Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A François,

A la mémoire de Mady

Tu étais étendue, Mady, immobile sur ton lit d'hôpital. Très lentement tu respirais. J'étais là, à ta gauche, assis sur un fauteuil, et je veillais. Je savais, nous savions, que tu t'éteignais peu à peu. Mais j'étais bien avec toi. Nous étions amis et je restais fidèle, par mon attitude, à cette amitié. J'étais calme, détendu, mais je veillais. Je lisais tranquillement, comme si de rien n'était, un livre d'Yvan Amar intitulé "L'Effort et la Grâce". Une coïncidence qui ne s'invente pas. Je te regardais régulièrement. Parfois je venais poser sur ton front un baiser comme une plume ou je caressais ta main dans un effleurement. Je crois. Je ne suis plus sûr. Je te parlais aussi je crois, à voix basse. Mais surtout je veillais et je lisais par bribes. Soudainement ta respiration profonde et basse se fit plus haute. Ta respiration remontait lentement de ton ventre à ta poitrine et de ta poitrine à ta gorge. Tu cherchais l'air. Tu étais apaisée, je crois. Mais tu cherchais l'air comme dans un dernier effort. Mais un effort sérieux, apaisé, résolu et doux. Comme tu savais l'être de ton vivant. Depuis quelques minutes j'étais debout au côté gauche de ton lit. Ma main gauche reposait délicatement sur ta main gauche et ma main droite reposait fraternellement sur ta tête. Et puis le souffle, ton souffle est remonté très haut, très haut. Tu as respiré deux, trois fois très haut. Puis tes yeux fermés se sont ouverts en grand. Ils étaient très beaux, tes yeux. Magnifiques. Tu contemplais dans un étonnement sublime, me semblait-il, quelque chose de très beau, de neuf et de spectaculaire. Me semblait-il. Tes yeux se sont fermés ensuite et tu as expiré une dernière fois. Je t'accompagnais dans le Mystère des mystères. Et pendant tout ce temps j'ai prié. Oui, j'ai prié très fort. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Ta volonté ! Pas la mienne ! Pas la nôtre ! Si cela doit être, vas-y, Mady ! N'aie pas peur ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Ta volonté ! Je crois avoir dit tout cela dans ma prière, et si je ne l'ai pas dit , que Dieu me le pardonne, je l'ai sûrement pensé. Ces instants, les derniers pour toi sur cette terre étaient si forts, si intenses, si authentiques, si puissants, si dépouillés... Et tu m'as offert ces instants, tu m'as offert ton départ. Un jour, chez toi, tu m'avais dit "je voudrais que tu sois là quand je vais partir". Ton vœu a été exaucé Mady. Tout était fini, là. A l'instant même où tu rendais ton dernier souffle, je fus plongé dans un torrent de vie. Tu quittais la vie, tu entrais dans la Vie et moi je débordais de vie. Je vivais comme un éveil. Et tu m'accompagnais à ton tour, Mady, dans une vie nouvelle pour moi. Tout cela me dépassait. Me dépassait. Et me dépasse encore. C'était le choix de Dieu je crois. Puis j'ai appelé François au téléphone et je lui ai dit "Mady est partie...". Et il m'a répondu "j'arrive..."

Jérôme tessier

Dernier souffle - Jerôme Tessier
Tag(s) : #Poésies

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :