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 Jean Paul clair- Mes souvenirs de Stéphanois - MOTO-BALL (3)

La partie se déroulait en 4 fois 20 minutes, avec une pause de 10 minutes entre chaque reprise. Après, les deux premières, les équipes changeaient de camp. Cette règle subsiste dans le moto-ball moderne.

Comme actuellement, le ballon pesait entre 800 g et 1 kilo et mesurait une quarantaine de cm de diamètre, il ne pouvait pas passer sous la moto protégée par le guide balle. Ce dernier formait une sorte de cadre tubulaire, avec à l’avant, à droite et à gauche, un quart de cercle où la balle venait en appui. Le joueur avec le pied à 45 degrés fermait cette sorte de niche, pour conduire le ballon qui roulait, puis il shootait ou faisait une passe à un partenaire suivant la nécessité du jeu. Les ressauts du terrain rendaient l’exercice particulièrement difficile. En plus de cela, le joueur adverse arrivait en sens contraire pour s’emparer du ballon.

A l’heure actuelle, le guide balle est une sorte d’anneau placé latéralement et verticalement le long de la moto, le joueur y maintient avec l’appui de son pied le ballon qui peut ne pas rouler et se trouver au ras du sol. Les parties étaient dirigées par deux arbitres, un pour chaque moitié de terrain. Ils étaient habillés de blanc et se déplaçaient au milieu des motos en véritables kamikazes. Il y a maintenant en plus deux juges de lignes, chaque club est tenu d’en fournir un.

Je revois l’un de ces arbitres, le célèbre Moreau, courant en claudiquant fortement. Ancien coureur motocycliste, il avait été victime d’un grave accident au vélodrome de Saint-Etienne. Cela lui avait laissé de lourdes séquelles. Quelques Stéphanois, sans aucune méchanceté, disaient de lui « il est complètement déclaveté ». Tout à son honneur, il faut signaler le record de la piste locale de la rue Denis Papin. Les plus grands champions de l’époque, venus de Paris ou d’ailleurs, n’avaient jamais pu le battre ni même l’égaler, mais aucun n’avait pris de risques comme lui. Sa popularité régionale était immense dans le milieu motard.

 Jean Paul clair- Mes souvenirs de Stéphanois - MOTO-BALL (3)
 Jean Paul clair- Mes souvenirs de Stéphanois - MOTO-BALL (3)

Je garde de lui un tout autre souvenir. A une époque où le camping-car n’existait pas, il s’était aménagé un véhicule. Je n’ai jamais su la marque, mais il s’agissait d’une voiture à caisse carrée d’avant la guerre. L’espace intérieur était plus que réduit malgré un élargissement d’un côté de la carrosserie. Cette modification n’échappait pas à l’œil puisque la petite lunette arrière caractéristique de ces modèles n’était plus au milieu !

Certains d’entre vous ont pu encore le voir dans Saint-Etienne, au moins jusque dans les années 70, sans savoir qui il était. Il circulait sur une moto

attelée à un side-car, avec son chien dans le panier. On pourrait même dire ses chiens successifs toujours identiques, un peu comme Kiki 1 puis 2 et 3 dans le film « Le Viager ». Les dernières années de sa vie, il avait opté pour une Honda de petite cylindrée, et un attelage plus léger.

L’équipe forézienne évoluait dans le groupe Sud, auparavant jusqu’en 1952 elle figurait dans le groupe Centre. Toutes les autres formations, se situaient dans le Midi. Je vais citer de mémoire avec certainement des omissions, Monteux, La Seyne sur Mer, Cavaillon, Carpentras, Marignane, Camaret, Nice. Elles n’étaient pas très éloignées les unes des autres, mais pour les Stéphanois, les déplacements étaient longs et coûteux.

 Jean Paul clair- Mes souvenirs de Stéphanois - MOTO-BALL (3)

Les ressources des clubs étaient bien minimes, et cela explique la disparition de certaines formations. Les dirigeants ne se contentaient pas d’être des bénévoles, bien souvent ils mettaient la main au porte-monnaie. Le président local ne dérogeait pas à la règle. D’autres fois leur activité leur permettait de faire bénéficier leurs protégés d’avantages en nature. A titre d’exemple, à Saint-Etienne, un dirigeant qui était imprimeur se chargeait des affiches et des décalcomanies. Chacun apportait ce qu’il pouvait. Les joueurs, de leur côté, assumaient tous leurs frais et s’ils en étaient capables se chargeaient de l’entretien de leur mécanique. A l’époque ce n’était pas encore très répandu, mais ceux qui possédaient une voiture assuraient le transport de leurs copains.

Disputer un match à l’extérieur n’était pas une chose simple. Le camion, avec les motos, partait plusieurs heures en avance, pour être sur place avant la rencontre. Les joueurs se regroupaient dans les véhicules disponibles, avec un départ matinal et quelquefois nocturne. Pour les trajets les plus longs, le voyage se faisait sur deux jours. Le parc automobile se limitait principalement aux 203, Arondes, Tractions, ce qui se faisait de mieux, malgré tout, en ce temps là. Parfois il y avait d’autres modèles moins répandus.

 Jean Paul clair- Mes souvenirs de Stéphanois - MOTO-BALL (3)

Le repas de midi était souvent pris à Piolenc, dans le Vaucluse, chaque fois que c’était possible en fonction de l’itinéraire. En ce lieu, un restaurant cuisinait un poulet au curry exceptionnel. Le culte de la tauromachie était fervent et de nombreuses photos et affiches tapissaient les murs. Je me souviens d’un autre établissement mémorable dans le Var, à Saint-Maximin la Sainte-Beaume, le rosé était servi dans des verres d’une capacité hors du commun.

Toutes ces rencontres à l’extérieur étaient dirigées par des arbitres originaires du midi, et si l’on doit parler d’impartialité c’est pour en souligner l’absence totale. Un jour j’ai vu un terrain en terre battue avec des cages sans filets. Les Foréziens sont repartis avec un match nul injuste puisque le but de la victoire ne leur fut pas accordé, l’arbitre « n’ayant pas vu que la balle était passée du bon côté du poteau ». Il n’y avait pas de preuves, et le public chauvin approuvait cette décision.

Tag(s) : #Souvenirs de stéphanois

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