plus en plus blanc au soleil. Le papillon vint se reposer un instant sur son calice. Il y faisait si bon que la chanson reprit quelques couleurs qui chatouillèrent le calice. Tout heureux, le lys dit alors au papillon :

- Tu devrais aller plutôt de l’autre côté du jardin, là où il y a de l’herbe. Les marguerites auront sûrement vu la petite fille !

En se posant sur une marguerite, le papillon faillit manquer son atterrissage à cause d’un pétale qui manquait. La chanson qui s’était assoupie sur ses ailes fut réveillée en sursaut.

- Je connais cette chanson ! dit la marguerite. C’est celle d’une petite fille blonde qui m’a arraché un pétale en jouant. J’ai dû la gronder pour qu’elle ne les enlève pas tous !

- La petite fille aux tresses… Où est-elle ? demanda la chanson.

- Je l’ai peut-être grondée un peu trop fort, répondit la marguerite, car je ne l’ai jamais revue depuis qu’elle emporté mon pétale. C’est dommage, je l’aimais bien…

Après un instant, la marguerite ajouta :

- Tenez, prenez un autre pétale. Vous le donnerez de ma part à la petite fille… Peut-être qu’elle reviendra me voir !

La chanson prit le pétale de marguerite entre ses doigts. Et le papillon vola d’un seul trait jusqu’à la maison.

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Le concert des oiseaux

 

Afficher l'image d'origineQuand le papillon se posa sur la vitre, la chanson appela la petite fille. Mais sa voix était bien trop faible. La petite fille triste ne l’entendit pas. Alors la chanson dit au papillon :

- La petite fille aux tresses m’a oubliée. Je n’ai plus qu’à retourner près du muguet…

Heureusement, un moineau qui picorait par là avait tout entendu. Vite il était allé raconter toute l’histoire à ses frères…

Quand les clochettes de muguet virent arriver la chanson tout en larmes, elles lui dirent :

- Jolie chanson, ne pleure pas ! Regarde, tous les oiseaux sont venus dans le tilleul. C’est eux qui te porteront jusqu’à la petite fille…

Le lendemain matin, le concert des oiseaux réveilla la petite fille aux tresses. Avec le coucou pour chef d’orchestre, les merles du cerisier chantèrent chacun un couplet. Les fauvettes, perchées sur un tronc de houx, se chargèrent de l’accompagnement. Et les pinsons, sur le bord de la fenêtre, reprirent le refrain tous ensemble. Le rossignol qui avait accepté de rester éveillé en plein jour, prêta sa voix pour fêter l’événement.

La petite fille aux tresses ouvrit sa fenêtre. Alors le papillon couleur de feu déposa la jolie chanson sur sa bouche. Depuis ce jour la petite fille n'perdit plus jamais sa chanson.

Contes et légendes - Yolande Moyne : La chanson qui s’était perdue

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