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Le Robin des Bois de l'Époque Moderne quelques années avant la Révolution. Le " Zorro " de l'ancien régime. Héros du peuple, homme à abattre pour les autorités ! Mandrin était l'homme qui faisait trembler la cour et qui enchantait le peuple !

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La vie de Mandrin :

Sa légende a été écrite. Nous nous en inspirons ainsi que des recherches historiques approfondies qui ont été faites. Nous allons vous parler de cet avant-gardiste, ce révolutionnaire, si aimé du peuple, des petites gens mais aussi d'une partie de l'aristocratie, et des philosophes des Lumières comme Voltaire. Beau garçon, il fut aussi un don Juan très apprécié de ces dames, toutes catégories sociales confondues, dont il ne manqua pas de satisfaire les désirs ...!

Louis Mandrin était né en Savoie à St Étienne, dans une famille nombreuse. Les fermiers généraux furent responsables de la ruine de la famille et de la pendaison de son frère aîné, Pierre. C'est à lui que revint le devoir de laver l'affront et de venger tous les siens !

Ce personnage haut en couleur, oeuvra dans le Dauphiné, la Provence, le Vivarais, le Forez, le Lyonnais ( Saint- Chamond faisant partie du Lyonnais ), l'Auvergne, la Bourgogne et la Franche Comté. Mandrin parcourut tout le département de la « future Loire » de Saint-Chamond à Roanne, combattant la Ferme Générale et ses collecteurs d’impôts.

 Le combat de Mandrin :

Quels buts poursuivait Louis Mandrin ?

- Se venger de la « Ferme Générale » et combattre les responsables du maheur de sa famille ( cause personnelle ) 

- Poursuivre un combat « social » en dépouillant les « voleurs » du peuple : les collecteurs d’impôts qui sans vergogne et avec l'appui du Roi, dépouillaient les gens modestes ;

- Introduire en fraude des marchandises fortement taxées : tabac,sel, tissus, soieries et les vendre sur la place publique au bon prix , exonérés de taxes afin que le peuple puisse en profiter.

- Piller les caisses des collecteurs d’impôts.

- Redistribuer cet argent aux populations, et aux aubergistes.

- Revendre de force sous la menace aux fermiers généraux leurs propres marchandises en leur faisant payer le prix fort.

- Libérer des prisons uniquement les détenus incarcérés pour n'avoir pas payé leurs impôts.

- Lutter contre l'enrichissement de la ferme générale qui ne reversait au Roi qu'un quart des impôts.

- Supprimer les impôts de la gabelle, (impôt sur le sel) de la taille, sur les récoltes, et supprimer toutes sortes de taxes ( sur les tissus, tabac, ..) qui ruinaient les petites gens.

- Dénoncer les injustices et les escroqueries de la ferme générale.

- Ridiculiser les fermiers généraux .

Les fermiers généraux, véritables escrocs du peuple et du Roi, pouvaient s'enrichir sur le dos des populations qui les haïssaient. La plupart étaient des bourgeois parvenus. C'est pour cela que l'aristocratie ne les appréciait pas. D'ailleurs Mandrin avait des appuis chez le prince de Sardaigne et  c'est pourquoi il demeurait en Savoie, territoire appartenant à ce prince.  Créée en 1691, par Louis XIV la ferme générale était constituée de riches financiers qui avançaient l'argent au roi et se faisaient rembourser en faisant payer des impôts. Ils réalisaient au passage un sérieux bénéfice.

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Les campagnes de Mandrin

Mandrin fit six campagnes en tout et cela en très peu de temps : de janvier 1754 à janvier 1755. Il se déplaçait très vite avec sa troupe de contrebandiers. En un an, à la tête de 6000 hommes, il fit trembler la Ferme Générale, sa police, l'État, le Roi de France, la Cour, l'armée et le ministre de la guerre ! Il se définissait comme le capitaine général des contrebandiers et eut sous ses ordres un véritable régiment militaire. Il commercialisa sa marchandise lors de grandes ventes publiques.

