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CHANSONS D'AMOUR EXCESSIVES

Vampirisme

Quand c'est lui

La peau, Léon

La mauvaise prière

Ça fait peur aux oiseaux

Une femme

La chaîne

Quiconque est amoureux

J'ai fantaisie

Le bouclier en peau de femme

Mademoiselle Émilie

Le roi a fait battre tambour

Marida

Le tango stupéfiant

Donne-toi tout

Mon anisette

Le revenant

Le dernier tango

Sombre dimanche

Le petit homme qui vit d'espoir

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Trêve de nécrologie : après Jehan Jonas et Matthieu Côte, je me propose de vous parler aujourd'hui d'une chanteuse qui possède toujours bon pied, bon œil et belle voix. Pas seulement chanteuse car son arc artistique a bien d'autres cordes : comédienne de théâtre, de cinéma, de télé, elle a joué également dans des spectacles pour enfants. Sur les écrans, on a pu la voir dans une trentaine de films et de séries : notamment dans  plusieurs épisodes du feuilleton « Un village français », dans les films « Les papas du dimanche » et « La tête en friche » et, sur scène, pour ne citer que les pièces les plus notoires, elle était dans « Marat-Sade » et « Le pull-over rouge » (sur la possible erreur judiciaire fatale à Christian Ranucci, l'un de « nos » derniers guillotinés en 76).

Pour ce qui est de la chanson, après 5 ans de ces « Chansons d'Amours Excessives » données sur scène ici et là avec son complice pianiste Jean-Yves Frot, Hélène Coulon en a fait un album dont vous avez le détail ci-dessus et qui, donc, fait l'objet du présent coup de cœur,

Comme tous les comédiens qui chantent (cf. Gérard ou François Morel), elle interprète remarquablement bien. Même sur disque, elle a une présence étonnante. Ces enregistrements datent d' une vingtaine d'années et je les écoute toujours avec autant d'émotion.

Amour excessif : elle n'avait que l'embarras du choix. Elle aurait pu prendre, par exemple, « Ne me quitte pas». Elle a préféré puiser dans notre patrimoine des chansons ayant moins pignon sur disque, même si, parmi leurs auteurs et compositeurs on trouve Gilles Vigneault (« Mademoiselle Émilie », avec son atmosphère grise à la Simenon), Aristide Bruant (« Marida ») et Boby Lapointe (« J'ai fantaisie », « Le petit homme qui vit d'espoir »), des gens que l'on ne présente plus. Mais il y a aussi «Le roi a fait battre tambour», une création anonyme datant des années 1750 et des chansons, comme « Vampirisme » ou « Le bouclier en peau de femme », dont j'ignorais auparavant l'existence. J'avoue humblement que nombre de créateurs cités dans cet album m'étaient, eux aussi,totalement inconnus : André Barde, Marcel Legay, Gaston Gabaroche ...Si l'on me dit que telle chanson était dans le répertoire de Damia, je vois tout de suite mieux. Une injustice vis-à-vis de celles et ceux qui écrivent dans l'ombre.

La démesure peut donner lieu à des textes légers (« Mon anisette « , « Marida ») et à d'autres, graves, voire sinistres. Témoin «Sombre dimanche», adaptation d'une chanson hongroise de 1933, interdite à Budapest car soupçonnée, plus à tort qu'à raison, de provoquer des suicides, à l'instar de la musique du « Troisième homme » (les actes désespérés suscités par « Les souffrances du jeune Werther” ne semblant pas avérés non plus). Du reste, on peut, dans “Sombre dimanche” n'entendre qu'un bon petit mélo des familles :

“Sombre dimanche

Les bras chargés de fleurs

Je suis entrée dans notre chambre le cœur las

Car je savais déjà que tu ne viendrais pas” …

"Je mourrai un dimanche où j'aurai trop souffert

Alors tu reviendras, mais je serai parti”.

Certes, cependant il y a la mélodie, la voix d'Hélène Coulon, à la fois fragile et envoûtante et le piano de Jean-Yves Frot qui semble chercher, en particulier dans le pont assez long séparant le dernier couplet de la reprise, à dédramatiser.

