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Le pédagogue,un matin  de verglas,                                                            
Gaillardement s'en allait officier.
Soudain il chut sur son docte fessier,
Le pédagogue qui passait un peu là !
Le fait en soi n'avait rien d'alarmant,
On dut pourtant au spectacle sentir
La profession, c'est le cas de le dire,
Comme ébranlée jusqu'en son fondement.

Que faire pour un pédagogue tombé,
Sinon lui rendre une plus noble posture ?
Un homme valant son pesant de culture
 A l'air de quoi de la sorte exhibé ?
 Un philanthrope, authentique s'il en fut,
Agrippa le pauvre corps enseignant,
Étant donné la froidure régnant,
 Jouer des bras n'était pas de refus.

Si les efforts du bon Samaritain
Eurent sur lui-même un effet chaleureux,
Le résultat s'avéra moins heureux
Pour le bonhomme sur son popotin,
 Car ce dernier à la glace collait,
Et rien à faire pour l'en séparer,
 Dire qu'il avait pourtant le feu sacré
Mais hélas pas à l'endroit qu'il fallait !

Que faire pour un pédagogue figé
 Par le caprice d'un climat pervers ?
Les syndicats, alertés, se trouvèrent
Tout penauds de n'y pouvoir rien changer.
Un psychologue, penché sur la question,
 En fit le tour avec un si grand zèle
 Qu'on eût sans doute attendu le dégel
 Pour voir enfin poindre une solution.

Recours ultime, tous se mirent en prière,
Le p'tit père Combes, du fond de son tombeau,
Qui, en son temps, pourfendit les corbeaux,
Se garde bien de leur jeter la pierre!
Lui-même, sentant le péril en l'école,
Eût à leur place réuni sûrement
La sainte Eglise et le gouvernement,
Le temps, au moins, que notre homme se décolle.

Le Père céleste devait hiberner
Dans quelque petit coin de Paradis
Car aux suppliques, s'il les entendit,
Il opposa une absence obstinée.
Eût-il montré moins de désinvolture
Si la victime de ce glissant matin
Avait œuvré, pourquoi pas, en latin,
Sous les auspices de la cléricature ?

Bref, laissons là ces vaines conjectures,
D'autant qu'au fond il n'est pas impossible
Que le bon Dieu soit resté impassible
Parce qu'inexistant de par sa nature,
Revenons au pédagogue gelé
Sur le trottoir, au plus froid de janvier,
Qui, peu à peu, se prenait à envier
Tous les cons libres de déambuler,

Car c'est bien beau de se croire sur la terre
 Pour éduquer son prochain comme soi-même,
Encore faut-il que le corps soit à même
 De remplir ses fonctions élémentaires !
A cet égard, nul ne fait exception:
Les virtuoses de toute Académie
 Sont tributaires de leur anatomie
 Comme les parias de la corporation.

Alors, notre pédagogue en détresse,
Considérant qu'une saison sur le cul,
Ne valait guère la peine d'être vécue,
Se préparait à mourir de tristesse,
Lorsqu'une Muse lui passa par la tète
Et, gentiment, lui glissa quelques vers,
Histoire de l'aider à passer l'hiver,
A quoi ça tient, un destin de poète !

On découvrit quand avril fut venu
Un homme en rupture de pédagogie
Mais qui prit place dans les anthologies,
Tellement il s'était mis le coeur à nu,
 D'une réception, même, il connut l'éclat
Sous la Coupole où, en guise de discours,
Il déclama, c'était quand même plus court,
Un dithyrambe à la gloire du verglas.

L'heureuse issue de sa mésaventure
Incita d'autres donneurs de leçons
A se poser sur le moindre glaçon
Dans l'espérance d'une verve future ;
Certains, dit-on, demeurèrent une année
Sur la banquise à beaucoup grelotter,
Mais ils n'obtinrent, c'est a vous dégoûter,
 Pour résultat que d'être enchifrenés.

Crête - photo C Mourakopoulos

Crête - photo C Mourakopoulos

Tag(s) : #Poésies

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