C'est en Savoie, duché du Royaume de Sardaigne, qu'il avait ses armes et ses dépôts et put ainsi échapper aux autorités royales de France. Il achetait en Suisse et en Savoie des marchandises telles que  tabac, sel, étoffes non soumises aux taxes, et les revendait en France au peuple lors de marchés surveillés par ses troupes, à bon prix, concurrençant ainsi illégalement les fermiers généraux ! Il obtint le soutien de toute la population et d 'une partie de l'aristocratie et de philosophes comme Voltaire ! Voici d'ailleurs ce que Voltaire écrivait concernant Mandrin :

« On prétend que Mandrin est à la tête de 6000 hommes et que les soldats désertent pour se ranger sous ses drapeaux. Il y a trois mois, ce n'était qu'un voleur, c'est à présent un conquérant ! » 

Plusieurs régiments royaux furent mobilisés pour lui faire barrage mais, bon stratège, l'homme rusé leur échappait ! 

La Ferme générale va réagir en interdisant l'achat de produits de contrebande provenant de Mandrin et en punissant sévèrement les contrevenants. D’ailleurs sa tête fut mise à prix . Alors Mandrin va changer de méthode en obligeant ( sous la menace ), les fermiers généraux à lui acheter, à lui Mandrin le contrebandier, ses propres marchandises au prix le plus fort !!!   

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Mandrin en cité Couramiaude et dans la Loire !

C'était au cours de sa troisième campagne. A Saint-Chamond, l'hostilité entre les fabricants de soie et les marchands était réelle. La marge que prenait les revendeurs était telle que les compagnons et maîtres des corporations ainsi que les teinturiers détestaient « ces voleurs enrubannés et poudrés qu'étaient les marchands » sans scrupule et leurs alliés les fermiers généraux.  Dans la cité tout le monde connaissait le brigadier du bureau des soies. Cet homme avide sans aucune pitié ne connaissait que la loi de la Ferme Générale et du Roi, la loi de l'injustice !

Une jeune fille, travailleuse de la soie, dans une fabrique de la ville avait acheté aux contrebandiers une étoffe magnifique . Elle désirait en faire cadeau à sa soeur pour son mariage. Il y a toujours un mouchard ou quelque vilaine langue pour dénoncer et calomnier ! Toujours est-il que Louison, comme on la nommait, fut arrêtée pour achat de produit illicite et conduite en prison.

La pauvre fille de santé fragile, prit froid, dans ce cachot insalubre, et mourut de pneumonie, n'ayant pas été soignée. Sa mort bouleversa toute la ville... Plus tard, ce fut un garçonnet qui avait chapardé un peu de tabac pour son aïeul qui fut roué de coups et condamné à travailler un an par ce même brigadier...

Et puis l'histoire de la petite paysanne Jacotte qui voulut acheter une étoffe avec ses maigres économies. Le brigadier du poste de la soie la reçut et lui proposa de lui payer en nature la belle cotonnade inaccessible à la belle paysanne. Comme elle lui résistait l'ignoble individu, appela la garde et l'accusa d'avoir volé l'étoffe. Bien sûr Jacotte n'eut pas gain de cause et fut aussitôt jetée en prison... Il y eut bien d'autres plaintes encore, déposées sans suite, contre ce personnage qui était devenu très riche et très impopulaire. Très riche, bien plus que le seigneur de Saint Ennemond , comte du Jarez et très impopulaire, encore plus que les collecteurs du Roi. 

Mandrin et ses frères, vinrent à St Chamond « principauté du Jarez » ( comme il est écrit dans les chroniques ) le 8 août 1754 à cinq lieux de Lyon. Il traversa la ville, à cheval, en plein mid, avec onze contrebandiers qui conduisaient les armes à la main autant de chevaux chargés. Ils se dirigèrent vers le bureau des soies. Le brigadier s'était caché, mais Mandrin le trouva et lui demanda de lui payer ses belles soieries à prix d'or. L'homme s'exécuta. Le peuple s'étant rassemblé autour des contrebandiers dont il n'avait aucune crainte, rapporta à Mandrin et à sa troupe les exactions du brigadier ! Le mauvais homme alors essaya de s'enfuir et blessa une fillette avec son arme. Mandrin le rattrapa et tira quatre coups de fusils, le tuant sur le coup. Toute la population applaudit.

Ensuite, il fit comme de coutume : il proposa à tous ceux qui étaient autour de lui les soieries et les cotonnades de la contrebande à petit prix, ainsi que le sel et les épices, et distribua même gratuitement le tabac au grand bonheur de tous !

