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Publié par Yolande Moyne

Afficher l'image d'origineJacquot était un perroquet très beau et très savant. Très beau parce qu’il était vêtu de rouge, de jaune et de vert, avec de longues plumes épaisses et douces. Très savant parce que les deux enfants, Phil et Sophie, lui apprenaient tous les jours des mots nouveaux.

Jacquot parlait quatre langues. Il disait : « Bonjour ! » le matin…, « Ciao ! » en italien quand quelqu’un partait…, « Please ! » en anglais pour demander quelque chose… Et « Danke ! » en allemand pour remercier.

Jacquot adorait les mots compliqués. Le soir, quand les enfants récitaient leurs leçons, il leur soufflait les mots difficiles. Par exemple : « attribut » …, « mâchicoulis »…, « vertébrés »…ou même « hypoténuse » ! Il y avait un mot que tous les visiteurs aimaient lui faire répéter. Ce mot savant, c’était « Phi-lo-so-phie » ! Mais personne ne se doutait que, en disant « Philosophie », Jacquot appelait les deux enfants… « Phil… et Sophie » !Jacquot n’était pas seulement savant.

Il était aussi très heureux. Il était heureux parce qu’il était savant. Et aussi parce que Phil et Sophie l’aimaient beaucoup. Ils ne manquaient jamais de le caresser pour lui dire bonsoir, avant de le mettre dans sa cage pour la nuit.

 

Une visite pour Jacquot

Jacquot était devenu célèbre dans tout le quartier. Un jour, une commère voulut savoir si ce perroquet était vraiment savant. Elle vint à la maison, embrassa les deux enfants, et caressa Jacquot. Et elle lui dit plusieurs fois :

- Je m’appelle Ernestine… Ernestine, tu te rappelleras ?

Mais Jacquot avait l’air de bouder. Il ne disait rien et la commère fut très vexée. Alors Phil dit à l’oreille de Sophie :

- Il ne l’aime pas… Ca doit être parce qu’elle sent la suie… la suie noire de son fourneau !

Or dès que la commère fut partie, Jacquot se mit à répéter :

- L’Ernestine ! L’Ernestine ! L’Ernestine !

- Eh bien quoi, l’Ernestine ? dirent les enfants en même temps. Qu’est-ce qu’elle a, l’Ernestine ?

- …sent la suie ! …sent la suie ! répondit Jacquot.

Afficher l'image d'origineLes enfants furent pris d’un grand fou rire. Puis ils comprirent pourquoi Jacquot était si savant … Il avait l’oreille fine ! Et il écoutait tout ce qu’on disait, même quand on se parlait tout doucement ! Ils expliquèrent à Jacquot qu’il ne fallait pas répéter ça, parce que c’était un secret.

- Un secret ! Un secret ! cria Jacquot…

Il était tout heureux de ce nouveau mot.

 

Jacquot professeur

Quelque temps après, la commère revint voir le perroquet. Quand elle entra dans la maison, Jacquot se mit à crier :

- L’Ernestine ! L’Ernestine ! L’Ernestine !

Les enfants arrivèrent en courant. Et Jacquot, qui avait bien compris sa leçon, dit tout doucement :

- Le secret…, le secret !

La commère fut très flattée. Jacquot l’avait reconnue. Et il se rappelait son nom ! Vite elle retourna chez elle… Et elle revint aussitôt. A son retour, elle rapportait quelque chose dans son tablier. Ce quelque chose, c’étaient deux jolis oiseaux gris, presque bleus. C’étaient des perruches. La commère dit à ses perruches :

- Vous jacassez toute la journée pour rien… Et vous n’entendez jamais ce qu’on vous dit ! Tâchez d’écouter ce perroquet… Il vous apprendra des choses très savantes !

Avant de partir, elle ajouta :

- Perruches ! Vous reviendrez à la maison quand vous saurez parler quatre langues… comme Jacquot !

 

Jacasses !

Afficher l'image d'origineLes deux perruches regardèrent autour d’elles. Elles virent le perroquet, haussèrent les épaules

et recommencèrent leur bavardage. À son tour, Jacquot regarda les perruches. Il attendit la fin de leur discours… Mais elles parlaient toujours ! Très mécontent, il se mit à crier plus fort que les perruches :

- Jacasses ! Jacasses ! Jacasses !

On ne s’entendait plus. Les enfants ne pouvaient plus apprendre leurs leçons. Sophie dit au perroquet :

- Jacquot ! Tu pourrais être un peu plus gentil… Elles sont très jolies, ces perruches ! Et puis elles ont une jolie voix…

Et Phil ajouta :

- Elles disent peut-être qu’elles sont perdues… Il faut leur laisser le temps de s’habituer…

Mais Jacquot ne voulut rien entendre. Il se mit à crier tous les mots qu’il savait, tous à la suite :

- Ciao ! Vertébrés ! Mâchicoulis ! Philosophie !

Son discours n’avait plus de sens. Et sa voix devenait de plus en plus vilaine, elle était tout éraillée… Pour le faire taire, les enfants décidèrent de le mettre au lit de bonne heure. Une fois dans sa cage, Jacquot se mit à bouder… Le lendemain, Jacquot fut réveillé par le bavardage des perruches. Aussitôt il recommença à crier :

- Jacasses ! Jacasses ! Jacasses !

Comme il ne voulait pas se taire, il fut puni : personne n’ouvrit sa cage. Toute la journée, le perroquet bouda pendant que les perruches bavardaient. Les jours suivants, les enfants caressèrent les perruches et s’amusèrent de tous leurs bavardages. Et ils oublièrent un peu leur perroquet.

 

Jacquot boudeur

Un matin, Sophie trouva que Jacquot avait mauvaise mine. Elle ouvrit la cage, mais il ne voulut pas sortir. Il se tassa tout au fond, pour qu’elle ne puisse pas le caresser. Elle essaya bien de lui parler, de lui dire qu’elle l’aimait toujours… Jacquot n’écoutait pas. Il paraît même qu’il essayait de se boucher les oreilles avec ses ailes, pour ne rien entendre…

Phil s’approcha et dit :

- Tu sais, peut-être qu’il est jaloux !

Sophie prit sa plus jolie voix et demanda au perroquet :

- Tu es jaloux, Jacquot… ?

Comme il ne répondait pas, elle répéta :

- Tu es jaloux… ? Jaloux… ? Jaloux… réponds-moi !

Tout à coup, Jacquot se retourna et se mit à dire :

- Pas jaloux… Jacquot ! Pas jaloux… Jacquot !

Alors on ne s’inquiéta plus et on le laissa bouder, tout seul au fond de sa cage.

Afficher l'image d'origineAu bout de quelque temps, l’Ernestine vint voir ses perruches. Comme les perruches n’avaient rien appris, la commère les gronda très fort. En entendant cette grosse voix, les perruches allèrent se cacher sous un fauteuil…

Quand la commère fut partie, les enfants appelèrent les perruches tout doucement…. Tout doucement… si bien qu’elles finirent par montrer le bout de leur bec. Comme leur plumage était doux à caresser ! Les enfants jouèrent avec elles et oublièrent Jacquot tout à fait.

 

Jacquot était malade...

L’hiver arriva. On s’aperçut que Jacquot était malade. Il avait perdu toutes ses belles couleurs. En regardant de plus près, les enfants virent que Jacquot n’avait pas perdu seulement ses couleurs…, il avait perdu aussi ses plumes ! Comme il leur tournait le dos, il ne savait pas que Sophie et Phil le regardaient. Et, avec son bec, il arrachait lui-même ses dernières plumes…

Jacquot était très malheureux. Tout doucement, les enfants lui parlèrent…

Personne n’entendit ce que dirent Phil et Sophie. Mais après un grand moment, Jacquot se retourna pour les regarder. Il avait un regard tout triste… et il grelottait. Il réussit à dire, avec une petite voix, si petite qu’on ne la reconnaissait pas :

- Pas Jaloux… Jacquot ! Jacquot !

Afficher l'image d'origineSoudain les enfants comprirent… À force de rester seul et de bouder, Jacquot avait oublié le sens des mots… Lui, le perroquet qui parlait quatre langues, ne savait plus ce que voulait dire le mot « jaloux »… Il avait cru que c’était un autre nom de perroquet… Et comme il ne voulait pas s’appeler « Jaloux », il avait dit bien fort :

- Pas Jaloux… Jacquot ! Ce qui voulait dire : « Je ne m’appelle pas « Jaloux ». Je m’appelle « Jacquot’ » !

Les enfants prirent une grande décision. Phil dit gentiment aux deux perruches :

- Vous êtes drôles, mais bien bavardes… Jacquot a besoin de repos. Retournez chez l’Ernestine et dites-lui que vous ne deviendrez jamais savantes. Il vous suffit d’avoir une jolie voix…

Et il ouvrit tout grand la fenêtre…Les perruches se posèrent sur le bord de la fenêtre… Là, elles restèrent silencieuses, puis elles regardèrent les enfants… Elles ouvrirent le bec… Mais comme elles n’arrivaient pas à dire « au revoir ! », Jacquot se tourna vers elles et chanta d’une petite voix douce :

- Ciao !

Sophie prit dans ses bras le perroquet. Elle le caressa tout doucement pour le réchauffer, puis elle l’installa sur un coussin, près du feu. Les enfants ouvrirent leur livre pour apprendre leur leçon…

Un peu plus tard, pendant qu’ils récitaient la fable du Corbeau et du Renard, comme ils ne trouvaient plus les mots de Renard, ils entendirent une petite voix qui soufflait :

- …votre ramage… votre ramage… !

Jacquot était en train de redevenir un perroquet savant.

Depuis que le printemps est là, il paraît que Jacquot a retrouvé ses plumes. Ce sont encore de petites plumes, mais, comme les enfants les caressent tous les jours, elles poussent bien et elles ont déjà de belles couleurs de perroquet…

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