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Au terme de l'année 1889, il en était convaincu : il lui faudrait d'abord ouvrir une autre usine, moderne, fonctionnelle, infiniment plus grande, Cours Fauriel, le premier coup de pioche n'était pas encore donné, d'où surgirait la Manufacture Française d'Armes, véritable Versailles de l'ère industriellePourtant, Etienne Mimard l'avait, peu à peu, édifié dans ses rêves.Tout allait si vite dans son esprit entreprenant : au sérieux et à la compétence, il ajouta l'aptitude à saisir l'air du temps.

 

Afficher l'image d'origineTARIF ALBUM ET CHASSEUR FRANCAIS

Venu de Sens, dans l'Yonne, installé à Saint-Etienne fin 1883, il avait racheté deux ans après la Manufacture d'Armes de Chasse et de Tir de la place Villeboeuf. En 1887, après l'avoir mise au point, il produisit la nouvelle arme de chasse, le fusil sans chien à percussion centrale, adopté des Anglais sous le nom d'Hammerless.

Déjà deux certitudes l'habitaient : il fallait fabriquer des produits de qualité, au meilleur prix, et qui correspondaient à la demande de l'utilisateur. De ce fait , il importait de prévenir les désirs, d'aller au-devant du client potentiel.

Des lors, il envisagea la conduite à tenir : «  En 1889, en effet, au lieu de faire 20000 tarifs albums comme les années précédentes et de ne les envoyer qu'aux commandes qui nous étaient faites, je décidai de passer tout d'un coup au chiffre énorme pour l'époque de 300000 et d'en envoyer gratuitement à tous les chasseurs dont nous avions les adresses, c'est à dire presque à tous « .

Quatre ans auparavant, Etienne Mimard avait donné un nouveau souffle au «  Moniteur de la chasse et du tir « que publiait la Manufacture de Villeboeuf lorsqu'il la racheta.

Désormais, la revue portait un titre plus bref et plus évocateur : celui de «  Chasseur français « . Etienne Mimard, ainsi , entendait privilégier ceux qui s'adonnaient à ce sport, chaque saison plus nombreux à choisir ses articles.

1899 marquerait pour les chasseurs un grand millésime, puisque ce fut encore l'année où Etienne Mimard édita la synthèse des meilleurs articles imprimés à ce jour. L'anthologie, de près de 400 pages, s'intitulait «  Le Mémorial du Chasseur Français «.

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VULGARISER LES SPORTS DES CHAMPS

Ce premier volume d'un genre sans précédent se voulait aussi une œuvre collective, puisque bien des articles avaient été dirigés par des chasseurs eux-mêmes. D'emblée ce fut à une apologie des vertus auxquelles souscrivait Etienne Mimard que se livra le préfacier :

«  La chasse, la pêche, tous les sports, la vie en plein air enfin, voilà la vraie vie, la vie saine, la vie forte, celle qui fait des hommes, des soldats...Hélas ! Par une loi fatale de ce monde sublinaire, la lutte est la première condition de la vie ; la lutte enivre, elle stimule, elle donne du relief, de la couleur à l'existence, elle nous fait envisager comme un bien suprême une chose que quelques gens mal équilibrés considèrent comme désespérantes. Soyons donc forts pour être heureux, pour frapper ferme s'il en est besoin.

Endurcissons-nous, marchons beaucoup, travaillons... Le travail est une des formes de la lutte pour la vie ; le travail bien compris, bien réparti, coupé de mâles divertissements, a ses voluptés.

C'est pour répandre ces idées salutaires, c'est pour faire aimer la vie champêtre, pour vulgariser les sports des champs, que «  le chasseur français «  s'est fondé. "

Ainsi s'élaborait, d'une ligne à l'autre, la profession de foi, née dans la fusion d'une dose de Coubertin et de valeurs où se retrouvaient la France des villes et celles des champs. Si la chasse était reconnue comme une saine distraction, elle signifiait aussi autre chose dans l'esprit de la revue : l'entraînement en perspective de ces combats futurs qui rendrait à la France l'Alsace et la Lorraine Tout lecteur de l'époque déchiffrait le message, qu'il s'entendait rappeler dès la plus tendre enfance : il faudrait bien, un jour ou l'autre, laver l'affront de 1870.

Le livre se divisait en quatre parties qui, à divers titres, concernaient le chasseur : d'abord il y rencontrerait tout ce qu'il fallait savoir en matière de fusil, du choix de l'arme à celui de la poudre, en passant par le bois de la crosse et la pose de canons multiples. Il connaîtrait la théorie du recul et celle de la dispersion des plombs, la manière de tirer le lièvre ou la perdrix, la grive comme le lapin, l'alouette ainsi que le sanglier.

S'il était novice, de sages habitudes pour viser ou porter son fusil lui seraient fort précieuses. S'il était esthète, il apprécierait la façon dont une arme était ornée, en fonction de sa destination. Enfin, s'il était puriste, il approuverait la description détaillée de la fabrication maison, le fusil «  idéal «, que les auteurs, pour ne pas se livrer à une publicité criarde, avaient eu le bon goût de n’insérer qu'au milieu de cette première partie.

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Plus loin, une rubrique appelée , » plume et poil «  était faite des nouvelles, primées lors des concours organisés par la revue. Rien que des histoires courtes à lire à la veillée, quand les carreaux se nappaient d'une brume opaline, et que vareuse et bottes séchaient doucement près du feu grésillant.  

Une autre partie renfermait des recettes, déversait un flot de renseignements utiles, du plus attendu au plus incongru pour non-initié : entre l'art d'atteler les chevaux et celui d'éliminer les rats, la distance pouvait lui paraître aussi grande qu'entre la façon de cueillir des prunelles sauvages et de prêter attention à la diarrhée des chiens.

Quelques pages réservées aux «  variétés humoristiques «  , peu ou prou rattachées à la chasse, offraient un lot de boutades à une tablée garnie de rabelaisiens lurons, histoire de reprendre son souffle après un suprême et tonitruant refrain,,,de ce chant obligé, où il était question de 80 chasseurs.

Serge Granjon : Le chasseur Français : Florilège d'une passion - Saint-Etienne sous la III eme République
Tag(s) : #le roman de l'Histoire Serge Granjon

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