Il continua sa route et sillonna toute la Loire : de Saint -Etienne, à Saint Bonnet ( une porte a son nom ), dans le haut Forez à Aveizieux, Boën, Montbrison, Moingt jusque dans le nord du département : Charlieu, Roanne. A noter qu'à cette époque la " Loire département " n'existait pas en temps que tel,  il faudra attendra la Révolution pour qu'elle existe géographiquement et administrativement. Notre département dépendait sous l'ancien régime du Lyonnais.

Mandrin, sur nos terres, fut accueilli en héros. Il arriva à Ambert. En Auvergne. Il étala sur la place les tissus indiens qu'il revendit la baïonnette au bout du fusil. Les servantes non effrayées se précipitèrent pour acheter à très bas prix ces belles étoffes inaccessibles pour leur budget ! Séduites par le beau visage de Mandrin, certaines ne manquèrent pas de le remercier à leur manière.

A Montbrison, 39 contrebandiers se rendirent au domicile de l'entreposeur de tabac  qui acheta à Mandrin au prix fort  tabac, soies indiennes, et y demeura trois semaines. Il  y  festoya et obligea les marchands de tabac à lui acheter plusieurs lots de tabac ou d'étoffes à un prix très élevé. Il distribua le tabac à la population ainsi que les étoffes.

Mandrin poursuivit encore trois autres campagnes d’août 1754 à janvier 1755. La dernière fut un échec mais les autres lui rapportèrent une belle fortune et l'amitié populaire.

La fin de Mandrin

Après sa 6 ème campagne contre les fermiers généraux, Mandrin retourna en Savoie. Là les contrebandiers étaient très appréciés car ils aimaient faire la fête et dépensaient sans compter dans les tavernes, et les auberges. Leur générosité allait aussi du côté du peuple auquel il distribuait régulièrement tabac, sel et même vin.

Mandrin était un homme célèbre disposant de moyens financiers considérables. Il fréquentait la haute noblesse et les meilleures familles. Il était même reçu à la table des deux présidents au parlement de Grenoble. Les habitants de Savoie profitèrent de cette manne que leur rapporta Mandrin car elle permit la prospérité des auberges,des hôtels, des boutiques, du commerce, de l'industrie, de l'agriculture , et des infrastructures ( des routes )...Mandrin trinquait même avec les dragons piémontais dans les tavernes en leur racontant ses derniers exploits !

La Ferme générale alors, en grand danger, mena une véritable chasse à l'homme en payant ses propres troupes et en s'alliant avec le ministre de la guerre.

Les régiments du Roi Louis XV sous l'ordre des fermiers généraux, déguisèrent 500 soldats en paysans. Ces derniers pénétrèrent en Savoie dans le château de Rochefort en Novalaise où séjournait Mandrin. Ce qui créa un incident diplomatique très grave entre la cour de Turin et celle du roi de France. Mandrin trahi par deux des siens fut arrêté et ramené en France.

Le Duc de Sardaigne demanda des comptes au Roi de France pour avoir illégalement fait pénétrer ses troupes sur ses terres et obtint qu'on lui livrât «Mandrin en vie ». Mais les juges, poussés par les fermiers généraux se dépêchèrent de juger Mandrin et de le condamner à mort. Mandrin mourut roué vif à Valence en mai 1655 sans avoir livré un seul de ses camarades !!! Il avait trente ans.

Dès lors il devint le légendaire justicier protégeant les pauvres contre les riches .

Aujourd'hui quels sont les jeunes, ados, enfants qui connaissent la légende de Mandrin ? Quelle bande dessinée, quel dessin animé, quel feuilleton relate ses exploits ?

A nous, amis lecteurs, à tirer Mandrin de l'oubli. Parler aux jeunes générations de celui qui fut un héros, un exemple de la lutte contre l'injustice, l'arbitraire, chez nous, sur nos terres ligériennes et un héros du peuple !

Lui qui combattit les riches, et qui défendit les pauvres. Mandrin s'opposa à un régime détesté qui ne devait, après son exécution, ne survivre que trois décennies avant d’être lui-même condamné à mourir sous le joug du peuple !

Tag(s) : #contes et légendes

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