Dans le registre de la tragédie, plus authentique, peut-être (sous des dehors anodins), que “Sombre dimanche”, il y a “La mauvaise prière” où une femme de marin implore la Vierge, d'abord pour que les éléments déchaînés épargnent son homme cinglant vers la Polynésie et ensuite, revirement total, songeant aux tentations des vahinés dénoncées par son directeur de conscience, pour le faire sombrer corps et biens.

La formule piano – voix est idéale, l'instrument, tour à tour rêveur, coquin ou entraînant, soulignant avec une grande sensibilité l'interprétation tout en nuances de la chanteuse.

Jean-Yves Frot n'est pas seulement accompagnateur. Il signe également la musique de “Quiconque est amoureux”, un poème de Victor Hugo, assurément plus léger que ceux de “La légende des siècles”: un conte, avec un ogre épris d'une fée et qui, poireautant en compagnie du petit bâtard de ladite, s'ennuie et “croque le marmot”. Hugo prend évidemment cette expression au pied de la lettre et, quand la fée revient, elle cherche vainement sa progéniture. Moralité :

“ Vous qui cherchez à plaire

Ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère ”.

 

Hélène Coulon et Jean-Yves Frot m'ont fait découvrir un Boby Lapointe que je ne connaissais guère : très peu de jeux de sonorités dans une chanson qui devrait être tragique : “Le petit homme qui vit d'espoir” à qui la dame réplique, avec des accents dignes d'Arletty :

 “Le truc de l'espoir, on me l'a déjà fait

Pas d'histoires

Offre-moi des réalités

Sinon sur moi faut pas compter ”.

Alors, l'infortuné grimpe sur la tour Eiffel et se jette dans le vide, enfin, plutôt “ vers le ciel ”, c'est plus poétique. Et, son sang ayant éclaboussé les passants, ceux-ci sont allés se faire détacher :

”du moment qu'y a des teinturiers,

Faut bien les faire travailler”.

Belle pirouette pour clore l'album et prendre le contrepied de “Sombre dimanche”. Dans la deuxième chanson de Lapointe, “J'ai fantaisie”, une jeune femme s'en va faire la fête avec sa mère pour profiter de la paye qu'elle vient de recevoir. La mère boit de la limonade et en tombe malade. La fille commence par la soigner, puis, lassée, s'en va sur les chevaux de bois. La mère casse sa pipe et, sur le chemin du cimetière, passant devant la gare, la fille “prend fantaisie” de tout quitter en compagnie d'Albert, son bonhomme, qui fut le seul à monter voir belle-maman gisant sur son lit de mort (c'est dire si la mère en question avait une vie sociale!). Le tout sur les sautillements conjugués d'Hélène Coulon et de Jean-Yves Frot. Au fond, Boby devait être un grand pudique pour qui “mettre en plein soleil/Son cœur ou son cul c'est pareil” (Brassens : “Le modeste”).

Hélène Coulon ne surjoue à aucun moment. Si elle roule les”r” dans “Vampirisme” ou “La mauvaise prière”, c'est pour accentuer le côté rétro et si, dans “Mon anisette”, elle nous la fait “poivrote”, c'est que la chanson l'exige.

À peu près toutes ces “Chansons d'Amour Excessives” ont en commun de dérouler des histoires, ce qui manque à nombre de ritournelles que l'on peut entendre actuellement et qui font du surplace, quelquefois sans même varier la formulation. Allez, je vais me payer encore une fois Valérie Lehoux de Télérama : les chansons interprétées par Hélène Coulon et Jean-Yves Frot ne sont pas “pop” mais elles sont de celles qui ne vieilliront jamais.

L'album étant épuisé, comme lors de mon précédent coup de cœur, je peux vous en faire gratuitement des copies. A cette fin, je vous indique à nouveau mon adresse mail :

mp.thevenin@laposte.net

Tag(s) : #Les coups de coeur de pierre thevenin

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