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Lorsque l’on est dans une ville, si l’on s’intéresse, en levant la tête, aux plaques des rues, on retrouve les classiques, universellement connus, et quelques gloires locales. Aux abords du stade Geoffroy Guichard, toutes les voies ont été baptisées en l’honneur de ceux qui ont fait l’histoire de l’A.S.S.E., mais qui nous ont quittés. Au fil d’une promenade, on découvre des personnages que l’on va passer en revue.

La famille Guichard figure en bonne place. Elle mérite bien cet honneur, puisque c’est à elle que l’on doit notre équipe, le stade, et surtout la couleur verte qui était celle du Casino. C’est en 1861, rue des Jardins, devenue depuis rue Michel Rondet, que fut ouverte la première épicerie de ce nom. Elle remplaçait l’ancien Casino Lyrique, fermé trois ans plus tôt, pour mœurs légères. Je suppose que des dames devaient montrer aux messieurs des choses qui leur faisaient dresser l’oreille ! Le boulevard qui conduit au stade porte le nom de Roger Rocher, Président qui a amené 9 titres et 6 Coupes. Il est tellement célèbre que tout le monde en a entendu parler. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il se prénommait Roger Romulus. J’invite ceux qui mettraient ma parole en doute à se rendre au cimetière St Claude au Crêt de Roch, où se trouve le caveau de famille où il est enterré.

Afficher l'image d'origineEn quittant le boulevard Thiers on prend la rue Jean Snella, ex rue de la Tour, qui nous mène directement au Chaudron. Cette voie porte le nom de l’un des plus grands entraîneurs qui aient dirigé les Verts. Passionné de football, amoureux du beau jeu tourné vers l’offensive, il a su donner à l’A.S.S.E un style séduisant. Lorsqu’il était joueur il refusa une sélection en équipe de France, s’estimant insuffisamment prêt, l’occasion ne se représenta plus, ce qui l’a amené à conseiller par la suite aux joueurs de ne jamais faire comme lui. Quand en 1967 il quitta le club pour raisons familiales, Albert Batteux lui succéda. La passation de pouvoir se déroula avec une convivialité inhabituelle dans ce milieu. On a pu les voir côte à côte sur le banc au bord du terrain pour la fin du championnat. Il faut dire que les deux hommes se connaissaient et s’estimaient mutuellement. En 1958, en Suède, Batteux était l’entraîneur de l’équipe de France et Snella son adjoint. Avec de tels adeptes du beau jeu offensif on comprend que Just Fontaine ait pu établir un record de 13 buts en 6 matchs qui ne pourra sans doute jamais être battu.

Il convient d’apporter une précision sur la fonction de l’entraîneur de l’Equipe de France qui a évolué. Il dirigeait alors des joueurs mis à sa disposition, mais choisis par des sélectionneurs, qui supervisaient les matchs de championnat. Quand pour manger quelque chose on se rend à la cafétéria, on aperçoit l’allée Durkovic. Il ne faut pas faire une confusion avec Curkovic.

Dans son histoire, le club a utilisé quelquefois des joueurs avec des noms voisins, par exemple Parizon et Farison qui se sont côtoyés, mais aussi Ferri, Ferry, Ferrier, Ferrière. Dans la même équipe on a eu François et Françoise. Le premier, Jean-Pierre François, a trouvé une autre voie avec sa voix et a connu une gloire éphémère avec son tube « Je te survivrai ». On a eu deux Hartmann à 20 ans d’écart, mais aussi Haond et Haon. Ce sont ceux dont je me souviens, mais en cherchant bien je suis certain que l’on en trouverait peut-être d’autres.

Pour en revenir à Durkovic, international yougoslave, présent à la Coupe du Monde 1962, lors de son arrivée discrète à Saint-Etienne, il fut incorporé pour un match amical sous le nom de Vladis. Ensuite, après de brillantes saisons sous le maillot vert, et alors qu’il avait rejoint le club de Sion en Suisse, il fut tué, dans un bar, par un policier ivre. A la lumière de cet événement, on doit constater qu’il y a parfois des policiers qui boivent, mais ce doit être exceptionnel. Son allée, qui n’existera peut-être plus après les travaux en vue de l’Euro 2016, était le prolongement de celle de Guy Huguet qui fut également un très grand arrière d’après ce que m’ont raconté mes aînés. Il était un ancien attaquant reconverti en défenseur. D’autres joueurs verts ont connu une évolution semblable, François Wicart était ailier droit à Rouen, Gérard Janvion a éclaté en quittant les avants postes, plus récemment Franck Tabanou a parfaitement réussi sa mutation. On ne peut pas oublier non plus Jacques Foix, il a terminé sa carrière en opérant souvent à l’arrière lors de son retour chez les Verts, mais il fut auparavant international à 7 reprises en attaque, en ayant marqué 3 buts pour l’Equipe de France. Si son patronyme ne figure pas aux abords du stade, réservés aux défunts, un complexe sportif à Mont-de-Marsan, sa ville natale, porte son nom depuis 2007. Il a terminé sa carrière en 1964 par un tour d’honneur sur les épaules de ses équipiers, couronnant un titre de champion de France d’une équipe dont il était devenu le capitaine après la blessure de Domingo à Valenciennes. En lui brisant la jambe lors de ce match, Kocik l’éloigna définitivement des terrains.

Quant à Huguet on peut noter une autre brillante reconversion dans la magistrature. Il est devenu juge d’instruction puis conseiller à la Cour d’Appel de Bourges. Il a gardé le contact avec le foot en étant membre du Conseil Fédéral de 1969 jusqu’à sa mort en 1991.

Afficher l'image d'origineOn m’a beaucoup parlé d’Antoine Cuissard, mais j’étais trop jeune pour l’avoir vu sur le terrain, du moins avec le maillot vert. Il avait, paraît-il, conservé sa place en équipe de France alors qu’il jouait en division inférieure. Il a compté 27 sélections durant sa carrière. Cela représente un beau palmarès, les matchs étaient bien moins nombreux dans une saison qu’à l’heure actuelle. Ce chiffre de 27 lui sied très bien puisque c’est le nombre de buts qu’il a marqués sous le maillot vert. Il était le petit-fils d’une Stéphanoise qui tenait un banc de poissonnerie aux Halles. A l’âge de deux ans, il a quitté notre cité pour Lorient où sa grand’mère avait fondé le club, et où il signa son premier contrat pro. Il est revenu chez nous en 1944 pour revêtir le maillot vert, et avec le surnom de « Tatane » il avait les faveurs du public. J’ai entendu dire que deux joueurs ayant opéré à l’A.S.S.E. par la suite avaient un lien de parenté avec lui. Je vous livre l’information sans garantie, je n’ai pas eu le temps de vérifier les arbres généalogiques.

Je cite d’abord Yvon Goujon qui jouait à Saint-Etienne quand Veyron était le meilleur basketteur local, et Rivière au sommet de sa gloire. On peut dire qu’ils avaient la pêche. Quant à notre Goujon, sa reconversion ne fut pas exemplaire, on a appris par la suite sa condamnation pour proxénétisme. C’est tout de même un comble pour un Goujon de devenir maquereau. Le second parent présumé de Cuissard se nommait Armand Fouillen, il a porté le maillot vert de 1955 à 1957.

Pour en revenir à Cuissard lui-même, en mai 1957, lors du dernier match de la saison, alors que les Verts recevaient Rennes, il était dans le camp des visiteurs. Cette rencontre avait pour les supporters une saveur particulière puisque l’A.S.S.E. fêtait son premier titre de champion de France assuré à l’issue de l’avant-dernière journée par un match nul à Strasbourg. Il y avait également un parfum de revanche, car lors du match aller, les Bretons, alors lanterne rouge, s’étaient imposés 1 à 0, mettant fin à une longue série d’invincibilité des Verts à une minute du coup de sifflet final de cette partie.

Une petite fête était prévue après ce match, mais un orage soudain a fait fuir une bonne partie des spectateurs, à découvert dans la configuration du stade de l’époque. Pour ma part, j’ai trouvé refuge dans la voiture de mes parents garée aux abords immédiats. Je ne suis pas en mesure de parler d’Ignace Tax, de nationalité autrichienne, puis naturalisé Français en 1938. Ce n’est pas du tout ma génération, mais je sais que beaucoup d’anciens le vénéraient. Il avait, paraît-il, marqué énormément de buts, sous le maillot vert. Après la guerre, il occupa la fonction d’entraîneur jusqu’en 1950, et fut remplacé par Jean Snella.

Afficher l'image d'origineMon père connaissait personnellement Jean Lauer. Cet avant-centre avait fait deux saisons ici entre 1947 et 1949. Une fois sa carrière terminée, il retrouva Saint-Etienne, et se reconvertit en ouvrant une boutique de sport. Dans son magasin, nous allions faire nos achats, en bénéficiant chaque fois d’une remise de sa part. Au bout de l’allée Jean Lauer on trouve la place Manuel Balboa, du nom de ce petit ailier droit virevoltant, d’origine stéphanoise, qui a quelquefois causé bien des tourments à des arrières chevronnés. Il a disparu en 1978 suite à un accident d’avion.

Jacques Borel était le parfait homonyme de l’instigateur de la gastronomie d’autoroute. Sa carrière de footballeur comme défenseur fut courte puisqu’il trouva la mort sur la route avec sa femme. Il était allé faire un essai dans un club distant de plusieurs centaines de kilomètres (Angers il me semble) et il commit l’imprudence de conduire de nuit, fatigué par un match qu’il venait de disputer. Il n’avait que 21 ans et a laissé un enfant d’un an.

Manuel Fernandez fut, durant 7 à 8 saisons, l’arrière-gauche des Verts. Le numérotage alors s’arrêtait au chiffre 11 et correspondait à la place occupée par le joueur sur le terrain et qui n’était pas forcément le même d’un match à l’autre. Lui a effectué toute sa carrière avec le 3 dans le dos. Il appartenait encore à l’équipe qui a remporté la Coupe Drago en 1955. Ensuite il devint entraîneur des amateurs qu’il amena au titre de Champion de France en 1956. Avec son épouse, il tenait la bijouterie Diana, rue du Général Foy. En 1971 il s’est tué en voiture. C’était un dimanche, jour de match au stade, la nouvelle a circulé de bouche à oreille, confirmée le lendemain dans la presse. Je pense que notre périple est terminé et que je n’ai oublié personne. Abandonnant le foot un instant, je ne vais pas quitter le quartier pour signaler une rue, la plus courte que je connaisse, une vingtaine de mètres et se terminant sur un portail d’usine, perpendiculaire à la rue Barroin, je ne sais pas qui était ce Carvès dont elle porte le nom.

Au début des années 1970, la commune de Saint-Priest en Jarez décida de prendre à sa charge et de goudronner ce qui n’était alors qu’un chemin de propriétaires. Cette nouvelle voie ainsi créée, il fallait lui trouver un nom. L’exercice est délicat si l’on veut satisfaire toutes les sensibilités. Le maire s’est souvenu qu’au temps où St-Priest n’était qu’une petite commune, qui comptait seulement 2 ou 3 employés municipaux, un adjoint, Pétrus Garonnaire, habitait dans le coin. C’est en son honneur que fut baptisée cette nouvelle rue. Peu de temps après, un chauffeur lyonnais qui livrait dans le secteur, aperçut de belles plaques « P. Garonnaire ». Immédiatement il pensa au célèbre recruteur de l’A.S.S.E et me fit cette réflexion

- Il a déjà sa rue !

Bien entendu, je n’ai rien fait pour l’en dissuader, trop amusé qu’il puisse croire une telle chose.

Depuis ce temps, tous ceux qui pensent comme lui sont nombreux, on peut même parler d’unanimité. On ne prête qu’aux riches, et puis qui pourrait connaître ce Pétrus dont on n’a mis que l’initiale. Pour ma part, je me souviens, au début des années 50, d’un vieux monsieur, retraité de la manu, me semble-t-il. A cette époque, ni lui ni personne n’aurait pu imaginer que son nom figurerait un jour sur une plaque de rue. Quant à Pierre Garonnaire, en plus de ses activités de recruteur, il tenait avec sa femme un magasin de maroquinerie rue Léon Nautin.

A son sujet, une anecdote automobile est savoureuse. Il avait réussi à avoir une 4 cv Renault à une époque où l’attente d’un tel véhicule était particulièrement longue, mais sans atteindre cependant les 5 ans de patience nécessaires après commande pour prendre possession d’une 2 cv Citroën. Dès qu’il eut en mains sa 4 cv, des « copains » à lui passèrent une annonce dans le journal, comme s’il voulait la vendre, et la proposition séduisit de très nombreux candidats pour cette formidable occasion. En tant que recruteur, il réalisa son premier gros coup en 1957 en faisant signer Robert Herbin à l’A.S.S.E. Il l’avait repéré au Cavigal de Nice. L’opération ne fut pas du goût de l’O.G.C. Nice.

 

Je ne peux pas terminer sans vous situer cette rue Garonnaire. A 500 m de la Terrasse, direction Villars, au feu à droite après le centre commercial, vous trouverez la plaque « P. Garonnaire »

Allez les Verts …

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Tag(s) : #Souvenirs de stéphanois

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